‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 2)Chapitre 30 sur 272 · CHLOROFORME · texte numérisé non relu

CHLOROFORME

Messieurs, je serai bref sur cet anesthésique, attendu que les effets physiologiques et pathologiques que nous avons observés à propos de l'éther se retrouvent presque identiquement les mêmes sous l'action du chloroforme.

•i) V. Paiis-Médical du 20 août 1879.

Je me bornerai à vous rappeler succinctement les points principaux de son histoire ; ensuite, nous examinerons, avec le soin que comporte une telle question, la conduite que doit tenir le praticien en face des accidents graves, tels que l'asphyxie ou la syncope, qui ne se produisent que trop fréquemment pendant l'administration soit de l'éther, soit du chloroforme.

Vous savez que le chloroforme (1) fut découvert en 1831 par Soubeiran. Son action sur l'économie ne fut pas reconnue à cette époque, et nous devons arriver jusqu'au 8 mars 1847 pour trouver le premier document publié à cet égard.

Dans une communication qu'il Ht à l'Académie des sciences, Flourens rapporta que, dans des expériences sortes animaux, ayant substitué le chloroforme à l'éther, il avait obtenu exactement les mêmes résultats. Ses recherches s'arrêtaient là, et ce fut seulement à la fin de 1847, que les chirurgiens, à l'exemple de Simpson, commencèrent à se servir de ce nouvel agent pour insensibiliser des malades qu'ils étaient appelés à opérer.

Un grand nombre de revendications de priorité au sujet de cette découverte se sont produites, comme vous le pensez; une seule mérite d'être prise en considération; c'est celle de M. Furnell, actuellement médecin-major de l'armée des Indes, qui l'aurait utilisé à l'hôpital Saint-Barthélemy dès l'été de 1847 (2).

(1) Chloroforme, CHC3 (Wurtz). Préparation : on chauffe vers 40°35 20 litres d'eau dans le bain-marie d'un alambic, d'une capacité triple environ de la quantité de liquide employé ; on délaye ensuite 5 kilogr. de chaux vive et délitée, et iO kilogr. de chlorure de chaux. On ajoute ensuite 1 litre et demi d'alcool à 0,8j°, et l'on élève rapidement la température. Aussitôt que le chapiteau de l'alambic s'échauffe, on retire le feu ; la distillation marche rapidement et se continue d'elle-même. Vers la fin, on chauffe de nouveau ; l'opération est suspendue lorsque le liquide distillé ne possède plus de saveur sucrée. On trouve dans le récipient 2 ou 3 litres d'un liquide formé de deux couches : le liquide inférieur est le chloroforme mélangé d'alcool et coloré en jaune par un excès de chlore. On le sépare, on le lave avec de l'eau, puis avec une solution de carbonate de potasse, et on le rectifie sur du chlorure de calcium (E. Caventou, Dictionnaire de chimie pure et appliquée, par Ad. Wurtz).

(2) V. Rottenstein, Loc. cit.

DE L'iCNESTflÉSIE CHIRURGICALE. 181

La volatilité du chloroforme, moindre que celle de l'éther, fait que son administration n'exige pas, comme celle du dernier, l'usage d'un appareil. Nous nous contentons de le verser goutte à goutte sur des compresses disposées en forme d'auvent au devant des narines en évitant de toucher la peau afin de ne pas avoir d'effet vésicant. Au lieu de sidérer le malade, comme l'ont proposé quelques chirurgiens, nous préférons obtenir l'anesthésie lentement sans cependant donner aux malades le temps de s'y habituer.

En Angleterre et en France, sauf à Lyon où l'éther a toujours été employé de préférence, le chloroforme a tenu la tète.

Ce n'est guère que depuis deux ou trois ans que son crédit semble diminuer auprès des chirurgiens anglais"; en Amérique on le laisse presque de côté. 11 faut avouer, Messieurs, que la campagne entreprise contre lui, est en partie justifiée par les suites malheureuses que Ton a observées chez quelques malades.

