‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 3)Chapitre 244 sur 283 · Le malade demande à sortir · texte numérisé non relu

Le malade demande à sortir

Obs. DLXXXIV. — Mal perforant. Ancienne fracture de jambe. Consolidation par cal exubérant. Troubles trophiques divers dans le pted et la jambe. — Charles (Barthélémy), cinquante et un ans, homme de peine, entré le 5 avril 1874.

En 1848, il eut une fracture compliquée de plaie des deux os de la jambe {gauche sié^^eanl à six lr«ivers de doigt au-dessus de la malléole exlcrne. Il n'obtint sa guérison qu'en conservant pendant trois mois un appareil inamovible. Depuis cet accident, le pied est resté plus sensible à la marche et au froid. Il y éprouve souvent des fourmillements, qui s'accompagnent d'un peu d'œdème lorsqu'il est contraint de se livrera un travail nécessitant une station verticale prolongée.

Il y a huit ans, il fut soigné par M. le docteur Michon pour un durillon suppuré qui avait produit une ulcération dans laquelle on pouvait placer la pulpe du doigt. Il n'en continua pas moins de travailler, jusqu'au moment où la douleur ne le lui permit plus. Il resta deux mois au lit et l'ulcération était parfaitement guérie quand il commença à marcher.

Pendant trois ans la guérison persista. Le point où avait siégé l'ulcération était un peu sensible, niais le malade avait soin de couper fréquemment avec un rasoir la pointe du durillon qui s'était reformé sur le lieu même du premier. En travaillant debout, il s'efforçait de faire supporter la plus grande partie du poids du corps par la jambe droite.

Pendant les années 1809 et 1870, ce petit durillon s'ulcérait spontanément et rulcération se fermait sans aucun soin de la part du malade. Quand le pus s'était fait jour au dehors, les douleurs s'affaiblissaient et disparaissaient complètement, pour reparaître plus tard dans des conditions identiques.

C'est pendant cette période que les orteils du pied atteint se sont fléchis en griffe.

Vers la fin de 1871, un gonflement considérable a envahi la totalité du pied, le malade n'a pu marcher; il s'est fait une ulcération plus grande, plus profonde que la première et une anesthésie complète tout autour. Il entra dans le service de M. Tillaux et resta deux mois. Cataplasmes et repos. A sa sortie il n'y avait plus d'ulcération, mais la marche occasionnait toujours des douleurs.

Le durillon s'est ouvert plusieurs fois depuis cette époque; il y a environ deux mois, l'œdème est revenu, s'est accompagné de douleurs et d'élancements, et a pour la première fois gagné la jambe. Le malade a dû garder le lit pondant un mois et demi.

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Deux petits abcès se sont alors ouverts sur la face dorsale du pied au niveau de l'extrémité antérieure des niétatarsiens. Le plus externe correspond à la iôte du quatrième métatarsien et n'est pas encore fermé actuellement; l'autre est à un demi-centimètre en dedans.

Presque en môme temps apparaissait un autre abcès, très-limité, qui siégeait sur la face plantaire, vers la tôle du quatrième métatarsien, et dont on ne voit plus que la cicatrice.

Aujourd'hui la face plantaire du pied gauche présente en avant du talon, au niveau de la tête du quatrième métatarsien, un durillon épidermique, grisâtre, sensible à la pression, de la largeur d'une pièce de 50 centimes et de forme conoïde, reposant sur une base indurée de l'étendue d'une pièce de 2 francs.

Le côté interne et la face plantaire du gros orteil présentent aussi un durillon aplati, un peu allongé, à bords très-nets, et tranchant par sa couleur grise sur le reste de la peau. Cette production épidermique est, selon toute apparence, due à la pression des chaussures en cet endroit. L'extrémité libre du deuxième orteil présente aussi un durillon épidermique, de la largeur d'un bouton de chemise, légèrement déprimé.

L"i sensibilité plantaire est Irès-allaiblie sur le pourtour du premier durillon. Elle est intacte sur toute la face dorsale.

