‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 2)Chapitre 119 sur 272 · D. — APPAREIL DE LA GUSTATION, LANGUE · texte numérisé non relu

D. — APPAREIL DE LA GUSTATION, LANGUE

Obs. GGXLIX. — Ulcération tuberculeuse de la [langue. Pkthisie pulmonaire. Mort. — Soudun (Jean), cinquante -cinq ans, commissionnaire, entre le 9 mars 1877, salle Sainte-Marthe, 4. — Jamais cet homme n'a fait de maladie sérieuse; jusqu'en 1875 il n'a pas eu d'accidents attribuables à la scrofule. Il n'était pas sujet à s'enrhumer. Il y a deux ans, il commença à tousser, mais sans qu'il ait eu une bronchite aiguë au début. Au bout de peu de temps, vers la fin de 1875, enrouement, mais ce n'est que depuis deux mois que l'aphonie est survenue. Depuis cette époque il crache abondamment; crachats glaireux, filants, à peine jaunâtres.

Au mois de juillet 1876, le malade raconte qu'il se mordit la langue. Ce serait, d'après lui, l'origine de son mal. Il lui resta, à la suite, une plaie à la partie latérale gauche de cet organe, qui peu à peu s'agrandit; tout cela sans douleur, à part la gêne apportée à la mastication. Ce malade chique depuis longtemps.

9 mars. — La langue présente deux ulcérations : l'une principale à la partie latérale gauche, au niveau des petites molaires ; l'autre, plus en avant vers le bord gauche de la pointe ; elles sont toutes deux allongées d'avant en arrière, très superficielles. Toutes deux présentent un fond granuleux, rougeâtre, piqueté de saillies blan-

châtres; les bords sont granuleux et nettement limités. Induration très superficielle de toute la moitié gauche du bord de la langue. Ni le fond ni les bords de l'ulcération ne sont plus durs que les parties voisines. La pression n'y est nullement douloureuse; autour de la mâchoire on ne trouve aucun ganglion tuméfié; l'examen de la gorge ne fait rien apercevoir de spécial, pourtant la rail est tout à fait basse; il y a souvent des quintes de toux laryngée très pénibhpendant le repas, les aliments reviennent souvent par le nez, ou touchant l'épigloUe, ils provoquent la toux. Respiration légèrement sifflante, mais le malade n'accuse pas de gêne notable de cette fonction. À la pression, on développe une douleur assez vive au niveau de l'os hyoïde. À l'auscultation on trouve des signes non douteux de tuberculose dans les poumons. L'affection s'aggrava rapidement, sans que l'état de la langue changeai» l'alimentation devint insuflîsanle. Morl le 7 avril 1877. Autopsie ; Cavernes dans les poumons.

Obs. COL. — Gomme de la langue. — Clairet (Louis), cinquante et un ans, venu à la consultation de l'hôpital Saint-Louis, au mois de mars 1877,

En 1850î blennorrhagîe avec tmlano-jmtUe infectante. En ls ulcérations qui durèrent cinq ans sur les deux jambes. Aujourd'hui les cicatrices sonL très nettes. Sur la jambe gauche, cicatrices brunâtres comme à la suite d'un ulcère variqueux. — Varices nombreuses sur la jambe droite; cicatrice blanche formée de plusieurs cet concentriques ; a été traité par l'iodure de potassium. En 1861» abcès au jarret gauche. En 1868, angines plusieurs l'ois répétées* Au mois de novembre dernier, la langue devenait sensible lorsque le malade fumait ou qu'il buvait du vinaigre; elle était plus volumineuse qu ii L'état normal et fendillée. Les premiers jours de janvier» il s*est aperçu qu'il avait un petit bouton au bout de la langue.

22 janvier. — Langue fendillée sur la face dorsale. Pas de psoriasis. A la pointe et sur le bord droit, ulcération en forme de cupule, à bords tailles à pict à fond grisâtre. Engorgement des ganglions sous maxillaires du coté droit. Le* dents sont bien conservées.

Quand le malade mange, il sent de petits picotements toutes fois que sa langue est en contact avec les solides et les liquides éprouve aussi de la douleur en parlant. Salivation abondante* Sirop de Gibert 2 cuillerées par jour.

12 février. — Le malade revient ; la langue n'est plus aussi vol mineuse. Plus de douleur eu mangeant ni en parlant.

L'ulcération a beaucoup diminue ; le fond est uni. Les ganglions du cou sont moins volumineux ; plus de salivation.

Un mois après le malade revient à la consultation; il a conti le traitement; l'ulcération a disparu et il ne reste plus que des sillons sur la langue.