Effets physiologiques. — Nous avons dit que les symptômes produits par le chloroforme sont les mêmes que ceux de l'éther ; il n'y a donc pas heu de les énumérer. Cependant il est à remarquer que la période d'agitation qu'il éveille est moins longue et moins accentuée, ce qui n'a pas peu contribué à lui faire donner la préférence dans la chirurgie française ; mais que les troubles nerveux sont, dans la généralité des cas, beaucoup plus graves el surtout beaucoup plus tenaces que ceux qui suivent l'usage des vapeurs éthérées.

De même que Robert l'avait fait pour l'éther, Richet a également reproché au chloroforme de produire du côté de l'estomac, du foie, du cœur el même du cerveau, des accidents tardifs capables de compromette le résultat des opérations. €es faits existent, à n'en pas douter, mais ils ne sont pas assez fréquents pour contrebalancer les avantages que la chirurgie retire journellement de cet anesthésique.

Outre ces inconvénients ultérieurs qui, pour n'être que rarement suivis de terminaison fatale, ne laissent pas que de préoccuper le chirurgien, les statistiques nous fournissent sur

la mortalité pendant l'anesthésie des chiffres qu'il est bon de rappeler pour montrer à quel point sont utiles les précautions qu'il faut prendre pendant son administration. On compte, en effet, comme je vous l'ai dit, une mort sur 2,723 anesthésies par le chloroforme (1), proportion neuf fois et demie plus considérable que celle fournie par l'éther.

La mort dans la plupart de ces cas a été produite soit par syncope, soit par asphyxie, mais alors qu'avec l'éther le premier de ces deux modes de terminaison est extrêmement rare, il est plus fréquent avec le chloroforme. Cependant les autopsies d'individus qui succombent dans ces conditions n'ont pas donné jusqu'ici des renseignements assez exacts pour que l'on soit en droit d'établir l'anatomie pathologique des lésions que l'on peut découvrir. Chez un de ses malades qui était mort subitement sous le chloroforme, Sonnenburg a signalé la présence de gaz libres dans le cœur et les gros vaisseaux ; il fit sur les chiens des expériences qui lui permirent de conclure que ces gaz étaient formés d'azote et d'une petite proportion d'acide carbonique (2). D'autres fois, la mort survient par suite de congestion cérébrale; dans un cas rapporté par Gosselin, on a trouvé à l'autopsie la substance du cerveau parsemée d'un piqueté rouge très abondant (3). D'autres faits prouvent avec non moins d'évidence qu'il existe des circonstances que le chirurgien ne saurait prévoir et par conséquent qu'il est impuissant parfois à empêcher la mort. Il y a en effet, Messieurs, pour chaque malade une idiosyncrasie que les terminaisons fatales seules n'ont que trop souvent dévoilée. Certains états généraux de l'organisme prédisposent spécialement à ces accidents fâcheux, notamment la tuberculose pulmonaire. Nous en avons eu récemment la preuve dans notre service (V. le tome IV de nos cliniques). D'après Paul Bert, le tubercule aurait la fâcheuse propriété de dissoudre et d'emmagasiner le chloroforme, qui

(1) Chicago médical Examiner, cité par Rottenstein. — (2) Vannée médicale (1879), p. 238. — (3) Gosselin, Loc. cit.

DK L'ANESTHESIE CHMtTRGÏCÀtE.

[trouvant en trop grande quantité dans l'organisme produilit la mort. Il y a cependant des cas où nous ne pouvons, n$ Mat actuel de la science» indiquer ta cause de la M.

lents produits par la narcose chloroformique Df Jes mêmes que ceux de retirer. Aussi, dans le but de rouer la quantité nécessaire pour produire l'aneslhr

lempfl de l'opération, a-t-on proposé de faire la vaille au malade une injection sous-cutanée de mor- OU bien, comme Trélat, de donner une potion additionnée d'une dose rationnelle de chloral.

soit, s'il n'est pas toujours possible de rcménts produits par le chloroforme, il est bon de car ou pourra presque toujours les arrêter par )rs prompts et énergiques.

