FABRICATION DU SULFURE DE CARBONE
(Fig. 253.) #
phore ordinaire dans la fabrication du phosphore rouge, et pour dissoudre le soufre et le chlorure de soufre dans la fabrication du caoutchouc vulcanisé.
La lumière d’un bleu violacé très-intense que la vapeur de sulfure de carbone produit, lorsqu’on la brûle au moyen du bioxyde d’azote, nous a permis de combiner le chlore et l’hydrogène instantanément en l’absence des rayons solaires.
Le caoutchouc naturel est mou et il se colle à lui-même quand la température est élevée ; il est rigide et dur quand la température est basse. On lui enlève ces défauts en le combinant au soufre, en le vulcanisant (c’est le terme admis). Un des procédés de vulcanisation consiste à dissoudre ou du moins à délayer dans le sulfure de carbone le soufre et le caoutchouc, pour faciliter leur union.
618 bis . Protosulfure de carbone. — D’après M. Sidot, le sulfure de carbone s’altère à la lumière en donnant un précipité d’une matière brune qui serait le protosulfure de carbone. Pour l’obtenir en quantité notable, il faut abandonner le bi-
PROTOSULFURE DE CARBONE.
sulfure à la lumière pendant plusieurs mois, décanter le liquide, qui est une solution de soufre, dans le sulfure de carbone et purifier le protosulfure par des lavages avec le bisulfure.
Le protosulfure est une poudre rouge marron, sans odeur ni saveur, insoluble dans l’eau, dans l’alcool et la benzine, légèrement soluble dans l’éther et dans le sulfure de carbone bouillants.
La chaleur le détruit en donnant du soufre et du carbone, ainsi qu’un peu de bisulfure.
L’acide’ sulfurique et l’acide chlorhydrique ne paraissent pas l’attaquer. L'acide azotique monohydraté l’enflamme. La potasse bouillante le dissout en donnant une liqueur brune de laquelle un acide reprécipite le protosulfure.
OXYSULFURE DE CARBONE.
619. L’existence de ce corps a été signalée par M. deïhann, qui le prépare en dirigeant un mélange d’oxyde de carbone et de vapeur de soufre en excès dans un tube de porcelaine chauffé au rouge sombre. Comme ce corps est gazeux et qu’il est décomposable par une haute température, il est toujours mélangé d’oxyde de carbone.
On l’obtient plus pur en introduisant du sulfocyanure de potassium pulvérisé dans un mélange refroidi de 5 volumes d’acide sulfurique et de 4 volumes d’eau. On purifie le gaz en le faisant passer à travers trois tubes en U : le premier, contenant de l’oxyde de mercure, retient de l’acide cyanhydrique, un second, renfermant du caoutchouc haché, absorbe du sulfure de carbone; enfin le troisième est rempli de chlorure de calcium qui enlève l’eau. L’action s’opère à froid et le gaz est recueilli sur le mercure. C’est un gaz dont l’odeur rappelle celle d’un mélange d’acide carbonique et d’acide sulfhydrique. Sa dentité est 2,1046, sa réaction est celle d’un acide extrêmement faible. Sa formule serait : C2 O2 S2, celle du sulfure de carbone et celle de l’acide carbonique étant C2 S4, C2' O4.
Il s'enflamme en présenced’un corps incandescent etil brûle
OXYSULFURE DE CARBONE.
avec une flamme bleue. Tl se détruit lentement au contact de l’eau pour donner de l’acide carbonique et de l’acide sulfureux.
Il est attaqué par les métaux alcalins à froid; et par les autres à une température convenable.
Il se dissout dans les alcalis; cette solution dégage au contact des acides un mélange d’acide sulfhydrique et d’acide carbonique.
Il se distingue de l’acide sulfhydrique en ce qu’il ne précipite les solutions d’argent et de cadmium que lorsqu’elles ne sont pas acides.
CYANOGÈNE.
Synonyme : Azoture de carbone.
Ca Az ou Cy = 26.
Ca = 46,15.... 12. . . . 2V Az = 53,85 14 2V
Ga Az = 100,00.... 26.... T-
Gaz brûlant avec une flamme purpurine à l’intérieur, et verte sur les bords.
C’est un corps composé dont le rôle chimique est celui du chlore et des corps de sa famille.
