I. —DÉLIRE UKftVBCZ PRIMITIF DES BLESSÉS OU DES OPÉRÉS
, disait Dupu\lren (1), le lendemain ou le surleniu d une fracture, d'une luxation, d'une tentative de suil d'une opération quelconque, le malade paraît dans un é surnaturelle; s il parle beaucoup, s'il a l'œil vif, oie brève, lesmouvements brusques et involontaires; s'il ri courage et une résolution désormais inutiles, soyez jrfosflarde
Suit une série d'observations destinées à montrer les caractères cliniques et le mode d'évolution des accidents nerveux
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en question. Dans une, le délire est consécutif à l'opératiot d'un sarcocèle volumineux, chez un homme de vingt-cinq ao^ ~ nerveux et très inquiet; dans la seconde, on l'observe à h suite d'une fracture de côte chez un homme de vingt-six au; le troisième malade est entré à l'hôpital pour une plaie du cot qu'il s'est faite avec l'intention bien arrêtée de se donner la mort; une quatrième observation est également relative à une tentative de suicide (blessures du thorax); enfin ma cinquième a pour sujet un homme ayant une fracture d» jambe compliquée de plaie, faite dans une rixe. Le second, jour, il fut pris d'accidents nerveux intenses et succomba la quatrième. A l'autopsie on trouva le cerveau complètement sain. « On voit, dit Dupuytren, qu'il existe de grandes analogies entre le délire nerveux et le delirium t remens. »
Ces observations sont loin d'être concluantes ; il y a longtemps qu'on en a fait la remarque. Dès 1850, on a souteni dans une discussion de la Société de médecine de Paris que Dupuytren n'avait fait qu'adapter un nom à des phénomènes décrits par tout le monde; qu'il n'y avait point chez les opérés de délire spécial, mais des délires appartenant aux variétés connues. Cette opinion fut défendue parles cliniciens les plus sérieux; la plupart des chirurgiens mêmes s'y rallièrent. Grisolle, Requin nièrent le délire primitif des blessés; Robert n'y croyait pas davantage. Des discussions analogues eurent lien en 1870 et en 1871 h l'Académie de médecine, et cette fois encore la doctrine de Dupuytren fut battue en brèche par Verneuil.
« 1° Le delirium tremens, dit cet auteur, se développe très souvent après les lésions traumatiques et comporte un pronostic sérieux.
« 2° La diète alcoolique ne saurait expliquer ni cette fréquence ni cette gravité, dont il faut surtout rechercher la cause dans le siè^e, le genre et les phases de la blessure.
« 3° Celle-ci peut troubler les fonctions cérébrales par des mécanismes divers : directement, quand la violence atteint la boite crânienne et sou contenu ; indirectement et suivant deux modes: 1° par l'intermédiaire du sang altéré, quantitativement
qu'on norame ce délire traumatique parce qu'il n'est pas nécessairement consécutif aux plaies; on peut seulement croire qu'il le distingue de celui des alcooliques parce qu'il parle eca divers endroits du delirium tremens comme propre à l'ivrognerie. Sur sept observations de Dupuytren, trois concernent des maniaques ayant tenté de se donner la mort et qui, pen — dant la guérison de leurs plaies, présentèrent des troublesmentaux variés. Je crois que la dernière était relative à ni» délire septique; dans une il s'agit de delirium tremens; enfin, dans deux autres on ne sait si Ion avait affaire à la mémo affection ou à des accidents fébriles. Chez un de ces malades la, fièvre, l'inanition, l'alcoolisme, peuvent être incriminés, mais la relation est trop brève pour qu'on puisse s'arrêter à l'un ont à l'autre (1). »
De telles objections sont sérieuses, on pourrait dire irréfutables. Ceux qui ont défendu l'essentialité ne les ont pas même prévues. Tanchou veut qu'il existe des accidents psychomoteurs graves à la suite de l'anémie cérébrale ; personne ne le nie : on les a constatés après les grandes hémorrhagies; ils ne sont pas rares chez les vieillards dont le cerveau ne reçoit qu'une quantité de sang insuffisante par suite de la diminution du calibre des artères encéphaliques ; est-ce bien avec ce délire que l'on doit compter à la suite des plaies? Est-ce même lui que Dupuytren a eu en vue? C'est peu probable.
Belhomme et Cazeaux ont tenté une distinction clinique; ils ont fait de l'hallucination le symptôme pathognomonique permettant de distinguer toujours le delirium tremens de celui qu'a décrit Dupuytren ; c'était exagérer la doctrine du maître. D'ailleurs les modalités du premier sont extrêmement nombreuses : il serait difficile de trouver deux cas qui présentent trait pour trait la même physionomie : les hallucinations existent souvent, elles manquent quelquefois. Nous avons vu que Dupuytren lui-même ne croit pas à la constance dn tremblement. Les cas qu'il a décrils sont, comme le dit Rose,
(i) Pithau. Billroth, Handb. d. Chirurgie, B d. I. Abth. 2. Delirium tremens, p. 79.
forme délirante, et dans ces circonstances Tune et l'autre compromettent le succès des opérations et la vie du malade. Voici comment les choses se passent ordinairement. Tout va bien pendant quelques heures, pendant quelques jours même. Puis surviennent delà somnolence et de l'affaissement intellectuel ; la face est congestionnée, les yeux sont brillants, enfin l'excitation va croissant d'heure en heure.
Alors le délire éclate : le malade voit courir sur son corps des souris, des rats ou des reptiles. Il vocifère, crie, veut se précipiter par les fenêtres ; il maltraite ceux qui l'approchent. Au bout de deux ou trois jours tout rentre dans Tordre, une sueur abondante et un sommeil réparateur terminent le plus souvent la scène. Telle est la forme maniaque du delirium tremens.
La forme mélancolique à hallucinations terrifiantes, avec tentatives de suicide, est un peu moins fréquente; cependant nous l'avons tous rencontrée; il est même probable que c'est elle que Dupuytren a eue surtout en vue.
Je n'ai pas insisté sur le délire par anémie cérébrale; à notre époque les précautions prises pour ménager le sang des opérés sont tellement minutieuses qu'on n'a presque jamais l'occasion de l'observer à la suite de traumatismes chirurgicaux. D'ailleurs cette forme est bien rare : une hémorrhagie abondante tue le plus souvent les malades avant que le délire survienne. Les affections cachectiques accompagnées d'hypoglobulie ou d'hydrémie ne présentent le plus souvent qu'un subdelirium insignifiant vers la fin.
Je n'ai jamais observé ces accidents à la suite des gastrotomies ; je vous en parle simplement pour vous donner un terme de comparaison afin que vous puissiez voir par vous-mêmes si ceux que nous allons étudier maintenant sont de même nature.
ACCIBEXTS PSYCHIQUES D'QEUGÎNE TRÂUMA1 l. (17