Le pied est ordinairement gonflé. La peau de la face dorsale est violacée; l'épiderme est tombé plusieurs fois par larges écailles comme dans la scarlatine, et on voit encore des écailles épidermiques sur le côté externe du pied. Les quatre derniers orteils ont pris la forme de griffes. Le quatrième est très-déformé. La première phalange a été le siège d'une carie occasionnée parlapiipire d'un clou de chaussure, lorsque cet homme était jeune; la première articulation phalangienne est déviée, et la deuxième phalange paraît comme étranglée à sa partie moyenne. Le gros orteil a été luxé en dedans du premier métatarsien, en 1867, par suite de la chute d'un moule de fer pesant 15 livres, et tombé d'une hauteur de l'",50 sur le pied.

On sent facilement au niveau de la fracture un cal volumineux, saillant sous la peau. Du côté du péroné on sent très-bien la saillie du fragment inférieur, au niveau de laquelle on voit une petite^cicatrice.

La jambe présente de nombreux troubles circulatoires.

Les veines des deux jambes sont variqueuses, mais c'est à gauche surtout que les veines superficielles sont le plus développées. La veine saphène interne présente des dilatations jusqu'au point où elle se jette dans la veine crurale. Les autres veines sont très-dilatées. Le pied gauche est plus froid que le pied droit. Il y a un peu d'œdème. Les muscles de la jambe gauche ont subi un commencement d'atrophie et répondent moins bien à l'excitation électrique.

Les orteils du pied droit offrent la même conformation en griffe ; la cambrure de la face plantaire a disparu, ce qui a pu être déterminé par la gène de la marche et par la position vicieuse que le malade prend pour ne pas porter le poids du corps sur le pied gauche. Le pied droit est rejeté en dedans.

6 avril. — On prescrit des cataplasmes, des bains alcalins, le repos au lit et quatre portions.

9. Le trajet fistuleux ne donne plus qu'un peu de sérosité. Le durillon ramolli est ouvert ; il en sort une très-faible quantité de pus.

13. L'abcès dorsal est fermé ; l'ulcération plantaire tend à se fermer.

17. Le malade demande à partir; l'ulcération est fermée. Il n'existe qu'un peu de douleur.

Obs. DLXXXV. — Mal perforant plantaire. — Hellin (Amédée), tourneur en bois, trente-huit ans, entré le 22 février 1875.

Il y a à peu près vingt ans ({ue le malade a eu une petite excroissance épidermique vers l'extrémité antérieure du talon droit, laquelle s'arrachait facilement avec les doigts. Il y a six semaines que pour la première fois il est sorti du pus par l'espèce d'excavation qui s'était formée dans le derme; mais le malade n'a pas cessé pour cela de travailler. Huit jours après, mettant ses pieds dans l'eau, il a vu que cette excavation allait croissant et s'entourait d'un tissu de consistance très-dur. Il y a trois ou quatre jours, il s'est formé un abcès sur la face dorsale du pied, qui était tuméfiée depuis six semaines. Il a ressenti de la cuisson, puis de la douleur et n'a bientôt pu marcher. Il est resté quinze jours au lit et enfin est venu à l'hôpital.

Ulcération plantaire sur la tète du cinquième métatarsien n'arrivant pas à l'os. Douleurs autour à la pression. Gonflement du pied. Peu de suppuration. Pas de troubles Irophiques de voisinage. Repos au lit, cataplasmes, puis pansements avec le vin aromatique. Guérison de l'ulcère au bout de trois semaines.

Obs. DLXXXVI. — Mal perforant plantaire. — Moisy (Louis), quarantecinq ans, tailleur de pierres, entre le 6 février 1875, pour un mal perforant situé au côté externe du pied gauche, assez près de la tète du cinquième métatarsien.

Depuis deux ans, il s'était aperçu en cet endroit d'un durillon qui le faisait beaucoup souffrir pendant la marche. Ce malade ne présente pas d^autres dépôts épidermiques sur le pied. Pas de déformation, pas de si^mes extérieurs de troubles de la circulation ni de l'innervation.

Il y a un an environ, la couche épidermique s'amincit vers le milieu de la saillie ; celle-ci devint douloureuse et il se forma au centre une petite ulcération qui se creusait plutôt qu'elle n'empiétait en largeur.

