‹ Leçons de clinique chirurgicale v.1, 1876 (volume 3)Chapitre 7 sur 283 · CONSIDÉRATIONS PRATIQUES SUR U STAPHYLORRHAPHIE · texte numérisé non relu

CONSIDÉRATIONS PRATIQUES SUR U STAPHYLORRHAPHIE

gine syphilitique sont quelquefois combattues avec succès, mais il ne faut agir que longtemps après le début des accidents, autrement on s'exposerait à un insuccès certain, en opérant sur des tissus dont la nutrition a profondément souffert, et qui ne seraient point encore arrivés à leur période de réparation. — Les phénomènes fonctionnels que produisent les solutions de continuité du voile du palais vous sont connus : C'est ce trouble particulier de la phonation, qui fait que le malade ne peut plus prononcer correctement les gutturales, le nasonnement; c'est la gêne de la déglutition, par suite de laquelle on voit souvent une partie des liquides revenir par les narines. — Il n'est donc nullement étonnant que les chirurgiens se soient depuis longtemps préoccupés des moyens de remédier k ces inconvénients. — La staphylorrhaphie n'est point en effet, Messieurs, une opération de date récente. Néanmoins, malgré les services incontestables qu'elle a rendus, elle a compté et compte encore, en France surtout, de sérieux adversaires.

On peut résumer sous deux chefs les arguments qu'ils font valoir contre elle :

1* La staphylorrhaphie est une opération cxtrênienient laborieuse^ et les difficultés que présente le manuel opératoire rendent souvent le succès plus qu'aléatoire.

2** Lors même que le résultat a répondu à toutes les espérances ^ les troubles persistent et le voile du palais ne remplit pas mieux ses fonctions qu'avant la réunion.

Prenons à tour de rôle ces deux objections, et nous verrons par l'analyse raisonnée des faits ce qu'elles ont de fondé et ce qu'elles ont d'exagéré.

On ne saurait nier. Messieurs, que l'exécution de la staphylorrhaphie ne soit entourée de certaines difficultés.

Il n'est pas facile d'aller chercher au fond de la cavité buccale, un organe aussi glissant et aussi mobile que le voile du palais. Au simple contact des instruments il fuit, et très-souvent des mouvements de déglutition ou même des vomissements viennent retarder l'opération.

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Mémo chez un malade docile, il est cxtn)mcmont difficile de faire tenir la bouche ouverte et la langue abaissée.

Enfui, comme dans toutes les opérations de la bouche, un doit compter avec le danpter de suffocation innniiieiitc, que créerait le passage du sang dans les voies r(^'^piratoi^os.

Ce sont là autant de diffîcullés réelles qu'il faut tourner; et pour cela, on doit îivoir recouiN a des instruments qui répondent à toutes les exigence> de l'opération.

On a construit dans ce but un grand nombre d'appareils dont quelques-uns, nous devons l'avouer, sont très-bien conçus et très-ingénieux. Nous avons employé plusieurs d'entre euxà diverses reprises, mais sans en retirer tout le bénéfice que nous en avions d'abord attendu.

En 180(), pendant que nous n;mplacions à la Charité M. le professeur -Denonvilliers, nous appliquâmes pour la première fois un instrument dont Fuscige s'est étendu depuis, non-seulement à la staphyloiThaphie, mais à des opérations d^autres régions: a la fistule vésico-vaginale, à la périné(»rrhaphie, par exemple; nous voulons parler du chasse-lils construit sur nos indications par M. Mathieu (voy. lig. H).

Nous fîmes construire en même tenq)s par M. (juéride des aiguilles destinées à rendre Iv juis^age des lils également facile. — Connue vous le voyez. Messieurs, ces aiguilles portent à leur talon un chas tubulé et conique dans le(|uel passe un fil métaUiqiui. Lorsqu'il est engagé dans le chas, ce lil est recourl)é sur lui-même par l'opérateur cpii le lire ensuite a lui, connue pour le dégager. Il se trouve ainsi passé en double et suflisaiumcnt fixé pour qu'on n'ait pa^ à craindre qu'il s'ècliappe.

Nous ne sommes point arrivé du premiei* coiqi à nous servir du chasse-fds et de ces aiguilles. Avant remj)loi du fd niétalli(pu\ nous faisions usage pour le passage du fil ciré, d'un double boulon de plomb et d'aiguilles ordinaires de courbure semblable à celles dont je viens de vous parler (voy. fig. 12). Les fils se passaient comme toujours par le chas. Nous avions mémo fait construire des aiguilles montées sur manche et dont

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le chas rendu mobile pouvait être détaché isolément du manche. A cette époque, nous avions trouvé de véritables avantages dans CCS aiguilles et nous ne les avons abandonnées que pour nous servir de la suture métallique.

Quant au chasse-fds, il se compose d'une partie renfermant l'aiguille et tubutée comme dans l'instrument de Simpson. La base est armée d'un barillet monté sur un ressort assez ilexible et quand le fil métallique est engagé dans le tube, on fait tourner le barillet, ce mouvement imprime au fil une impulsion qui le fait cheminer jusqu'à l'extrémité de la pointe. On le fait alors passer aussi loin que l'opération le demande, puis on le saisit avec une pince ou avec les doigts, et on retire l'aiguille en prenant soin de donner au ressort un mouvement d'élévation qui porte le barillet en arrière et l'empêche d'appuyer sur le fi!.

Désormais donc, nous n'aurons plus à compter avec les difficultés qu'offrait autrefois le placement des fils. — Nous préviendrons de même chacun des autres accidents que je vous énumérais plus haut, par l'usage d'un instrument convenablement approprié. Contre la mobilité extrême du voile du palais, nous avons la pince fixatrice qui le saisit en arrière et prévient tout mouvement. Par l'usage des pinces hémostatiques, nous nous mettrons en garde contre le passage ou sang dans les voies aériennes. Elles nous rendent ici un service

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signalé, comme dans toutes les autres opérations de la cavité buccale. — Pour maintenir les niAchoires écartées, nous nous ser\irons de Vécarteur des mâchoires de Lùer. Un abaisse-

FiG. 12. — Aiguilles à staphyloirhaphie ronstruilcs par M. Guéride.

langue à manche coudé de longueur modérée, viendra compléter la liste des instruments nécessaires.

Mais un auxiliaire précieux dans cette opération, c'est le chloroforme. Malgré la répugnance que professent pour son emploi dans les opérations de la face certains chinii^iens français, nous y avons toujoui-s recours et jusqu'à présent nous n'avons trouvé que des avantages dans cette manière d'agir. Du reste, un chirurgien anglais dont la comjjéteiuu* en pareille matière est indiscutable, M. Thomas Smith, remploie toujours dans les mêmes conditions (1).

En 1869, il a présenté a la Société clinique de Londres une statistique renfermant 42 staphylorrhaphies pratiquées à différents âges. Le plus souvent les malades avaient été chloroformisés, et l'auteur est arrivé l\ cette conclusion (pie l'anesthésie rend dans ces cas les mômes services que dans n'importe quelle autre opération.

J'en ai fini, Messieurs, avec les modifications apportées depuis quelques années dans la pratique de la staphylorrliaphie, et je crois avoir suffisamment répondu à la première objection.

(1) Clinkal Soc, ofLondon, 22 octobre 1869. Lancet, 1869, t. U, p. f 1.

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