phénomène est assez fréquent, après quelques

Mtê de Tapeur absorbées, le malade devient tout à coup

pâJ» res se décolorent, 1rs pupilles se rétrécissent,

e diaphragme se paralyse, les muscles intercostaux

ensii Epuration, le cœur et le pouls s'arrêtent presque

ûmnltanément : le sujet est en état de mort apparente. C'est

d'ailleurs ï ordre que j'ai observé il y a plus de vingt ans sur

animaux que j'ai soumis à cette expérience. Il faut ne

pa* perdre la tête en présence d'un pareil état et agir

promptemeul, car le moindre retard compromellerait sérieu-

La première chose que vous devez faire, c'est, après avoir pUcé le malade en travers du lit d'opération, de lui mettre la Wle en bas et les jambes en l'air fortement maintenues par oa aide, de telle surir qu'il soit suspendu verticalement par les pieds* L'utilité de cette méthode, dite de Vinvernon totale, imaginée par Nélaton, a été clairement démontrée par les ElpénVm* > entreprises sur les chiens : elles ont éprouvé que l'anémie cérébrale est la cause de la cessation des fonctions tilaies chez les sujets soumis aux inhalations anesthésiques. Aussi est-il parfaitement rationnel (remployer l'adieu de la nleur pour ramener le sang dans les centres nerveux.

Les nombreux exemples d'individus qui ont été rappelés à la vie par ce procédé en attestent hautement l'excellence. Je n'ai pas besoin de vous rappeler qu'il convient de faire concurremment la respiration artificielle en comprimant avec force et à des intervalles rapprochés (huit à dix fois par minute) les parois thoraciqu es ; de frapper de violemment le visage soit avec la paume de la main, soit avec des compresses imbibées d'eau froide; de vous servir d'un courant électrique intense dont vous appliquerez l'un des pôles sur les côtés du cou, un peu en arrière du muscle sterno-mastoldien, et l'autre à la région épigustrique : et surtout de faire sentir son action sur le nerf phrénique. Vous nous avez vu recourir avec succès à ces divers moyens. Vous voyez aussi, Messieurs, que nous ne nous décourageons pas trop tôt ; n'oubliez pas en «effet, en cas de danger, les observations de malades qui ont recouvré connaissance après une, deux heures, et même plus, d'efforts bien dirigés : d'ailleurs, en agissant ainsi, vous aurez fait tout ce qu'il était humainement possible de faire, et votre conscience sera en repos.

Mais, dans la plupart des cas, les accidents ne se montrent pas aussi graves, et sauf les circonstances relativement rares où ils apparaissent brusquement avec cette violence, ils sont d'ordinaire précédés de symptômes qui permettent au chirurgien de les enrayer dès le début.

La respiration peut être gênée, avons-nous dit, par la paralysie du diaphragme et des nerfs intercostaux ; mais souvent cette gêne est due uniquement à ce que la langue se porte en arrière : comme on dit plus communément, le malade a de la tendance à l'avaler. Dans ce cas, il suffit d'en relever la base, en plaçant la main à la naissance du cou, sous le maxillaire inférieur, et en soulevant l'os hyoïde, ou bien d'en saisir la pointe avec une pince à arrêt, à mors plats et fenêtres, afin de l'attirer au dehors.

Souvent aussi le chloroforme favorise la production et l'accumulation de mucosités dans l' arrière-gorge et le larynx : c'est une remarque que nous vous avons souvent faite. Il faut alors faire de fréquents nettoyages avec une petite éponge

M L'AMSTMÉMl CHRUBaOLI. 185

sur nos bogues pinces hémostatiques

te chirurgiens recommandent, lorsque des : à se produire, de suspendre l'inhalation et li nprandro que lorsque les nausées ont disparu, i An ans contraire et je préfère augmenter, à ce mok dose de Tapeur chloroformique ; c'est le meilleur [de faire cesser les mouvements convulsifs sans faire tFanesthésie. Vous nous voyez constamment dans Mpfaithéàtre employer avec succès ce procédé que je surtout pour les opérations de gastrotomie 1 lesquelles la sortie des intestins provoquée par les issrfes causerait un embarras sérieux à l'opérateur. On dernière recommandation avant d'en finir avec l'éther Nbddoroforme : évites autant que possible de soumettre à lem repenties individus que l'auscultation vous aura montré! aMriats de tubercules pulmonaires, pour les motifs que non dois avons fait connaître, l'expérience nous ayantprouvé fw les dangers de l'anesthésie dans les cas de cette nature wKbesneoop plus à redouter que pour les autres maladies, ntns celles du cœur et du cerveau .