Obs. CCLI. — Papillome ulcéré de la langue. Amputation partielle. Guérison. Récidive rapide dans les ganglions du cou. Injection parenchymateuse dans ces ganglions. Le processus continue. Accidents cérébraux ultimes. Mort. — Dufour (Emmanuel), quarante-neuf ans, orfèvre, entre le 12 janvier 1877, salle Sainte-Marthe, M.

Alcoolique, ni scrofule, ni syphilis, ne fume jamais, pas d'hérédité pathologique. Depuis un an apparition de plaques blanchâtres arrondies, peu proéminentes sur la moitié antérieure de la face dorsale de la langue ; ni gêne ni douleur jusqu'en décembre dernier. A cette époque ulcération du bord gauche de la langue. Mastication impossible de ce côté ; l'ulcération s'étendit rapidement.

2 janvier. — Sur les deux tiers antérieurs du bord gauche de la langue ulcération régulièrement ovalaire qui s'étend, d'une part, jusqu'au sillon médian du dos de la langue, de l'autre, jusqu'au voisinage du plancher de la bouche. La surface uniformément rouge ocreuse est légèrement excavée, saignante et recouverte d'un liquide ichoreux peu abondant. Les bords sont réguliers et forment une ligne très nette sur la limite postérieure de l'ulcération ; ils sont constitués vers la face dorsale par des papilles hypertrophiées et érodées; leur coloration est blanchâtre. La moitié antérieure de la face dorsale de la langue, séparée de la moitié postérieure qui est saine par un sillon dirigé obliquement de l'extrémité postérieure de l'ulcération vers la moitié du côté droit de l'organe, est rugueuse et d'une coloration blanc jaunâtre. Des plaques de même couleur recouvrent la pointe et un peu la face inférieure de l'organe. En tous ces points l'aspect particulier de l'épiderme ferait croire qu'il a macéré •dans un liquide. Rien du côté des joues et du plancher de la bouche ; rien dans les ganglions. L'ulcération est complètement indolente et détermine de la gêne dans les mouvements de la langue, pendant la mastication et la déglutition. Le malade parle difficilement.

20. — Chloroforme. Hémostasie préventive. Les mâchoires sont maintenues écartées au moyen de l'instrument de Luêr. Puis nous pratiquons l'ablation de la partie antérieure de la langue avec des ciseaux en ménageant la portion inférieure qui n'est pas envahie, de telle sorte que la surface de section est taillée en biseau. Avant d'enlever les pinces qui ont servi à Thémostasie préventive, nous en plaçons cinq autres sur les vaisseaux divisés.

21. — On enlève toutes les pinces hémostatiques. Lavages avec l'eau alcoolisée. P = 86. T = 38°.

22. — P = 82. T = 37° 8. Aliments liquides, bouillons, potages.

23. — Le malade se trouve bien, température et pouls normaux. Pas d'accidents consécutifs, suppuration modérée. Le malade parle facilement, la cicatrisation marche très rapidement et il sort guéri le 27 février. Nous le revoyons quinze jours après sa sortie. Les gan-

glions sous-maxillaires sont pris, ils forment une tumeur du volume d'une grosse noix et sont indurés, adhérents a la peau ; douleurs lancinantes très vives ; nom raisons une injection de morphine et nous conseillons l'application de cataplasme, Un mois après le malade revient, la tumeur a le volume du poing; la peau est rouge, amincie; fluctuation obscure au sommet ; injection de la solution de chloratç de potasse avec la seringue de Pravaz. Bientôt la tumeur s'ulcère, suppuration abondante, iehoreuse, fétide; l'ulcération gagne en largeur et en profondeur; en même temps le malade perd se» forces, m aigri f et est obligé de garder le lit. L'ulcération atteignit l'artère faciale dont les parois se perforent, hémorragie abondante arrêtée par le percblorure de fer. Le 12 août, le malade accusa ta troubles cérébraux qui s'accentuèrent progressivement jusqu'au moment de la mort survenue le 20,

Obs, CCLIL — E^ithèlioma tabulé de la face inférieure de la langue. Ablation avec le bistouri. Invasion consécutive des ganglion* sousmajiillaires. — Jarijean (Léonard), soixante-dix ans, maçon, entre le 31 janvier 1877, salle Sainte-Marthe, 75. Bonne constitution. Pas d'hérédité. Fumeur de pipe (30 grammes de tabac par jour). Il y a cinq mois, il vit apparaître à gauche du frein de la langue, à l'union de la muqueuse linguale et du plancher de la bouche, un point ulcéré du diamètre du grain de ehènevis, et dont il rattache le développement au frottement de la muqueuse contre les racines de la première petite molaire cariée. Cette ulcération s'étendit peu à peu en restant indolente.

