L'UÉMÉRALOPIE ESSENTIELLE, LE PLUS SOUVENT ÉPIDÉ- MIQUE
C'est à cette dernière qu<» nous avons atraiiv, puisque Texamen ophtlialmosco|)ique n'a pu nous montrer aucun désordre a|)|)réciable du fond de Tn^il. Il n'y a point lieu de supposer cependant que nous nous trcmvions en présence d^une épidémie d'héméralopie. Cette alleclion ne passe j)oi!it inaperçue; elle attire vivement l'attention (\i*i> malade»^, et il est permis de ci'oire que si aucun des compa^^nons dt» travail de cet homme ne s'est plaint, c'est que raneclion n'avait atteint que lui.
Elle se présente à peu près toujours avec les mêmes e;iractèrc<. Pendant le jour la vision est normale, du moins il n^cxiste pa< di* troidiles suffisants pour inquiéter le malade, mais quand arrive le s«jir, les objets perdent leur netteté, puis la cécité est absolue. Au bout d'un certain temps, ces symptômes disparaiss*Mit, le malade recouvre la vision nonnale, et le plus souvent celle attaque d'héméralopie ne se reproduit pas.
^hi I encontre Théméralopie surtout dans le j<Mme Age. Dans une épidémie observée en 1871, au dépôt de mendicité de Car|>i, le docteur Grosoli a vu la maladie atteindre de préfé-
HÉMÉRALOPIE. 53
rence des enfants et des jeunes gens de sept à dix-huit ans (i). Les vieillards cependant ne furent point complètement épargnés. On l'observa môme chez des personnes de soixante-trois et de soixante-dix ans.
La cécité nocturne paraît plus commune dans les pays chauds que partout ailleurs. Rare en France, elle est tout à fait exceptionnelle en Angleterre. Quand on Tobserve, c'est au moment de la saison la plus chaude de Tannée, encore a-t-on fait la remarque que le plus souvent les individus qui en sont atteints avaient été héméralopes sous d'autres latitudes (Samuel Cooper). Dans tous les cas, l'action de la lumière vive paraît jouer le rôle de cause déterminante. A Ehrenbrecliten et Pfaffendorf, 188 soldats de l'armée prussienne sont tout à coup atteints d'héméralopie, et Hubner remarque que Chaque jour ces soldats faisant l'exercice sur les bords du Rhin étaient soumis à l'action de la lumière solaire réfléchie à la surface du fleuve (2) .
De môme le marin observé en Irlande par Robinson avait été atteint pour la première fois en mer, sous l'influence d'un soleil très-vif (3).
La lumière solaire n'a point d'ailleurs le privilège de produire l'héméralopie. Il paraît que l'aflection existe à l'état endémique dans certaines parties de la Hongrie et on l'attribue à l'habitude qu'ont les habitants de dormir la tôte découverte, à la lumière de la lune.
Chez notre malade, c'est à la lumière artificielle que revient la plus grande part. Cependant, Messieurs, il ne faut pas oublier que nous sommes en présence d'un cas complexe. Le malade est presbyte et fortement hypermétrope, par conséquent, l'asthénopie doit compter pour beaucoup dans ses troubles visuels.
De plus, il est atteint d'un commencement d'awiô/yo/??^ /)ar abus. Vous savez que chez les alcooliques et chez les fumeurs,
(1) Vna epidemia di Emcralopia {Storia e studii). Annali universali diMedicina, setleinbre 1872.
(2) Medizinische Zeitung cl Dublin Journal of médical science, vol. VII.
(3) Remarks ofnight blindness with notes ofa case. Lancei, May 30, 1868.
54 SmËME USÇM.
on observe une sorte de cécité partielle des conleiin. Lorsque arrive le soir, ils ne peuvent distinguer sur les limites do champ visuel une pièce d*or d'une pièce d'argent. L'asthteopie et Tanblyopie par abus nous paraissent avoir joué le r5le de cause prédisposante. La lumière extrêmement vive de Taldier a élé la cause déterminante.
Le traitement se trouvait naturellement indiqué : il résidaï tout entier dans la suppression de l'abus et la correcticm di vice de réfraction. Nous avons obtenu d'excellents lésoltats ds séjour prolongé du malade dans le service et de Tusage des verres biconvexes du n* 12. D'ailleurs les divers moyens préconisés contre l'héméralopie se ressentent tous de rincertitnde qui règne sur sa nature. Ceux qui croient à une aflbctaoD parement locale (i), à une anesthé^ie rétinienne, lui opposent ud traitement local les instillations de calabarine, le séjour dans les cabinets ténébreux. Ceux qui la considèrent comme liée à un état général se préoccupent surtout de cet état. Ils traitent le malade par les toniques, le changemeq) de séjour 00* l'action de réleclricité (3). Dans un cas d'héméralopie qui supposait liée à la présence de vers dans le tube intesliBai, Lcodom prescrivit les vermifuges et vit l'hémérak^pie raltre (4). Il est bien entendu qu'il ne s'agit dans tons que de l'héméralopie essentielle. Dans la rétinite pigmentas», rhéméralopie est beaucoup plus grave et très-rarement soiiie d'une amélioration notable de la vision.
