DES PRODUCTIONS POLYPOIDES DE L'OREILLE
I Messieurs,
I A Tune de mes dernières consultations, j'ai eu roccasion de I vous présenter une pauvre femme de cinquante-deux ans, à lai quelle j'avais enlevé peu de temps auparavant une petite tumeur I du conduit auditif externe. Je vous rappellerai bientôt les con- I sidérations fort intéressantes auxquelles ce cas a donné lieu. Je vous montrerai ensuite, en me servant de l'histoire même de la malade, combien il est difficile, malgré les renseignements précieux que nous fournit actuellement le microscope, de formuler le diagnostic et le pronostic de certaines tumeurs. Avant d'en arriver là je vais vous dire quelques mots sur les productions polypeuses de l'oreille, afin que vous puissez voir du premier coup d'œil dans quel groupe doit être placée la tumeur de cette malade.
Les anciens chirurgiens désignaient sous le nom de polypes, des tumeui^ nées à l'intérieur d'une cavité tapissée par une muqueuse et offrant toutes à peu près les mêmes caractères physiques.
11 résultait de cette définition que tous les polypes observés dans le conduit auditif externe auraient pris naissance dans la
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<*aiss(' du tyiiipîiii. D'un aiitiv côté, Fabsciice de toute tNiseaut<)iii()-|)atlioio^n(jii(* |HM'iH(.'Uail dit ivuiiir sous une môme dés- ^iiation dos productions loiit à fait diflëreiites , comme les simples ^naiiidatious intlaiiiinatoircs et les cancers les plusgriTf!^ Aiijonnriiiii. Mrssi<'iii-s, nos connaissances plus précises no» pcnncttronl de <liviscr en deux (grandes classes les productif polypoidcs de rorcillc :
1" Lhs polypes vu aïs;
tJ' liKS POLYPES FAUX.
A la pn^nicre apparti<'nnent surtout deux variétés de tinicni-s, l(>s polypes innquenx. adénomes de quelques auteurs,d les |)olyp(S lihreux.
Xous rattacherons à la sec(»nd(* les fongosités inflammatoire et l(*s tumeurs de diverse nature nées dans la caisse du tympfl ou le conduit auditif externe, «'oinme les sarcomes, les épithé' liomas. les carcinomes, etc.
L Polypi's vrais.
1" Polffpfs muf/ttritr. — On les voit ordinairement faire svii dans le conduit auditif externe sous forme de petites mm globuleuses, arrondies parfois, ovoïdes le plus souvent. Lei coloration est rosée, ils sont constamment humides et saigna avec facilité. Dans quehpK's cas ils |)résenlent des bossduif sphéroùlales et réj^uliéies. Av(»c le stylet on peut s^asson qu'ils sont allongés, que leur inq)lantation est profonde; i qu'en se développant, ils se sont moulés, comme le dit Gmbe sur les cavités qui les renlerment.
An microscope on voit qu'ils sont formés de doux partis 1" un revêtement épithélial ; 'i'* un chorion comparable à od des muqueuses nornudes et cr<*usé cà et là de petites cavil kystiques, sur Torij^ine des(piell<»s on discute encore aujon dMmi. Les uns veultMit (pie c(* soient de simples foUicnl tmiqueux dont rorifice sV*st oblitéré; les autres Croient an
DES PRODUCTIONS POIJPOIDKS DK L'ODKILLK. I5îi
Uindncisch (l) qirtîlles résulleiil de la juxtaposition el de raccolcnient des papilles. Lorstpie les polypes se dév(ïloppeiit, les papilles se rapprocheraient, st» souderaient par leurï> sommets, tandis que leui^s hases resteraient indépendantes. Les lacunes ainsi formées piMsislenl et constituent de petits kystes.
Cette variété de poly])es est hi»aucoup plus fréquente (pie la seconde. Ainsi sur 33 Steudner Câ) en a trouvé 57 ([ui lui appartenaient; Kessel (3), 19 sur Hl. La plupart (Tentre eux prennent naissance dans la caisse, gagnent la n)end)rane du tympan ou mi>me dans certains cas s'engagent dans la trompe d'Kustache (4). Ils s'implantent par une et rarement deux racines sur le tympan ou les parois de la caisse. Certains d'entre eux acquièrent, connue celui dont parle Fahric(î de flilden, et (jui apparut à la suite de la variole, un volume sulïisant pour remplir le méat auditif (5). D'autres se vascularisent au pohit de ressembler à une tumeur caverneuse (0).
^Polypes filnrux. — Ils naissent |)lus souvent que les premiei-s dans le conduit auditif ext(*rne. Leurs caractèies physiques sont sensiblement les mêmes rpie ceux des polypes muqueux : connue ceux-ci ils sont lisses rougeàtres, ovoïdes le plus souvent. J'en ai eidevé plusieurs chez lesquels ces caractères se trouvaient netlemenl niarquésun ; d'eux entre Fi.;.:n. — poiypoiibrcuxiiuconautres (voy. fig.'31), que l'examen "Se^'"^'"^' ^^' ''''^'' microscopique lit reconnaître plus
lard pour un fibrome, ressemblait à s'y méprendre à un polype muqueux ordinaire. Leur structure est «îssentiellement fibreuse; ils sont peu vasculaires, ne présentent ni glandes, ni kystes; s'infiltrent parfois de sels calcaires (Klotz).
(1) l^aikol UMoLy p. {\i.
(3) Archw far Okrenheilk, 1861), i. [V, p. 190. <3) /6id., t. IV, p. 167 el Gaz. hchd., ISOD, ii° ti.
(4) V. Voltolini, Arch. fUrpath, anal,, XXXI, S. tii).
(5) Cent. UI, obs. J.
(6) Biatkf Archiver of optkalin, and otolofjy, L II, u** 1» |i. 1±
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Nous ne parlons pas (l*uue tmisiènie variété que SteudiKri (ir^si^inoe sous le nom ihi polypes inyxomateux^ et dont il l'i décrit lui-nienie qu'un seul cas.
[railleui*s, ces productions difli'rcnt peu cUniquemenl kl unes des autres. Toutes déterminent des douleurs paroxptîqK| dans Toreille, accompagnées de perte partielle ou totaledeh dition. Un écoulement inuco-purulent, fétide, jaunâtre et pi l'ois sanguinolent en est le caractéœ le plus saillant.
ITaprés beaucoup de cliirui^iens, cette otorrfaée serait k caust' immédiate des polypes : <( ils sumendraient, a-t-oo & » sous rintluence di* tpiehpie lUixion tombée aux oreiki » qui lait aposténie. d*où s\;nj;endre ulcère, hypersarcosr< }> chair supercroissante i> (1). Presque tous les auteurs qnrtj trailé le même sujet , entn* autres Tabbê Dumonceau A Itard (r{), se sont ranpV à cette opinion.
Nous n'avons pas à la discuter ici, car nous ne faisons piÉl une étude complète des polypes de rorcillc. Nous yjeloBsa simple coup d omI afin de pouvoir les éliminer quand noosi^ rons le dia^^nostic de Tatrt.^ction de notre malade.