AMYLÈNE.

L'amylène fut découvert en 1844 par Balard (1) ; mais ce ne fut que douze ans plus tard que Ton reconnut son action physiologique et que l'on songea à l'utiliser dans la pratique

(i)Àmjlène,Cl0Hw (C»H10 Wurtz), liquide incolore, très mobile, très léger, d'une odeur éthérée assez agréable, bouillant vers 35°. Densité de sa vapeur : 1^86 (Frankiand). Wurtz, Dictionnaire de chimie. Préparation : on introduit dans une cornue un mélange à volumes égaux d'huile de pommes <b iem rectifiée et d'une solution concentrée de chlorure de zinc (marquait 70» à l'aréomètre de Baume) et Ton distille. L'huile de pommes de tore se dissout d'abord; l'amylène passe ensuite à la distillation. Le produit contenu dans le récipient est ensuite rectifié au bain-marie et l'on ne «cueille que les produits volatils au-dessous de 40°. Ce nouveau produit est 4'tbord agité pendant quelque temps avec de l'acide sulfurique concentré, ^finalement rectifié par une seconde distillation (Z. Roussin, Nouveau Diefe**rfre de médecine et de chirurgie pratiques, t H, p. 173).

courante de la chirurgie. En novembre 1856, John Snow s'en servit pour endormir deux jeunes gens auxquels il arracha des dents cariées ; tout marcha au souhait de l'opérateur, aussi n'hésita-t-il pas à l'employer de nouveau peu après dans des opérations de peu de durée et même, dans le courant de décembre de la même année, pour des opérations d'une certaine importance. A la même date, Fergusson fit une amputation de cuisse et opéra de la taille des malades endormis par ce procédé. Enfin, au mois de janvier 1857, alors que 22 malades avaient déjà été soumis avec succès à l'inhalation de l'amylène, Snow fît connaître sa découverte et les heureux résultats qu'il en avait obtenus à la Société royale de Londres.

Dès lors, les expériences se renouvelèrent fréquemment; mais, comme j'ai l'intention de ne vous énumérer ici que les observations les plus importantes, je renverrai ceux d'entre vous que cette question intéresserait d'une façon spéciale aux détails complémentaires que contiennent les journaux de médecine de l'époque. Quelques insuccès, sans suites fâcheuses, vinrent au début de son emploi en France inspirer certaines défiances aux premiers qui s'en servirent (1), mais ces insuccès durent être attribués à l'impureté de l'agent ; on le prépara avec plus de soin et ces accidents ne se reproduisirent pas.

Effets physiologiques. — Je crois inutile, maintenant que l'amylène a été employé chez l'homme un grand nombre de fois, de vous rappeler les expériences qui ont été entreprises sur les animaux, expériences qui d'ailleurs n'ont donné lieu qu'à des symptômes physiologiques faciles à constater pour tout le monde. Qu'il me suffise de vous dire que, dans les observations faites à Strasbourg sur des lapins, on a observé deux périodes pendant l'anesthésie : une première, durant d'une demi-minute à deux minutes, caractérisée par la résistance volontaire de l'animal, et de la raideur convulsive avec tremblement se prolongeant pendant

(\) Tourdes, Recherches sur les effets anesthésiques de Vamylène, 1857.

