‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 3)Chapitre 275 sur 283 · OBSERV.\TIO.N IV · texte numérisé non relu

OBSERV.\TIO.N IV

Tumeur épiihéliale de la joue ^ circonscrite au moyen d^ deux pinces

avant son ablation.

M..., soixante-dix-huit ans, présente à la joue gauche, à peu près au niveau de l'os malaire, une tumeur vemiqueuse, ulcérée, un peu plus grande qu'une pièce de 50 centimes, douloureuse et augmentant de volume, surtout depuis six mois (juin 1874).

La base de cette tumeur est saisie entre les mors de deux pinces placées l'une obliquement en haut et en arrière, l'autre en bas et en avant, ce qui permet d'en faire minutieusement Sa dissection sans perdre une goutte de sang. Les pinces furent enlevées immédiatement et la petite plaie réunie par un point de suture.

OBSERVATIOX V Tumeur éreetile de la région intersourciliere. — Extirpation,

Juliette M..., âgée de sept mois et demi, a, depuis sa naissance, au niveau de la racine du nez, une tumeur aplatie de la grandeur d'une

- rumeur érecHle de la figiott interioui-cilière, comprimée p»r les mort [Ik trois pince» pour einpfchor l'aOlui iln vatg.

DE LA FORaPRESSL'IŒ. 29

pièce de 2 francs, à bords légèrement saillants et présentant tous les carac* lères des tumeurs érectiles sous-cutanées. Elle est molle, élastique, dépressible et augmente de volume quand Tenfant pousse des cris. Elle n*est pas pulsatile. La peau est saine. Comme cette tumeur a déjà été traitée sans succès par les injections de perchlorure de fer, la compression et la ligature, M. Péan se décide à l'extirper (février 1874). et, pour éviter ThémoiThagie, saisit avec trois pinces hémostatiques ordinaires les angles de la tumeur, de manière à la circonscrire à peu près complètement, ainsi que le montre la figure (fig. 0).

L'opérateur fait alors une incision semi-circulairedelapeau à la partie inférieure de la tumeur et dissèque celle-ci avec beaucoup de soin sans être gôné par Técoulement du sang. Les pinces ne furent retirées qu au bout de quîitre heures ; il n'y eut pas dhémorrhagie et la réunion se lit presque entièrement par première intention.

OnSKUVATION VI Tumeur érectiic do la langue,

G... Marie, vingt et un ans, fleuriste, entre le 21 décembre 187!i à l'Iiôpital Saint-Louis, salle Sainte-Marthe, n*» 75.

ïtéglée à treize ans et demi, voit très-irrégulièrement.

I^ malade raconte que, depuis sa naissance, elle portait une tache rouge occupant toute la partie antérieure de la moitié latérale gauche de la Lingue. Cette tache devenait plus rouge de temps en temps, ne faisait aucune saillie, n'était pas animée de battements et ne causait* ni géue, ni douleur.

Depuis l'âge de cinq ou six ans, cette tache donnait lieu tous les ans, au printemps, à un léger suintement sanguin, mais la malade n'a pas remarqué qu'elle augmentât d'étendue.

Au mois de juillet dernier, la malade eut par la bouche, sans cause occasioDtfclle appréciable, une véritable hémorrhagie qui se répéta pendant cinq à six jours consécutivement et dura près d'une heure pendant les trois premiers jours.

Le 13 décembre 187/!i, nouvelle hémorrhagie, qui débuta comme la précédente, pendant que la malade mangeait et dura environ une demiheure.

Pendant les huit jours suivants, il y eut encore un éooulenienl de sang très-rouge, à deux ou trois reprises différentes chaque jour. C'est alors qu*un médecin consulté pour la première fois fit appliqua du pefchlo-

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rure de fer. Les hémorrhagies précédentes n'avaient pas coîDcidé avec une absence ou une diminution des règles.

Entre les mois de juillet et de décembre. In malade dit que les dimensions de la tache ont augmenté. Le 21 décembre elle entre à l'hôpital tellement aiïaiblie par les pertes de sang qu'elle ne peut marcher, et peul à peine parler.

On constate alors une tuméfaction notable de la moitié latérale gauche de la langue qui est recouverte de croûtes noirâtres formées par le perchlonire de fer.

Le iU décembre, la langue étant à peu près nettoyée, oi> remarque, dans une étendue de 3 centimètres enviran auprès du bord libre et à

f [C, 7. rumeur értclilt de la langue circonscrite eotre tes mars de trois pince*

hémostaliquet *vanl d'en faire l'extirpation.

gauche, une tumeur constituée pardes papilles irritées et hyperbKq>hiées, et en arrière de celle-ci, une autre saillie du volume d'un haricot, assez rénitente. et qui est le siège de battements isochrones à ceux du pouls, comme on peut facilement le constater en saisissant avec deux doigts cette saillie de haut en bas ou de dedans en dehors. Le reste de la langue ne présente rien de particulier. Pas de nouvelle hémorrhagie depuis l'entrée de la malade. On ne diminue pas sensiblement cette tumeur en comprimant la langue au delà de son siège.

