DES TUMEURS FIBRO-PLASTIQUES F)E LA CUISSE
saignac (1) ont opéré des tumeurs de cette iiatuie ayant le môme siège.
Je n'ai pas Tintention de discuter aujourd'hui la genèse et le développement histologique de ces sortes de productions. Je me bornerai, pour ce qui touche à leur anatomie pathologique, à déterminer leur point de départ au milieu des plans musculaires et aponévro tiques que Ton trouve dans la cuisse.
A ce point de vue, les sarcomes fascicules de la région peuvent être divisés en trois espèces :
!• Sous-cuTANÉs ;
2" SoUS-MUSCULAIRES ET INTERMUSCULAIRES ; 3* SUS-PÉRIOSTIQUES.
I. Sarcomes sous-culancs . — Ils contractent de bonne heure des adhérences avec la peau, ont peu de tendance à envahir les interstices musculaires et à gagner les parties profondes. Ils se développent, au contraire, vers la superficie, et s'ulcèrent de bonne heure. Si dans le cas actuel nous eussions eu affaire à cette variété, il est certain que la tumeur ne serait point arrivée à ce volume effrayant, et que la malade se serait décidée beaucoup plus tôt à réclamer l'intervention chirurgicale.
Vous nous avez vu souvent extirper sans difficulté, comme sans danger pour les malades, des tumeurs fibro-plastiques de cette espèce. Dans quelques cas, elles ne dépassaient pas le volume d'une noix. Il est très-rare qu'elles atteignent celui d'une grosse orange ou du poing. Un certain nombre de chirurgiens ont proposé de les enlever avec les caustiques ou la ligature, afin d'éviter aux malades une opération sanglante. Ces tentatives n'ont donné jusqu'ici que des résultats peu satisfaisants. Dans un cas extrêmement favorable (il s'agissait d'un sarcome pédicule siégeant au»*dessous de
(i) Sec. de chii\ (23 décembre 1852).
1% DOLZIÈME 1.EÇ0S.
l'aine droite), Rizzoli (1) pratiqua sans succès la ligature et dut
se servir en dernier lieu de i'écraseur.
II. Sarcomes sotis-musailaires et intermiisculaircft. — Ils naissent profondément sur les cloisons fibreuses de la région ; à mesure qu'ils grossii^^eiit, ils refoulent les muscles et les vaisseaux.
Ces tumeurs sont pourlaplupart comme enchatonnées au milieu des masses charnues, amincies et étalées à leur surface. Elles gagnent lentement les tf^uments et s'ulcèrent lard ; les malades s'en inquiètent peu et ne consultent le plus souvent le chirurgien que quand leur volume égale ou dépasse celui d'une tête de fœtus à terme.
Ilcppner (2), Lctiévant (.'î), Durliam (fi) ont éyalcmenl observé des exemples fort intéressants de aai'coraes développés dans ces conditions et aviint suivi celte marche.
Nous en avons opéré qui avaient pris naissance sur la gaine des vaisseaux fémoraux, et dans la suite s'étaient unis d'uno façon tellement étroite avec eux qu'il était presque impossible d'enlever la tumeur sans les intéresser; dans une observation rapportée par Demarquay (Tu, les choses s'étaient passées de b sorte.
III. Sarcomea siix-prriosii'jiies. — Rarement ils se développent vers la superficie. Le cas mentionné par Nobiling (6) repr^ sente leur mode d'évolution le plus /réquenl ; une énorme tumeur fibro-plastiquc, née dans le périoste, avait détruit successivement toutes les couches périphériques du fémur, et arrivée vers le canal médullaire elle l'avait suivi et comblé dans la iilns grande parlle de sa longueur. Je n'ai pas besoin de vous faire remarquer, Messieurs, que l'étude de ces cas rentre dans celle des lumenrs des os, et qu'aujourd'hui non» n'insisterons pas sur eux; j'en viens donc à notre observation.'
(I) Itivisfa clinica di Bolognn, 1870, ii" G.
(2] Petersburg. med. Zt'dschr., XVII, 1870.
(3ï Lyon médical, n' 2G, nn'iiie anni'c.
(Ij Transact. of llie palhot. Sociely.'SiX-V.
{:•} Gaz. deskôp., IKfiïl, n'Oa.
(f.j V. Bayer. oerzUkh. Intelligenz-Blatt, n» 19, 1860.
DES TUMEURS FIIIRO-I'USTIQUES DE r.A CUISSE. 129
OBSERVATION XIV
Au 11° Cl de la salle Saiiilc-Murihe i>sl coiicliéu une malade de quaraulchui( ann, entrée te ii iirni-s 1875.
A part une teinte parliculiùre des l£i;uiiienls, sur la(|uelle nous rovieti- (Irons plus loin, et un léger degré d'amaigrbscineiit, elle présente tous les caractères d'une bonne santé.
Pendant la station verticale, et surtout peiidanl la marche, elle se lient (l'une façon particulière : le tronc est rejclé fii uvrière et du càté droit. Un
FiG. SS. — CvHto-sarcDniG d la cii t<c ctiiz une Ti riiiiia île quiraiite liuil ans (Le moule eat conscrM, a noire luu'-ue du 1 lidj ital baini Louis ]
dirait qu'elle est obligée de faire de constants elTorls pour soutenir un lourd fardeau solidement atlaclic sur le cùIb irauclK- du bassin ou de la cuisse. . C'est en elTet là l'explicalion de son attitude. Elle porte sur la Tare postérieure de la cuisse gauclie une volumineuse tumeur, .s'é>endanl du pli fessier au creux )H>plilé; les tli-uv (m-ch inierni' cl exierue sont en partie envahies par le néoplasme ; la lace atiléricure seule est parrai:emenl libre. La demi-circonrércnce de celle tumeur, dans le sens vertical, mesure 82 centim. (vo}. lig. îît).
La consistance est inégale : molle et Uuctuante en certains endroits, elle ràAi*. 0
i30 DOUZIÈME LEÇON.
est dure et résistanle en d'autres points. Il est Tacile de sentir un cloisonnement assez irrrégulier; çà et là se renconlretit des bosselures, peu fiables d'ailleurs, et qui ne inoiiilienl pas sensiblement l'aspect gt'néia).
La peau qui la recouvre eut saine, mais parcourae en tous sens par de grosses veines dilatées et sinueuses. Elle n'adhère point au tissu de la tumeur, si ce n'est vers sa circonférence. Nulle part on ne trouve la téguments ulcérés ou prêts ii s'ulcérer. Toute la masse est absolument indolente, même à la pression ; elle paraît Faire corps avec les muscles «1 les aponévroses.
' Les ganglions lymphatiques de l'aine et du bassin ne sont point euv&hiî. La circulation artérielle ne parait pas sensiblement altérée dans le meniiin alTecté. Dans la poplilée, la libialc postérieure et la pédieuse, on coualale des pulsations de même force cl de même amplitude que du calé sain.
L'étal général est bon. La malade présenle même un certain embonpoint; cependant la peau a une teinte spéciale diflicile à caractériser. Ce
F^o. SG. — Coiipu d<! ta Luiiiuur précédenle. (De iioire callretion.)
n'est pas l'aspect blanc cireux des anémiques, encore moins la coloration jaune-patlle des cancéreux, mais une sorte de Ion inlcrmédiaire établissant assez bien la transition d.^ l'un à l'autre. A la face, l'aspect rouge des pommelles les fait ressortir davantage. Le cœur et les paumons sont parfaitement sains.
La tumeur a mis six ans pour arriver à ce volume énorme malade la découvrit pour la première fois, elle n'était pas