DR L'àNESTIÏÉSIE CHIRURGICALE. 187

imc espace de temps. Chez quelques lapins, cette pèle a manqué : puis, nue seconde survint au bout de quatre minutes environ, dans laquelle les symptômes précédisparurent pour faire place à une auesthésie aussi Ile que l'on obtiendrait avec le chloroforme, à la condition toutefois de prolonger assez l'administration de lamylèm

ilité commençait à décroître au moment même l'on relirait le masque, et le réveil se faisait après une ou minutes de respiration à l'air libre, 1 animal repassant souvent alors par des phénomènes identiques à ceux qui avaient précédé Lanesthésie totale, c'est-à-dire de la raideur et des mouvements convulsifs. Quant à Lanesthésie, elle débutait « s membres postérieurs : c'est là également ersistait le plus longtemps. En somme, un espace de dix minutes était suffisant pour amener le rétablissement complet du sujet en expérience. Cette rapidité s'explique suffisamment par ce fait que, le point d'ébullition de Lamyléne éianl inférieur à la température animale, il se vaporise brusquement dans les vaisseaux, et est rapidement éliminé par En poumons à Létal de gaz.

Che* les enfants, les choses se passent à peu près de la

mime façon. Chez latinité, les effets sont moins prompts à

produire et h disparaître. D'après les observations de

, le temps nécessaire pour amener Lanesthésie varie

de deux h six minutes, la quantité de liquide nécessaire de

D grammes. Le coma est moins profond qu'avec le

ffoforme et Léther, maïs, comme pour ces deux derniers

agents, il existe parfois de la rigidité et des mouvements con-

fc, Fait intéressant, chez deux des malades appartenant

au service du chirurgien que je viens de vous nommer, Lin-

lelligence a paru subsister quoique la sensibilité fût éteinte ;

la respiration, subit une certaine accélération ; le pouls

ut également plus fréquent, la face rougit et les opérés

ne furent pas pris de nausées.

résumé Lamyléne parait avoir tous les avantages du chloroforme : nous pourrions même dire qu'il lui est

préférable, car son action sur les premières voies respir toires n'est pas aussi désagréable; la période d'excitation «t| presque constamment supprimée ; enfin d'ordinaire le réi survient beaucoup plus vite et sans aucun des accidents qà\ signalent la présence du chloroforme dans l'organisme.

Non seulement on s'est servi de l'amylène pour prodoin ! l'insensibilité dans les opérations chirurgicales ; il a encore ' été employé avec succès chez les femmes en couche par le» praticiens anglais qui firent ainsi complètement disparaître les douleurs de l'accouchement sans rien enlever de lew force aux contractions utérines (1).

Enfin, Messieurs, en France, Giraldès s'en est servi, avec les plus heureux résultats dans la chirurgie infantile. Dam une communication à la Société de chirurgie, il relate vingtcinq observations d'enfants de 3 à 10 ans anesthésiés parce procédé, et dans aucun cas il n'y eut de nausées ni de vomissements (2).

Au point de vue de son action sur l'économie animale, nous sommes autorisés à considérer l'amylène comme n'offrant aucun danger sérieux. On a bien, il est vrai, cité deux cas de mort chez des malades soumis à l'inhalation de ses vapeurs, mais, outre que dans ces circonstances il n'est pas suffisant ment prouvé que l'amylène doive être mis en cause, on a p1* fréquemment, une fois l'anesthésie obtenue, continuer peu" dant assez longtemps son administration, sans qu'il survit* * d'accident, comme avec le chloroforme.

Cependant l'amylène possède deux inconvénients que je dois vous signaler. C'est d'abord son extrême volatilité ; elle est si grande que, lorsqu'on en verse sur une éponge, on ne tarde pas à voir à sa surface de petits cristaux blanchâtres d'amylène coagulé ; elle force le chirurgien à en user une quantité considérable pour obtenir le résultat qu'il cherche. En second lieu, son inflammabilité est telle qu'il s'enflamme même à distance, que l'on ne peut opérer

fi) Smith-Stoltz, fév. i857. — (î) Giraldès, Études cliniques sur Vamylêne. Bull, de VAcad. de médecine, t. XXII, p. il 18, 1857. — Bull, de la Société de chirurgie, t. VII, 1856-57.

