‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 2)Chapitre 118 sur 272 · Môme état · texte numérisé non relu

Môme état

10. — On détruit la portion restée par l'électro-chimie, procédé de Nélaton, qui consiste à enfoncer dans la masse polypeuse et à y laisser quelques minutes deux aiguilles de platine, convenablement isolées par un enduit de gutta-percha. L'action du courant est rapidement désorganisatrice, et ce qui prouve que le courant n'agit que chimiquement, c'est que la gutta-percha est à peine ramollie. On fait 2 ou 3 piqûres dans la base de la tumeur en répétant l'expérience tous les six ou huit jours. Il n'y a rien à noter d'important à partir de ce moment, si ce n'est un engorgement des ganglions sous-maxillaires survenu deux jours après le second temps de l'opération, mais qui disparaît au bout de cinq jours. Le 27 avril, le malade quitte l'hôpital; la cicatrisation est complète.

Le 16 octobre 1876, ce malade rentro salle Saint-Augustin. Nous sommes en présence d'une troisième récidive. Déformation très marquée de la face. La joue gauche est proéminente comme dans les cas de fluxion dentaire, le sillon naso-génien est complètement effacé. La peau a néanmoins conservé sa coloration. La température de la joue droite diffère peu de celle de la joue gauche. Si on fait ouvrir la bouche, on aperçoit la perte de substance faite à la voûte palatine dans les opérations précédentes, mais il est impossible de voir la tumeur; le doigt introduit par la bouche dans l'arrière-cavité des fosses nasales rencontre bientôt le polype qui s'implante par une large surface dans une loge osseuse située entre l'apophyse basilaire et la paroi supérieure des fosses nasales. La tumeur présente le volume d'une pomme d'api, elle a la consistance du fibrome et semble envoyer un prolongement vers la paroi externe de la fosse nasale gauche. Si on palpe la joue gauche en plaçant le pouce sur la muqueuse buccale et l'index sur la peau, on sent au' milieu des parties molles une languette de consistance plus ferme dont la base se perd au niveau de l'apophyse zy-

MALADIES DU SYhTEMK NEHVEU3L

gomatique et dont le sommet arrive jusqu'au voisinage de Va rbiculaire des lèvres. Celle consistance semble due à L'èmpAtement. Les

(roubles physiologiques ou pathologiques qui accompagnaient l'apparition du premier polype ont présidé au développement de cette troisième récidive : Céphalalgie sus-orbitaire et frontale gauche, Sensation de corps étranger à la partie élevée des fosses na^ah - Ecoulement purulent dans les derniers temps. Surdité incomplète à gauche. Odorat complètement perdu. Goût conservé. Pas de pr tion de l'œil en avant, pas de troubles de la vision. Larmoiement intermittent. La respiration se fait exclusivement par la bouche. Déglutition facile. Pas de nausées. Nous avions vu le malade il y a trois mois el rien à cette époque n'annonçait la pi d'un

point de récidive. La masse polypeuse s'est donc développée avec une rapidité telle qu'il n'y a plus aujourd'hui à douter de sa malignité.

12. — Chloroforme. Compression préventive de chaque côté du tubercule médian de la lèvre supérieure, au moyen de pinces hémostatiques. Incision médiane du dos du nez et de la lèvre supérieure dans toute son épaisseur. Nous disséquons ensuite la moitié gauche de la lèvre supérieure sous forme d'un lambeau que nous bisons relever h l'aide de rétracteurs. Les parties molles éLant détachées, nous faisons sauler au moyen de fortes pinces de Liston la moitié gauche de la voûte palatine et la paroi du sinus maxillaire correspondant, en conservant le plancher do l'orbite afin d'éviter l'abaissement des partirs molles de l'œil.. D'ordinaire, nous nous contentons d'enlever la moitié postérieure du maxillaire supérieur, en respectant, autant que possible, l'arcade alvéolaire et les dents. Mais l'opération conduite tu début dans ce sens ne nous donnant pas une ouverture suffis pour arriver sur le polype, il fallut la modifier et faire disparaître les incisives, la canine et les molaires du côté gauche ainsi que l'arcade alvéulaire ; détacher, par une section transversale, le voile du palais que nous conservons d'habitude, afin de découvrir complètement la tumeur.

Arrivé à l'ablation nous nous entourons des précautions ordinaires pour éviter ia chute du sang dans le larynx (Ctiniquei, 4876, t. 11, p. {24 et suiv.). Puis, après avoir détaché avec le forceps-scie la plus grande partie de la tumeur, nous ruginons la base d'implantation. Avant de faire la réunion des parties molles, nous appliquons sur les surfaces saignantes et ruginées de grosses éponges destinées à faire la compression pendant quelques heures. De douze pinces hémostatiques placées pendant l'opération, dix peuvent être enlevées immédiatement, les deux autres seront laissées peudanl vingt-quatre heures. Rapprochement et suture des parties molles à l'aide de sept Ois métalliques.

Examen histologique. — Fibro-sarcome angiomateux non pédicule.

13. — T = 38°,9. P = 102. On enlève les éponges et les dernières pinces, pas d'hémorragie. La paupière supérieure du côté gauche est affaissée, larmoiement du même côté. Le malade prend du bouillon et du vin à l'aide d'un biberon.

14. — T = 38°. P = 96. Lavages et injections alcoolisées. Bouillon, vin, lait.

15. — T = 38°,2. P = 100. Le malade paraît déprimé, somnolent. Pas d'appétit.

16. — T = 37°,6. P= 90. Amélioration notable dans l'état général ; le malade est moins déprimé, il demande à manger.

18. — On applique des flèches de pâte de Canquoin sur la surface d'implantation du polype. Les fils sont enlevés et remplacés par des bandelettes de tarlatane collodionnées. Réunion solide et par première intention des parties molles.

A partir de ce moment aucun accident à noter, le malade reste dans nos salles jusqu'au 9 février 1877, la guérison était complète, l'état général très satisfaisant. Depuis cette époque il vient régulièrement tous les quinze jours se faire appliquer des flèches. N'a pas eu de nouvelles récidives (31 décembre 1878).

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