‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 3)Chapitre 10 sur 283 · GOMMES SYPHILITIQUES DES LÈVRES · texte numérisé non relu

GOMMES SYPHILITIQUES DES LÈVRES

meur nous permettaient d'affirmer à coup sûr que nous nous trouvions en présence d'une gomme de la lètTe{\0)\ (\^. 1-i). La médication a confirmé notre diagnostic et, après (juinze jours de traitement par Tiodure de potassium, l'état du malade s'est notablement amélioré.

Maljçré tout, la tumeur a suivi la marche ordinaire des gommes. Au moment où le malade est entré, la période de ramollissement avait commencé, et, dés le lendemain, on vil apparaître Tulcération. • [Ce malade sortit de l'hôpital six semaines plus tard complètement guéri.]

Dans les gommes de toutes les régions rulcération suit un processus identique. La perte de substance se fait du centre à la périphérie. En examinant leur surface, on voit çà et là des fdaments blancs dus à réliminalion d'autant de bourbillons. Ces bourbillons se ramollissent isolément ; ils attaquent les téguments, les perforent et laissent à leur suite ces ulcérations dont la régularité et la profondeur forment le principal caractère. Au début, elles sont multiples et isolées, séparées par des ponts de tissu sain, mais a mesure cpie Télimination marche, elles se réunissent et finissent i)ar ne laisser qu'un de ces FONTS dont je viens de vous parler.

Aux lèvres, on trouve certaines particularités dues au voisinage de la bouche et des narines. Vous avez pu voir chez notre malade que hi tumeur, au moment où elle s'ulcéra, se couvrit, du coté de la })eau, decrofltes noirâtres, entre lesquelles sortaient les bourbillons. Cette coloration n'est point spéciale aux gommes, on la rencontre dans toutes les ulcérations des lèvres et des ailes du nez. Le passage du courant d'air de la respiration fait concréter le pus et donne aux ulcérations du voisinage leur caractère j)articulier.

Du coté de la bouche, la mu(pieuse est éraillée par places ; elle est j)arcourue pai* de rares vaisseaux dont les uns, ceux qui viennent de la tumeur, sont en voie de destruction. Toute la surface offnî un asj)ect humide, d'un blanc grisAtre, qui ne ressemble en rien à celui de Textérieur. C'est qu'ici la tumeur est toujoius en contact avec les liquides buccaux qui l'imprègnent et lui font subir une sorte de macération.

Les gommes des lèvres, surtout celles de la lèvre supérieure, ne sont point sans gravité. Si l'on n'a pas soin d'intervenir

i LEÇON.

k temps contre elles, elles détruiseul successivement le tissi sous-dermique, le derme et i'épiderme, entraînant à leur suite les poils de la r^on, car elles n'ont pas de tendance à se cicatriser d'elles-mêmes. On s'explique ainsi pourquoi les anciens chirurgiens les avaient confondues avec le cancer. Quand bien même elles n'intéressent pas Je bord libre des lèvres , elles produisent toujours, après leur cicatrisation, des difformités choquantes qu'il faut tout faire pour éviter.

Dans certains cas, elles ne se bornent point à la lèvre, elles gagnent l'aile du nez et la détruisent. Quelquefois elles s'étendent plus loin encore et lèsent ime partie de la joue.

Les gommes de la lèvre iniVJrieure envahissent parfois le menton; elles sont, d'après Bouisson, un peu plus fréquentes que celles de la lèvre supérieure (1), ce qui n'est pas d'accord avec nos observations personnelles. Elles offrent, d'ailleurs, les mêmes caractères cliniques.

Comme vous le voyez, Messieurs, la gomme syphilitique est une affection avec laquelle on doit compter dans le diagnostic des maladies des lèvres. Celles qui lui ressemblent diffèrent, suivant qu'on l'examine, h. l'une ou à l'autre de ses périodes. Pour en faire le diagnoslic, il faut l'étudier successivement ;

i' a la période de formation ;

2* De ramollissement avec intégrité des téguments ;

3* D'ulcération ;

4' De cicatrisation.

I. Dans les deux premières périodes, la gomme syphilitique présente de l'analogie avec les affections inflammatoires des lèvres ; le furoncle et Yanthrax. Celte ressemblance, il e?t vrai, est superficielle. Elle réside surtout dans la déformation des lèvres et l'aspect particulier du visiige qui en est la conséquence. Par l'analyse raisonnée des symptômes on arrive vite

(i) Voyez Dicliotmaire encyclopédique des sciences médicales, an. Lèvres. (Pathologie.)

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