31 janvirr. — Ulcération régulièrement circulaire de 1 centimètre de diamètre dans tous les sens, à surface à peine déprimée au même niveau que les parties voisines. Bile est recouverte d'un liquide ichoreuxet d'un enduit grisâtre luisant, qui sépare de petites granulations rouges. Bords réguliers, aplatis» linéaires, de couleur rosée. La base de l'ulcération est indurée mais très circonscrite. Gêne des mouvements de la langue et de la mastication.

3 février. —Le malade n'est pas endormi. Hémostasie préventive. Incision circulaire autour de l'ulcération, comprenant les pi molles voisines. Après avoir enlevé cette portion de la tumeur, on reconnaît qu'elle présente dea caractères qu'il n'avait pas été possible d'apprécier précédemment. Cette ulcération, qui paraissait superficielle, s'étend profondément d'avant en arrière, suivant le grand axe de la langue, sur une longueur de 1 centimètre. Elle a creusé dans la couche musculaire une cavité irrégulièrement cylindrique >nd axe antéro-postérieur. Cette cavité est remplie par des ftla* niiiilsqui s'implantent à la manière des libres du velours perpendiculairement aux parois; chaque filament de 3 millimètres de longueur est jaunâtre; tous sont de même longueur et de même

grosseur. Comme la tumeur se prolongeait beaucoup plus profondément, il faut reprendre l'opération pour enlever tout ce qui semble suspect. Pendant l'opération on éponge la bouche ; cinq pinces hémostatiques appliquées sur les plus gros vaisseaux sont enlevées le lendemain.

A. — Le malade se trouve très bien ; lavage de la plaie avec de l'eau alcoolisée. La cicatrisation marcha rapidement et le malade put quitter le service le 9 février.

25. — La cicatrisation est complète, mais il éprouve des douleurs sourdes dans les régions parotidiennes et sous-maxillaires. Avulsion de racines de dents cariées.

2 mars. — Les ganglions sous-maxillaires sont pris, douleurs lancinantes très vives. La peau est chaude, rouge, amincie.

10. — Ulcération épithéliale de la peau. Le malade doit entrer dans un asile.

Obs, GGLIII. — Epithélioma de la langue et du plancher de la bouche. Ablation par le thermocautère, cicatrisation rapide. Invasion secondaire des ganglions sous-maxillaires. — Langlais (Désiré), cinquante et un ans, entre le 2 juillet 1877, salle Sainte-Marthe, 6. Forte constitution, pas d'antécédents héréditaires ou pathologiques. Fumeur de pipe à tuyau court; il y a six mois, apparition d'un petit bouton sur la face dorsale de la langue à gauche de la ligne médiane au voisinage de la pointe ; ulcération rapide qui s'étend de proche en proche sur la face dorsale. Gêne de la parole et de la mastication; peu de douleurs.

27 juillet. — La langue semble raccornie et comme tassée vers le plancher de la bouche. Elle est le siège d'une ulcération irrégulière qui remonte en arrière jusqu'à l'union du tiers antérieur avec les deux tiers postérieurs, en dehors jusqu'au bord gauche de l'organe; en dedans elle dépasse la ligne médiane de 1 centimètre vers la droite; en avant, elle contourne la pointe et empiète légèrement sur la face inférieure. La surface de cette ulcération est concave, excavée au centre où elle est recouverte de fongosités mollasses, d'une couleur rouge violacée, séparées les unes des autres par des dépôts cireux et laissant suinter un liquide ichoreux caractéristique; la périphérie semble plutôt érodée qu'ulcérée et se confond insensiblement avec les parties voisines ; elle est d'un rouge vif uniforme. Les bords sont peu saillants, sinueux et formés par une série de papilles hypertrophiées, très distinctes, qui semblent recouvertes d'un revêtement épithélial blanchâtre assez épais. Au toucher on constate une induration diffuse beaucoup plus étendue que la base de l'ulcération, et qui s'étend au plancher de la bouche sur un espace de 1 centimètre et demi. Les mouvements de la langue sont limités et douloureux, principalement ceux de projection en avant. Gêne de la phonation,

de la mastication et de la déglutition. Rien d'apparent dans les glions; L'aflèctioQ ist très étendue» cependant M. Kicord, qui nous adresse le malade, considère que l'opération est encore possible.

2 juin 1877. — Chloroforme. La langue étant attirée au dehors a l'aide de griffes, nous faisons une première incision verticale ave* la thermo-cautère, à I centimètre en avant de l'épiglolte et allant de fun à l'autre pilier du voile du palais ; une autre transversale à travers le plancher de la bouche, au-dessous de la langue, et desi à enlever, en même temps que cet organe, la plus grande partie du plancher de la bouche» en dépassant les limites du mal. Quatre pinces hémostatiques sont laissées sur les vaisseaux les plus importants pendant vingt-quatre heures,

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