Celte malade fut opérée le 9 janvier 1675 de la manière suivante :

DE L\ FORCIPRESSURE. 31

Deux éponges portées sur deux pinces à an*ét sont préalablement pbcées profondément entre les joues et Farcade dentaire, comme le bit toujours M. Péan dans ces sortes d'opérations, afin d empêcher le sang de pénétrer dans le larjnx. L opérateur place ensuite transversalement une pince hémostatique qui saisit la langue près du bord postérieur de b tumeur; une seconde pince est plact'^e longitudinalement sur la paitie médiane de Torgane; enfin^ une troisième est appliquée sur le pbncber buccal (Gg. 7). Ces pinces ainsi disposées empêchaient le sang d'arriver par Torifice de section des vaisseaux, et permirent à M. Péan de disséqu^o^ facilement la tmneur avec le bistouri. Celle-ci est, en effet, enlevée dans toute son épaisseur, mais comme elle n'envahit point la totalité de Forgane, il en résulte une assez large perte de substance qui siège sur b bœ dorsale. On enlève, Tune après Tautre, les trois pinces à compression, et Ton place successivement de petites pinces hémostatiques, au nombre de six, sur les différentes branches artérielles qui donnent du sang, ce qui rend Thémorrhagie insigniQante et Topération extrêmement rapide. Au bout de vingt-quatre et de treiite-six heures, toutes les pinces furent retirées, sans donner lieu à aucune perte de sang.

OBSERVATION VII

Tumeur de la langue. — Ablation avec des ciseaux après hémostasie

préalable par les pinces à arrêt.

X..., dix-sept ans, salle Saint-Augustin, n* 55, porte sur la partie moyenne de la moitié droite de la langue une tumeur de la grosseur d'une petite noix, développée dans l'épaisseur de Torgane, recouverte par une muqueuse fortement congestionnée et hérissée de papilles hypertrophiées dont la pression fait immédiatement saillir de véritables jets de sang. On ne sent pas de ganglions. Le malade a subi sans succès, dans le service de M. Besnier, différents traitements internes et est envoyé à M. Péan pour être débarrassé de sa tumeur, qui après s'être accrue lentement et d'une façon intermittente pendant trois ans environ, s est développée continuellement et plus rapidement depiiis six mois. L'opéi'ation est pratiquée le 28 novembre 187^. Le malade étant chloroformisé, la langue est attirée, et maintenue au dehors par une pince à griffes, puis M. Péan place une pince à hémostase longitudinalement sur la partie médiane de la langue; une seconde pince est appliquée transversalement en arrière de la tumeur ; une troisième est placée sur le plancher buccal entre les deux précédentes. Ces trois pinces se rencontrent presque par Textrémité de

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leurs mors, isolant ainsi complètement la partie ou siège la tumeur. Celle-ci est alors rapidement excisée par deux, coups de ciseaux ; la plaie ne laisse pas échapper une goutte de sang. La pince transversale étant retirée la première, on voit un jet sanguin s'échapper de Touverture béante de l'artère linguale qui est immédiatement saisie avec une petite pince hémostatique ainsi que deux ou trois autres vaisseaux moins importants. Les deux autres pinces étant à leur tour enlevées, on place encore sur la surface saignante deux ou trois pinces hémostatiques, puis on retire la pince à griiïes qui maintenait la langue hors de la bouche. Les suites de l'opération furent aussi simples que possible; le malade présenta dans la journée un suintement séro-sanguin insignifiant Des sept pinces qui avaient été laissées à demeure, cinq furent enlevées le lendemain matin, deux seulement furent laissées par prudence quatre ou cinq heures de plus. La cicatrisation était effectuée au bout de dix-huit jours et le malade pailait guéri au bout de quatre semaines, sa sortie ayant été retardée par une périostitc alvéolordentaire consécutive à la carie d'une dent.

Les avantages de celte méthode, pour rablation des tumeurs de la langue, sont incontestables; opérant avec Tinslrument tranchant et sans être aveuglé par le sang, le chirurgien peut se rendre compte, au fur et à mesure de Topérfition, de Tétat des tissus qu'il divise. En supprimant complètement l'hémorrhagie contre laquelle Técraseur linéaire el le galvano-caulère ne garantissent pas toujours, ce procédé permet en outre d'administrer le chloroforme sans faire courir au malade les dangers particuliers qui accompagnent l'emploi des anesthésiques dans les opérations de cette nature.

Pour les ablations totales de la langue, M. Péan se sert encore de pinces très-fortes, plus ou moins coudées, dont le mors inférieur est en forme de trocart. On enfonce ce mors à la base de Torgane, au delà de la partie qui doit être extirpée, tandis que le mors supérieur, plat et rayé, est apphqué au point correspondant de la surface. Pour comprimer la langue il faudra du reste toujours employer des instruments plus résistants que les petites pinces ordinaires destinées seulement à la compression des vaisseaux. ''

m: L\ FOKCII»UESSl;KE.

Pour les autres régions telles que les lèvres et surtout les joues, M. Péan a fait construire dernièrement des pinces spéciales à mors plats, semi-lunaires et mobiles sur les branches au moyen d'un pivot (fig. 8). Ces pinces meurtrissent moins les tissus que les

Kit;. 8. — Pince hémostatique à mûrs mobiies.

pinces ordinaires et se pnHent mieux aux régions dont nous nous occupons ici, les branches pouvant toujours être disposées de façon à ne pas gêner la manœuvre opératoire. L'observation suivante montrera bien leurs avantages.

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