Quaad le malade se présente, on trouve une ulcération de la grandeur d'une pièce de 20 centimes. Ses bords sont limités par une couche épaisse d*épiderme formant relief; au-dessous on trouve la peau taillée à pic, mais ne paraissant pas épaissie; puis une cavité à fond grisâtre, tapissée de bourgeons charnus. Cette cavité bien circonscrite a la forme d'un entonnoir.

On enlève laidement l'épiderme, puis on fait une incision cruciale allant jusqu'au fond de Tulcération.

Pansement à plat. Mèches en croix pour éviter la cicatrisation des angles avant le fond. Le malade sort guéri le 7 mars.

Obs. DLXXXVII. — Abcès de la face plantaire du gros orteil. — X. (Marie)y quarante-cinq ans, entre le 27 février 187 i.

Il y a quinze ans cette femme s'était luxé le gros orteil du pied gauche en le heurtant contre une marche d'escalier. Sans se préoccuper de cet accident elle alla huit jours dans son pays, et il se forma au niveau de la luxation une petite tumeur qu'un médecin ouvrit. Cet abcès suppura pendant cinq mois, et la malade vit M. le docteur Bazin qui put en obtenir la cicatrisation.

Après dix-huit mois, la suppuration reparut ; la malade vint à la consultation de Saint-Louis, et on lui prescrivit les bandelettes de diachylon et des chaussures larges.

Il y a six semaines, elle a vu survenir un gonflement énorme de ce même orteil, accompagné de cuisson et d'élancements très-vifs. Elle a gardé le lit pendant huit jours, a mis des cataplasmes et l'abcès s'est encore ouvert. Elle s'est alors décidée à entrer de nouveau à l'hôpital.

A son entrée, le pied est fortement tuméfié ; le gros orteil a une direction oblique de dedans en dehors. On sent sur le bord interne du pied une saillie osseuse qui proémine sous la peau et qui n'est autre que l'extrémité postérieure de la phalange. Repos. Cataplasmes. Guérison au bout de quinze jours.

0b8. DLXXXVIII. — Phlegmon du gros orleil consécutif à une piqûre. — Renault (Charles), quarante et un ans, porteur aux halles, entre le 9 juin 1875. A été piqué il y a huit jours par un clou de sa chaussure au niveau de la première phalange du gros orleil. Depuis lors a toujours ressenti de vives douleurs à ce niveau.

L« gros orteil du pied droit a presque doublé de volume. La peau est rouge, luisante et tendue; quand on prend cet orteil entre les doigts on sent qu'il est le siège de battements profonds. On trouve une fluctuation assez Tagne, qui a été précédée pendant deux jours d'élancements continuels.

La plaie produite sur la face plantaire par la pointe du clou s'est fermée

Irès-rapidoinent cl n'est plus indlqni^e que par un petit point rou{;c. Incision et évacuation du pus. Cataplasmes. Pendant trois jours la suppuration est très-abondante. Guérison complète au bout de quinze jours.

Obs. DLXXXIX. — Vice de conformation de l'ongle du gros orteil chez un ataxiqup. — Maillard (Pierre), quarante-trois ans, chemisier, entré le 2 avril 1875. Ataxique depuis six ans.

I/onple très-long, (Kaspect corné, très-foncé, présente des stries transversales ; son extrémité recourbée sous le Aov^i empêche la marche ou du moins la rend douloureuse. Les autres orteils ne présentent rien de particulier. On srie la partie recourbée de l'ongle. Au bout de quinze jours, les troubles dus à la difformité ont disparu. Les mouvements d'extension du pouce sont seuls conservés; ceux de flexion, d'abduction et d'adduction ne sont pas possibles. Au niveau de la saillie osseuse de la phalange existe une ouverture large d'un centimètre, en forme de sillon et qui laisse passer le pus. A la consultation, on fait une incision cruciale, afin d'en faciliter la sortie. La pression est très-douloureuse, le malade ne dort point ; l'appétit est modéré. La peau est chaude. P. = 95.

28 février. — Cataplasmes.

4 mars. — Nouvelle incision transversale dans le but de pratiquer le débridenient et de hâter la marche de l'abcès.

0. A mieux dormi la nuit ; la plaie est moins douloureuse ; la sortie du pus se fait plus facilement. P = 85.

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