M L'àNESTHÉSÎE CHIRURGICALE. 189

lumière artificielle et qu'il empêche de se servir du

&nno-cautère. C'est là, vous le voyez, un grave inconvé-

il, mais qui n'explique pas suffisamment, à mon sens,

dans lequel e*t toul d'abord tombé cet ageot

eslhésique avant même que des expériences plus nom-

Mise* aient été tentées sur 1 adulte* Presque toutes les

ervalîons que nous possédons ont été recueillies sur des

niants; quelques-unes seulement l'ont été sur des adultes,

s, lorsque le liquide était pur, ont élé concluantes en

fa\eur. Je pense donc que 1 oubli dans lequel on le tient

ujourdbui n'est que temporaire, et nous ne serions pas sur-

le voir quelque jour apparaître de nouveau sur la scène

icale.

BROMURE d'ÉTHYLE (1)

peu de temps, notre collègue Terrïllon a vanté un M anesthésique, le bromure d'éthyle, dont je vais rér devant vous les propriétés d'après la communication q«i* a été faite à la Société de chirurgie, au mois de mars demi Comme pour le chloroforme, on Yerse le liquide sur une Ofltpressd que l'on place devant le visage dn malade, en ayant soin de lui faire absorber tout d'abord une assez grande quantité de vapeurs : on obtient de la sorte une anes- B plus rapide qu'avec l'éther ou le chloroforme» mais dd sans passer par des phénomènes qu'il est important de aaler avec soin, car ils peuvent jeter le chirurgien dans jrande inquiétude. Si le sommeil arrive généralement 'une façon assez calme, le liquide ne causant pas d'action -agréable et conséquemment ne provoquant pas de toux, la résolution complète est précédée de con-

Kromure délhyle (C'HHH) prend naissance par l'action do brome, de le brnmhydrique et du bromure de phosphore sur l'alcool* liquide incolore, transparent, plus lourd que l'eau, bouta n>.% [Wurli, Dictionnain de ^e et appliquée), — (2) V. I df juin «880 et BulL de Thé-

rûpeuUque.msLÏ 18ti0,

vulsioos légères, d'une dilatation assez prononcée des pupilles, et surtout d'un brusque afflux de sang à la face et au cou qui ne laisse pas que d'en imposer pour des symptôm es d'asphyxie ; de plus, chez les alcooliques, l'anesthésie ne survient que difficilement et après une période d'agitation plus ou moins violente et plus ou moins longue.

La rougeur de la figure, du cou, de la partie supérieure du tronc, persiste tout le temps de l'inhalation ; la respiration et principalement le pouls subissent une accélération assez notable, mais on doit veiller avec le plus grand soin à ce que les mucosités dont la sécrétion est augmentée, ne s'accumulent pas dans le pharynx, et ne portent pas un obstacle sérieux aux fonctions pulmonaires ; on doit les enlever avec une éponge fixée entre les mors d'une pince.

Le réveil se fait avec une grande rapidité ; quelques instants, une minute à peine suffisent pour que le patient reprenne entièrement connaissance; mais les accidents ultérieurs, nausées et vomissements, communs aux autres anesthésiques que nous venons de passer en revue, ne font pas défaut à celui-ci.

Les expériences en étaient là, lorsque deux cas de mort vinrent refroidir sensiblement la confiance que Ton avait dans le nouvel anesthésique. La première victime fut un malade de Jefferson que Ton devait opérer de la taille, dans le Médical collège Hospital et qui expira au moment de l'incision de la peau. Quelque temps après, le professeur Pancoast en rapportait également une observation (1). Le bromure d'éthyie est-il appelé à rendre des services comme agent d'anesthésie locale parce qu'il est peu inflammable? je ne sais. Nous l'avons employé avec un médiocre succès, entre autres chez une malade du service de notre collègue Guibout. Je crains que, comme anesthésique général, le bromure d'éthyie employé déjà et repoussé en 1849 par Nunneley ne soit définitivement rejeté de la pratique chirurgicale.

