DES TUMEURS FIBRO-PLASTIQUES DE LA CUISSE
nort certaine et très-proche, lorsque rintervention offre des ihances de la guérir radicalement ?
Je crois, Messieurs, que le chirurgien doit agir. C'est même in devoir pour lui de s'exposer à un insuccès, car il ménagera 3ar là les dernières chances qui restent à la patiente. Il faut, 3omme nous l'avons fait, exposer nettement les dangers de l'opération, puis chercher par quel moyen on pourra intervenir avec le plus de sûreté et d'efficacité.
Par ce que j'ai vu jusqu'ici, je suis porté à me défier de l'usage des caustiques. En 1870, une femme d'une cinquantaine d'années m'était envoyée par un confrère de la ville ; elle avait à la cuisse une grosse tumeur dont j'ai gardé le dessin (voy. fig. 28). Cette tumeur avait été prise pour un kyste, et l'on concevait d'autant plus facilement une telle erreur que l'on ne trouvait point la dureté habituelle des sarcomes qui siègent au-dessous des adducteurs. J'ai appris depuis, par le confrère qui m'avait adressé la malade, qu'elle avait été traitée par les caustiques dans le service de M. Maisonneuve. Elle succomba aux progrès de la suppuration.
L'ablation pure et simple avec l'instrument tranchant est également contre-indiquée. Que penser, en effet, d'une plaie de quatre-vingt-deux centimètres de long au moins ? Est-il possible de disséquer la tumeur en coupant au fur et à mesure les parties molles qui lui adhèrent, les muscles, les vaisseaux, les aponévroses ? Il n'y faut pas songer, car le chirurgien serait fatalement forcé de faire une énorme perte de substance. La plaie serait anfractueuse, irrégulière, mal disposée pour l'écoulement du pus ; elle nous exposerait à des hémorrhagies difficiles à arrêter. — Même en prévision d'un succès complet tout à fait improbable, on ne conserverait à la malade qu'un membre dont la plupart des muscles auraient été lésés et qui ne pourrait lui rendre que peu de services comparés aux dangers propres de l'ablation, cet avantage est bien faible et certainement insuffisant pour influer sur notre détermination. Je crois, messieurs, qu'il vaut beaucoup mieux recourir à l'amputation de la cuisse au tiers supérieur. C'est là une opération
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grave sans doute, mais elle l'est beaucoup moins que l'abialion pure et simple. Après niùre réflexion, c'est à ce procédé que nous donnons la préféreiu-e, car c'est lui qui nous permettra le mieux d'éviter les difficultés sérieuses de l'ablation, c'est lui qui donnera à la malade les cliances les plus nombreuses.
(Lipomes. — Fibromes. — Sarcomes.)
Messieurs,
Je ne vous ai guère parlé juqu'ici des tumeurs de la paume de la main qu'à propos du diagnostic ae diverses affections des synoviales tendineuses des fléchisseurs. Dans nos dernières séances, nous avons eu l'occasion d'enlever presque coup sur coup deux lipomes développés profondément au-dessous des muscles de la main. Vous comprendrez facilement que dans une région dont la structure est aussi complexe, les usages aussi variés, ces tumeurs offrent une physionomie spéciale qui donne à leur étude un véritable intérêt. Je pourrais, en me plaçant à ce point de vue, vous exposer quelques idées générales sur la pathologie de la main et tâcher de vous esquisser le tableau de ses principales affections. Mais le résumé le plus succinct réclamerait encore des développements qu'il est bien difficile de faire entrer dans une simple conférence clinique. Je me réserve d'y revenir. Je ne crois pourtant pas. Messieurs, qu'il soit nécessaire de restreindre strictement le sujet aux lipomes de la face palmaire. On trouve dans cette région des tu-
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meurs fibro'-graisseuses, fibreuses ou mi^me fibro-plastiques que leur structure et leurs caractères |)hysiqucs rapprochent sensiblement des lipomes. Dans un grand nombre de lipomes, la trame, au lieu de rester simplement celluleuse et aérolaire, devient dure, nacrée, fibroïde ou ncUement fibreuse. Le fibroiipome ne diffère du fibrome pur que parce qu'il contient de plus que ce dernier quelques cellules adipeuses. La marche, les symptômes et le pronostic sont exactement les mêmes dans ces deux cas. Mais pour peu que quelques éléments embryonnaires se glissent en un point d'une de ces tumeurs, et la chose arrive fort souvent, on se trouve en présence d'une produclion qui résume celles dont je viens de vous parler. Que l'on se place au point de vue clinique purement ou histologique, il est donc bien difficile de les étudier isolément.
Nous trouverons dans nos observations plusieurs faits intéressants relatifs à l'ûge où se développent les lipomes, h leur volume, à leur siège. Ainsi, l'un oiaipait le premier espace intermétacarpien, avait écarté les deux os qui le limitent et élargi la main dans le sens transversal; l'autre, situé profondément au-dessous de l'éminence bypothénar, la soulevait et la rendait plus saillante qu'à l'état normal; le premier malade était un enfant de trois ans et tout portait à croire que sa tumeur était congénitale; le second était un adulte de vingt-sept ans, cliez lequel elle s'était développée depuis peu de temps. Je vous résumerai d'abord ces deux observations. Nous étudierons ensuite séparément les lipomes, les llbromes et les sarcomes, de façon qu'en rapprochant les matériaux que nous aurons rassemblés nous puissions arriver à faire le diagnostic difl'érenticl des tumeurs solides de la paume de la main.
OBSERVATION XVI
C , âgé de trois ans, fut amené à la coiiEuKation du 30 avril 1875.
Ses parenls ilésiraicnt que l'on remédiât il unn dèformalion particulière de la main droite qu'il avait, dis»ienl-ils , toujours prt'sepi'
devenuil de plus en plus clioquantc à nn>sure que l'enFant gr En comparant les deux mains, on coiistaLe aisément que
DE QUELQUES TUMEURS SOLIDES i)E LA PAUME DE LA MAIN. H3 sensiblement plus large que la gauche. Les deui premiers métacarpiens sont plus écartés vers leur extrémité inférieure que ceux du cOlé gauche. En outre, à la base de l'éminencethénar, à 5 ceutim. environ au-dessous et en dedans de la première articulation métacarpo - phalangienne, on aperçoit une petite saillie de forme peu déter minée.
Au toucher on consiste qu'elle est formée par une lu meur profonde, pâteuse sans fluctuation manifeste indépcn dante des parties molles qui glissent à sa surface ; indolente et sans battements.
Examinée par transparence, elle est opaque.
Je vous dirai tout k I heure en traitant du dia^ostic en général, comment je fus amené àreconnaltre que celte tumeur solide congénitale était un lipome.
Après avoir endormi I entant par le chloroforme, nous fîmes l'énucléatioa en prévenant comme toujours la perte de sang par la forcipressure. L'opéré ne resla pas dans nos salles, mais nons eûmes de ses nouvelles à des intervalles réguliers. Au bout de huit jours, la plaie était fermée, et le 10 juillet 1875 la déformation de la main est sensiblement corrigée.
Fie 29 — Main dérornié par un lipome profond du premier espace iniermiiacarpien {De notre
collection.)
Voici la seconde observation :