620. Historique. — Son nom est tiré de deux mots grecs (xuavo'ç, bleu; ysw aw, j'engendre), parce qu'il entre dans la composition du bleu de Prusse.
Le bleu de Prusse est d’ailleurs le premier composé cyanique connu. En 1804, Diesbach, fabricant de couleurs à Berlin, traitant du sulfate de fer par un alcali pour en retirer du peroxyde de fer, obtint, au lieu de la matière ocreuse qu’il avait l’habitude de préparer ainsi, une substance bleue trèsbelle.
Dippel, pharmacien de cette ville, consulté sur cette réaction inattendue, reconnut que la cause de ce phénomène était l’impureté de l’alcali employé, et que le fait se reproduisait lorsqu'on faisait usage de potasse préparée en présence de matières animales. En 1724, Woodward décrivit un procédé de préparation du bleu de Prusse qu’on suit encore à peu près aujourd’hui.
Scheele pensait que le bleu de Prusse était un sel, et fut étonné de n’en pas extraire un acide par l’action de l'acide sulfurique ou de l’acide chlorhydrique. Il eut alors l'idée d’ajouter du zinc au mélange, et il obtint aussitôt un gaz
PROPRIÉTÉS DU CYANOGÈNE.
répandant l’odeur d’amandes amères et brûlant avec production d’acide carbonique ; il nomma ce gaz Y acide prussique.
Berthollet annonça que l’acide prussique contenait, outre le carbone, de l’azote, del’hydrogèneet de l’oxygène. Gay-Lussac fit voir que l’oxygène provenait de l’humidité, etquecet acide ne renfermait que du carbone, de l’azote et de l’hydrogène.
Il entreprit alors l’étude détaillée de cet acide et de ses dérivés métalliques, et il en tira cette conséquence inattendue que dans tous ces corps 2 équivalents de carbone et 4 équivalent d’azote étaient intimement soudés et que la molécule (C2 Az) sortait de sa combinaison avec l’hydrogène et avec les métaux sans se détruire, y rentrait sans se réduire en ses deux éléments ; qu’elle se comportait, en un mot, comme un corps simple, et spécialement comme le chlore, le brome et l’iode. De là le nom simple de cyanogène , et le symbole Cy = C2 Az par lesquels on désigne ce corps composé jouant le rôle de corps simple, ce radical composé.
Le cyanogène est le premier radical composé qui ait été isolé. Cette remarquable découverte, opérée en 1815, a exercé une influence considérable sur les progrès de la chimie.
621. Propriétés physiques. — Le cyanogène est un gaz incolore, doué d’une odeur vive particulière, ne rappelant celle du kirsch que lorsqu’il renferme de l’acide prussique. Sa densité est 1 ,806.
Il sediquéfie quand on le soumet au froid que produit l’évaporation rapide de l’acide sulfureux, ou bien quand on le comprime à 4 atmosphères environ (fig. 254).
PROPRIÉTÉS DU CYANOGÈNE.
L'opération se réalise sans difficulté en chauffant dans un tube recourbé et scellé à la lampe 15 à 20 grammes de cyanure de mercure bien desséché, et en refroidissant l'autre branche dans un mélange de glacent de sel. Il se condense un liquide incolore, très-mobile dont la densité est de 0,86, qui se solidifie dans un mélange frigorifique ou quand on souffle vivement sur lui.
L'eau dissout 4 fois son volume de cyanogène; sa dissolution s'altère rapidement. L'alcool en dissout 23 fois son volume.
Propriétés chimiques. — Le cyanogène ne se détruit pas en passant dans un tube rouge, mais il fournit de l’azote quand on le dirige sur du fer fortement incandescent : ce métal se recouvre de charbon et devient cassant. Une série d’étincelles électriques longtemps prolongée le décompose partiellement : du carbone se dépose sur les parois et le volume ne change pas
(fig- 255) :
Fig. 255.)
622. Caractère distinctif. Action de l’oxygène. — Le cyanogène prend feu par le contact d’un corps enflammé; sa flamme est pourpre à l’intérieur et verte à l’extérieur : ce caractère spécifie parfaitement le cyanogène. On obtient dans cette combustion de l’azote et de l’acide carbonique.
Un mélange de ce gaz et d^oxygène s'enflamme avec une vive détonation par la chaleur ou par l’étincelle électrique.