LÉSIONS DES ARTICULATIONS
Les lésions articulaires doivent être divisées en deux groupes suivant que les parties molles, synoviale et ligaments, sont seules intéressées ou que les os ou le cartilage le sont aussi.
Le premier groupe constitue ce qu’on appelle les plaies capsulaires. La capsule articulaire et la synoviale qui la tapisse, s’étendent, vous le savez, dans quelques articulations, au-delà de la jointure elle-même, dans les parties molles où elles forment un cul-de-sac; on comprend que dans ces conditions un projectile puisse traverser ces culsde sac synoviaux sans toucher les os; cette variété n’a été observée, à ma connaissance du moins, qu’au genou. Mais il est une autre variété de plaies capsulaires dans laquelle le projectile a traversé la jointure entre les surfaces cartilagineuses sans les léser grossièrement, si l’on peut dire, en tous cas sans fracturer les os qu’ils revêtent; c’est encore au genou que ce genre de lésion a été le plus souvent rencontré. Pendant la guerre de 1870-71, on 'vit assez fréquemment des plaies du genou guérir sans accident quoique la situation des deux orifices, l’un au niveau du tendon rotulien et l’autre dans le creux poplité, indiquât un séton articulaire; les chirurgiens, habitués à voir à cette époque toutes les plaies articulaires mal tourner, se demandèrent
si, au lieu d’une pénétration de la jointure, ils n’avaient pas eu affaire à une plaie en contour. Gela paraissait bien peu probable puisque les balles rondes seules sont capables de se laisser dévier par de faibles résistances et par conséquent d’effectuer les plaies en contour; c’est alors que Simon de Heidelberg montra que la balle du fusil à aiguille, supérieure en diamètre à celle du Ghassepot, peut traverser l’articulation du genou en passant entre les surfaces articulaires sans les léser, peut-être en les écartant momentanément, à condition que ce genou se trouve en position demi-fléchie; le projectile suit le trajet qui va du tendon rotulien au creux poplité. Une figure de Socin montre un genou traversé de cette façon par une tige du diamètre du langblei. Il est clair que cette singulière blessure, possible avec la balle prussienne, l’est à plus forte raison avec celle du Ghassepot et l’est bien plus encore avec nos balles de calibre réduit. A part le genou, je ne connais que deux cas, publiés par Langenbeck, pour d’autres articulations. Ges deux faits, observés pendant la guerre des Duchés, concernent l’articulation de l’épaule; la tête de l’humérus réséquée était intacte.
Le second groupe de plaies articulaires comprend toutes celles où les os sont intéressés et il y en a un assez grand nombre de variétés que nous allons énumérer*
Le projectile peut pénétrer directement l’articulation en fracturant l’extrémité des os et les éventualités possibles sont les suivantes :
a) Le projectile atteint l’une ou l’autre des épiphyses ou toutes deux et y donne lieu à la production des lésions variées que je vous ai fait connaître, sillon ou gouttière, séton, séparation de l’épiphyse, fractures à grandes ou à petites esquilles, le tout en pleine jointure; dans les articulations où une partie de la diaphyse est contenue dans la capsule, comme c’est le cas pour l’extrémité supérieure du fémur, nous pouvons voir cette partie traversée par un
séton ou brisée comminutivement et vous vous souvenez que dans ce cas la fissuration affecte les formes typiques des fractures diaphysaires et que les fissures s’étendent du côté de la surface articulaire et du côté opposé.
h) Nous avons ensuite les lésions, en quelque sorte indirectes, des articulations; ce sont celles qui sont dues à la propagation des fissures provenant d’une fracture diaphysaire dont le foyer se trouve à une distance plus ou moins grande de la jointure; ici, deux cas sont possibles, ou bien les fissures se propagent à l’épiphyse ou bien à une partie intra-articulaire de la diaphyse, ce qui est fréquent. Les fissures propagées sont plus ou moins nombreuses et béantes; le périoste est déchiré; si au contraire il a résisté, il peut jouer le rôle de barrière protectrice, surtout s’il n’y a pas d’infection surajoutée.
L’hémarthrose, qui ne manque pas de se produire quand la pénétration est complète, vient en aide au diagnostic dans les cas difficiles ou douteux de ce genre.
Les plaies d’entrée et de sortie cutanées des blessures articulaires ne présentent pas de caractères spéciaux à part l’issue de synovie mélangée au sang; quant au trajet qui n’a quelque étendue que dans les articulations entourées de parties molles épaisses, comme l’épaule ou la hanche, il présente des dispositions analogues à celles que je vous ai décrites à propos des fractures.
Je serai bref sur la comparaison entre les blessures articulaires dues aux armes de guerre à leurs différentes périodes, puisque la plupart de ses termes vous sont déjà connus par ce que je vous ai dit relativement aux fractures des extrémités des os longs- Ici comme dans toutes les lésions, les anciennes étaient plus diffuses, les actuelles sont plus circonscrites, à la fois réduites en étendue et en intensité; les formes prédominantes aujourd’hui, sont, en dehors des plaies capsulaires, les sétons et les fractures épiphysaires plus ou moins comminutives, tandis que
les pénétrations articulaires par propagation de fissures diaphysaires sont devenues plus rares, puisque, comme nous l’avons vu, le foyer osseux dans ces fractures est moins grand et que les fissures ne s’étendent plus aussi loin que jadis.
Les orifices cutanés sont, sauf exceptions rares, très petits, celui de sortie linéaire et le foyer de parties molles très réduit. Nous verrons plus tard combien le pronostic des plaies articulaires, si graves anciennement, a été profondément modifié par l’adoption des nouvelles armes.