MAGNÉTISME
11 ne rentre pas, Messieurs, dans le cadre du sujet que j'ai voulu traiter devant vous, de vous parler des agents qui ont été employés une ou deux fois seulement puis rejetés; mais je ne puis me dispenser de dire quelques mots sur le magné* tisme ressuscité il y a peu de temps.
C'est en 1779 que Mesmer publia son Mémoire sur la découverte du magnétisme et, dès le commencement, des querelles entre la Société royale de médecine et lui s'élevèrent : ces querelles s'envenimèrent peu à peu et finirent par une rupture complète.
Plus tard, en 1826, une commission fut nommée, dans laquelle on remarque les noms de Guéneau de Mussy, Guersant, Magendie, Husson, qui au bout de ciuq ans déposa un rapport dans lequel elle n'osait se prononcer. Cependaut, dans l'intervalle, Jules Cloquet (1829) avait publié une observation dont les conclusions auraient dû peser davantage sur l'esprit des membres de l'Académie. Appelé près d'une femme atteinte d'un cancer ulcéré du sein, il avait fait l'ablation de la tumeur alors que la malade était endormie par ce procédé ; l'opération avait duré près d'un quart d'heure; pendant ce temps, la malade n'avait pas donné le moindre signe de sensibilité, et les battements du pouls n'avaient pas subi de modification.
Malheureusement, et c'est là certainement ce qui a empêché que des expériences sérieuses fussent entreprises plus tôt sur cet important sujet, le charlatanisme a exploité les effets merveilleux que peut produire le magnétisme : de là l'indifférence, on peut même dire le mépris des médecins pour l'emploi de moyens aussi discrédités. 11 n'en est pas moins vrai que, dans les hôpitaux, quelques rares expérimentations eurent encore lieu. En faisant fixer avec insistance une clef, un objet brillant placé à une courte distance devant leurs
yeux, Nélaton, alors que j'étais interne dans son service, endormit plusieurs malades auxquels, pendant le sommeil, il put faire des opérations douloureuses.
Aujourd'hui, le sommeil provoqué par des moyens analogues (vifs foyers de lumière projetés sur les yeux, etc.), semble être entré dans une voie véritablement scientifique, grâce aux travaux du professeur Charcot à la Salpêtrière (1); mais les observations sont encore trop peu nombreuses pour que nous puissions conclure d'une façon définitive, et, sans insister plus longuement sur ce sujet dont je devrai vous reparler quelque jour, je passe immédiatement à l'étude d'un agent anesthésique que nous avons récemment étudié devant vous et qui semble appelé par les excellents résultats que nous en avons obtenus à jouer un rôle prépondérant dans la chirurgie de l'avenir.