(\) Philadelphia médical Times, 5 juin 1880, cité par Paris-médical. 22 iuillet 1880. ' J

BICHLORURE DE MÉTHYLÈNE

Le bichlorure de méthylène n'est plus guère employé maintenant qu'en Angleterre par Spencer Wells. Ses effets physiologiques sont analogues à ceux du chloroforme. Son emploi nécessite un appareil spécial. Plusieurs fois nous nous en sommes servi pour nos malades, et vous en trouverez des observations dans mon livre sur les tumeurs de l abdomen et du bassin (<). Les résultats que nous en avons obtenus ne sont pas des plus encourageants ; outre les nausées et les vomissements qui nous ont paru plus fréquents qu'avec les autres anesthésiques, nous avons fait une remarque qui certes ne manque pas d'importance : il est plus difficile de rappeler à la vie un malade qui sous l'influence de ses vapeurs tombe en syncope que si Ton s'était servi de l'éther ou même du chloroforme. Aussi, depuis longtemps déjà, nous n'en faisons plus usage.

chloral (2)

Je ne vous dirai, Messieurs, que peu de mots sur cet agent qui n'a pas été souvent employé comme anesthésique dans la grande chirurgie. Il a surtout rendu des services dans les petites opérations que l'on pratique chez les enfants : c'est ainsi que, depuis plus de dix ans, notre collègue Bouchut en fait prendre par la voie stomacale une quantité variable suivant l'âge, aux enfants à qui il est nécessaire d'arracher des dents vicieusement implantées, où chez lesquels il doit pratiquer des opérations peu graves.

En 1872, Oré, de Bordeaux, a recommandé l'injection intraveineuse de chloral pour amener l'insensibilité, mais ce procédé que l'expérience a démontré très dangereux, n'est

(i) Péan, Diagnostic et traitement des tumeurs de V abdomen et du bassin. — (2) Chloral (hydrate de chloral) C*HC/*0«,2HO.

plus utilisé que dans les laboratoires sur les chiens sooj^m aux expériences physiologiques.

Forné a vanté la combinaison du chloral avec le chloroformas Depuis quelque temps, U. Trélat prétend que cette combE" naison est réellement avantageuse. Il en donne la veille <E* l'opération et une petite dose de chloroforme suffit pour obtenir une anesthésie complète pendant le temps nécessaire «

On a également cherché à combiner le chloral avec Félher . Cette combinaison vaut mieux que celle avec la morphine» mais le réveil est d'ordinaire difficile et suivi de vomissements.

ALDÉHYDE (i)

L'aldéhyde, recommandé en 1848 par Poggiale et employé plusieurs fois par Simpson, est aujourd'hui, en tant qu'agent (T anesthésie, complètement tombé dans l'oubli. Il provoque dans tous les cas une toux violente et les fonction» respiratoires ne s'accomplissent qu'avec une certaine difficulté. En outre, ce liquide s'altère rapidement en s'oxydant à l'air et en se transformant en acide acétique. L'impression désagréable que cause l'inhalation de ses vapeurs, et la difficulté de sa conservation l'ont fait abandonner des chirurgiens.

Pour ne rien omettre, je vous citerai uniquement pour mémoire les liquides suivants qui ont été abandonnés aussitôt qu'expérimentés :

La morphine seule ou combinée avec l'éther, l'huile des Hollandais (1848), le bichlorure d'éthylène, le chlorure d'éthylidène, le chlorure d'éthyle, l'éther acétique, l'acétone, l'hydrure d'amyle, le chloramyle, l'iodure d'amyle, le chlorure d'éthyle, le nitrate d'éthyle, l'azote,

(\) Alédhyde ou hydrure d'acétyle C*H40 (Wurtz), découvert par Dœbereiner en i 821, prend naissance lorsque l'alcool est soumis à des agents oxydants. Liquide incolore, mobile, d'une odeur pénétrante, bout vers 21°.

l'acide carbonique le sulfure de carbone et la fumée du lycoperdon proteus.

Page 1