FÉ4II
1874. Porle dans les fosses nasales et le pharynx une tumeur qui^ depuis quelque temps, occasionne de fréquents saignements de nez. Ce malade raconte qu'il y a un an, à peu près, il est tombe sur le nez en faisant de la gymnastique. Un mois a[)rès cet accident, il remarqua qu'il ne pouvait respirer par le nez que du côté de la narine droite; un mois plus tard la narine gauche fut elle-même obstruée.
Il sentait vers le haut du nez, dit-il, quelque chose de solide qui le gênait même pendant la déglutition. Il avait plusieurs fois par jour des épistaxis qui Talfaiblissaient notablement. Il y a cinq mois on a pratiqué une opération sur laquelle on ne peut avoir de détails. On voit seulement sur la moitié gauche du voile du palais la cicatrice d'une incision antérieure.
Ce malade est amaigri, faible, pâle, et a des maux de tétc. La voix est nasonnée, la respiration par les fosses nasales abolie ; la déglutition est devenue de plus en plus difficile.
Depuis huit jours, les épistaxis sont fréquentes et abondantes. Un écoulement purulent continuel se fait par la narine gauche et il y a un suintement de sang par la bouche.
Si Ton fait ouvrir la bouche, on voit une tumeur assez volumineuse oecupanl la moitié gauche de Tisthme du gosier, et abaissant par son poids le voile du palais qui est déformé et présente une convexité inférieure. L'arrièrc-cavilé des fosses nasales est presque entièrement obstruée par cette tumeur. Le doigt replié en crochet et introduit derrière le voile duplaisrévèle une implantation profonde sur l'apophyse basilaire. Le polypeest dur, fibreux, et présente à sa surface de nombreuses adhérences. L'afiûbhssement extrême produit par des hémorrhagies répétées fait queH.Pêtn so décide à faire Topération en deux fois, craignant que^ s'il agissaîtautr^ ment, le malade ne succombât à une syncope pendant Topération.
9 mai. Le malade étant chloroformé, on pratique une incision surU ligne médiane de la voûte palatine. La fibro-muqueuse présentant une nscularisation anormale, est détachée de chaque côté avec la rugine. Dnes^ coude incision transversale est faite à angle droit à rextrémité antéiv* supérieure de lu première. De chaque côté, on applique sur l'os dénudé de petites couronnes de trépan aux extrémités de rincision transversale; puis, avec une pince de Liston convenablement choisie, on résèque les [)onls osseux qui séparent ces couronnes. On obtient ainsi très-rapidemeal une large perforation quadrangulaire de la voûte palatine. Cette ouvertuff permettant à la tumeur de se développer librement met pour quelques Jours le malade à Tabri de nouveaux accidents. On en profite pour le tonilier, afin d'enlever le polypo dans de meilleures conditions de santé générale.
23. Dans Tintervalle qui s'est écoulé depuis la dernière séanee, k
malade n'a pas perdu de sang. Le polype fait saillie par l'ouverture qui a été faite à la voûte palatine.
Extirpation avec la scie-pince. Cet instrument par sa disposition et sa construction a l'avantage de comprimer énergiquement la tumeur à son implantation et d'empêcher l'hémorrhagie pendant que du même coup la petite scie dissimulée dans les mors de la pince fait la section. La scie est manœuvrée lentement; le tissu est dur et résistant L'implantation est d'ailleurs très -large et ne peut être enlevée qu'à plusieurs reprises et avec des instruments de courbure variée.
30. Le malade n'a pas perdu de sang depuis l'extirpation du polype ; plusieurs portions restantes de la tumeur se sont sphacélées et détachées.
13 juin. Il ne reste plus de la tumeur que le prolongement nasal. Toute la partie qui s'insérait sur l'apophyse basilaire a disparu. Il ne s'écoule qu'un peu de liquide visqueux mais sans odeur. Le malade étant endormi, on extiqie avec la scie-pince ce qui restait de la tumeur : cette dernière partie était assez résistante, mais moins cependant que celle de l'implantation. Il ne reste plus rien de la tumeur et les premiers cris du patient révèlent une voix claire.
Le lendemain^ le malade peut respirer librement : la voix est redevenue normale.
Les suites de l'opération furent insignifiantes ; le malade quitta le service le 30 juin, et la cicatrisation de la plaie fut complète le 15 juillet.
Cependant, en raison de la nature fibreuse de la tumeur et de son siège, M. Péan engage le malade à revenir le voir à des intervalles rapprochés. Meuf mois plus tard, il n'y avait pas eu de récidive.
FiG. 36. — Scie-pince pour Tablation des polypes nasopharyngiens.
§iv
APPAREIL DE LA GHSTATiaN
Obs. CCCXXXIII. — Papillome ulcéré de la langue. Ablation avec ^écraseur. Guérison. — Guilaret (Marie), trente-neuf ans, journalière.
AW MALADIES DÇS ORGANES DES SENS.
entre le 17 juillet 1874. Il y a huit à neuf ans, cette femme remarqua vers Texlrémité antérieure de la face dorsale de la langue^ un petit bouton qui ne lui causait aucune gêne. Depuis 1870, ce bouton s'est recouvert d*une ulcération, puis la langue a subi une petite perte de substance, el présente aujourd'hui à sa surface un sillon plutôt étendu que profond. Des douleurs d'oreilles intenses sont alors survenues. Dans les derniers temps, la mastication est devenue très-pénible par suite de la grande sensibilité de la langue.
La santé générale n'a jamais été altérée.
Au moment de l'entrée de la malade à l'hôpital, la langue est le siège d'une petite tumeur qui, partant de la pointe, remonte assez haut sur h face dorsale. Les bords sont indurés, inégaux, sur le point de s'ulcérer. A la surface, on trouve de petites ulcériitions. Il] reste encore une assez grande étendue de la langue qui est saine. Rien de particulier du côté de la glotte. La malade ouvre difficilement la bouche, et ressent quelques douleurs dans la mâchoire.
18 juillet. On passe deux trocarts très-courbes, qui serriront à miintenir la chaîne de l'écraseur avec laquelle on saisit la langue en arrière de la tumeur. Malgré la lenteur que Ton apporte à manœuvrer Tinstrument, les deux artères donnent un fort jet de sang, que l'on arrête avec des places placées sur chacune d'elles. La tumeur examinée au microscope était m papillome recouvert d'une ulcération simple (H. Ducastel).
20. Céphalalgie intense siégeant au sommet de la tète. Douleurs trèsvives de la langue. Pas d'hémorrhagie consécutive. P=88. Peau fraîche. On enlève les pinces.
22. Souffre moins; mais a beaucoup de peine à prendre dubooilkHi; une partie ressort par le nez. Céphalalgie moins pénible. P=90. Liplû^ de la langue suppure, ce qui exige de fréquents lavages.
26. A reposé plusieurs heures pendant la nuit; P= 80. La phie de k langue va très-bien. Éprouve toujours beaucoup de difficulté à prendre du potage : elle ne peut l'avaler et le rend par la bouche et les narines; ^ liquides seuls passent, et encore difficilement.
28. La malade demande à se rendre chezelle et continuera de sesoifMr' La cicatrisation de la plaie se fait déjà sur les bords. Les douleurs soit moins fortes. La déglutition des potiges et des viandes flnement hachto se fait sans difficulté.