(I) Neitcr, Traitement de Vhéméralopie par lê$ cabimU ténébreumiOaM. Mj^ n'' il , i% 187i).— Galezowskî, Hémérahpie et ton traitement par te {Gaz. hôp., n» 124, 1804).
ri) Poiicol, Épidémie d'héméralopie {Gaz. hebd., n*99, 1869).
(3) Luigi Uandaccio, SulV elettroterapia oculare, Modena, 1874.
(i) l.ecdoin, A case of night Mindness from worms m tke MêMmal succcssfully treated {Amer. Journal ofmed. science. July, 1869).
DES GOMMES SYPHILITIQUES DES LÈVRES (Diagnostic à leurs différentes périodes.)
Messieurs,
Le malade cpie je vous présente porte à la lèvre supérieure une gomme syphililiqiœ. Aujourd'hui, elle est ulcérée et offre tous les caractères saillants des gommes, de sorte qu'il serait difficile de se méprendre sur sa nature.
Lors de l'entrée du malade dans notre service, il y a de cela quinze jours environ, l'ulcération n'existait pas encore, et un examen superficiel eût été absolument insuffisant pour permettre de faire le diagnostic. Je ne veux pas dire par là. Messieurs, que la tumeur n'avait aucun caractère particulier, et qu'il était impossible de la reconnaître pour une gomme. Vous vous rappelez, au contraire, que dès cette époque, nous avons attiré votre attention sur le mode de début des gommes et que depuis nous vous avons fait suivre, jour par jour, leur évolution. Voyons donc comment se sont passées les choses.
OBSERVATION VIIL
L est un homme de trente-neuf ans, paraissant au premier coup
•d'œil robusle et bien constitué. En examinant avec un peu de soin son état général, il est facile de découvrir des phénomènes non douteux d'anémie.
56 SEPTIÈME I.ECOS.
Les téguments sont pâles, les muqueusio^i (■omplétcmeiit décolorées, el, à l.i
hase du cœur, on trouve un léger souflle syâloliquc.
La tumeur de la lèvre a commencé un mois environ avant sou entrée à l'hàpital. Au début, elle avait la forme d'une petite induration nettetneot circonscrite et située dans la profondeur <li; la lèvre supérieure. La première fois que le malade s'apergul de son existence, elle atteignait à peu près le volume d'une noisette. Dans l'espace d'un mois, elle devint ovoïde et grosse comme une petite poire. Elle est toujours restée complètement indolente, même à la pression. Voici ce que nous conslatinies lorsque nous fîmes un premier examen.
Sur la lèvre supérieure el en dehors du sillon naso-Ialiial gauclie, siégeiiit la tumeur dont je viens de vous énumércr les caractères. Elle tendait à gagner en avant la ligne médiane, et en haut l'aile du nez. Les téguments voisins étaient parfaitement sains; elle n'avait amené aucune réaction inlla mato re i locale ni générale. A part son état d'anémie, te malade ne prebcntail rien que K délo mation de la lèvre. C'était même uniquement cette defor I o qu 1 amenait à riidjiital, car il ne ressentait pas la moindre do leur h s la f ce et si la tutneur n'eût pas déterminé un peu de g^nc de la mast it on peut-être serail-elle restée inaperçue. Dès ce momei l Messieuis ous | u nés faire le diagnostic. Il n'y avait point en effeJ à songer a un f ronde ou a un anthrax de la lèvre supérieure. Vous savez co bie cesaiïctons nflammatoires sont douloureuses, quel sentiment pemble de tension lis amènent dans toute une nioilié delà face, quelle chaleur ^tcrc et mordicanle les accompagne. Mais h côté de ces caractères, nous en trouvâmes d'autres qui ne nous laissèrent plus de doute.
Au milieu de h joue gauche, on rencontrait une ulcération arrondie, à bords trancliaiits et limités avec la plus parfaite régularité, une sorte de puitx caractéristique en un mol. Elle résultait évidemment de l'élimination d'une gomme ramollie. Sur la face interne de la jambe gauche, on trouvait dilfrrenlcs petites cicatrices lisses de couleur légèrement cuivrée. D'après ce qu'il dit, le malade aurait eu là, il y a deux ans, des tumeure do même forme et de même consistance cpie celle de la lèvre. Elles auraient disparu sous l'influence de l'iodure de potassium.
Ces accidents tertiaires ne sont pas les seuls qui puissent faire croire à une syphilis antérieure; les manifestations primitives ne font pas défaut. Sur le frein de la verge on trouve également une cicatrice. Le malade nous dit qu'elle a été laissée la par un chancre unique contracté il y a dix ans. Il Lie se rappelle pas avoir eu de roséole ni de bubon, mais il a souffert & plusieurs reprises île laryngites rebelles ipii ont toujours été guéries par l'usage d'une médication spécifique.
Il n'était pas douleuK que nous n'eussions bien affaire à un syphilitiqi La présence d'une gomme de la joue et les caractères particuliers de li