‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 108 sur 282 · MINUTIES DE PERCUSSION NÉCESSAIRES · texte numérisé non relu

MINUTIES DE PERCUSSION NÉCESSAIRES

entre les deux épaules » rayonnent parfois jusque dans les pectoraux ou la partie supérieure du bras, dont elles gênent les mouvements, et sont souvent considérées alors comme de nature rhumatismale ; — méfiez-vous-en ; j'y ai été pris, et d'autres comme moi. — Une hémoptysie et les accidents ultérieurs de la tuberculisation évoluant, venaient plus tard me démontrer mon erreur.

C'est dans ces cas enlin que vous devez rechercher avec le plus grand soin, par l'auscultation, si la respiration est sèche, rude ou notablement affaiblie; si l'expiration est prolongée; si, enfin, la respiration est saccadée.

Je n'ai pas à vous décrire ici les signes classiques de la tuberculisation pulmonaire, vous les trouverez signalés dans vos traités de pathologie; ce que je veux, c'est vous mettre en garde contre certains cas insidieux de tuberculisation commençante, plus fréquents que vous ne pensez, et que vous ne pouvez observer à l'hôpital, où vous rencontrez la phthisie pulmonaire toute faite, et non pas se faisant, des tuberculeux déjà très malades, et non pas commençant à peine à l'être. Je n'insisterai donc pas sur la petite toux sèche due à la présence des granulations, ni sur la pâleur et la dyspnée, plus que proportionnelles au rétrécissement du champ de l'hématose par la présence des granulations : ce sont là des troubles fonctionnels nécessaires et qui se conçoivent.

Mais il est un trouble purement réflexe, évidemment dû à l'intolérance du pneumogastrique, très fréquent à la période latente de la tuberculisation pulmonaire, et bien fait pour vous induire en erreur : je veux parler des palpitations. Vous serez en effet souvent consultés par des gens qui viendront à vous ne se plaignant que de leurs palpitations, ne vous parlant que de leur cœur dont ils se disent malades, et qui ne sont autres que des tuberculeux. Trompés par leur récit, vous auscultez avec soin l'organe dont ils disent souffrir, et vous n'y constatez que -les bruits éclatants, mais, à cela près, normaux ; quelquefois un souffle au premier temps à la hase, que j'ai vu attribuer à une lésion de l'orifice aortique et qui n'est qu'anémique, <l<>s battements Irop fréquents, et un bondissemenl qui soulève le thorax.

Vous apprenez alors que ces palpitations surviennent parfois sans cause appréciable, ou sont simplement provoquées par le moindre effort, une marche rapide, l'ascension d'une côte ou d'un escalier; qu'elles augmentent par l'ingestion des aliments et deviennent alors extrêmement pénibles. Or, une chose déjà vous éclaire, c'est que de telles palpitations ne sont pas l'apanage d'une maladie du cœur commençante, et qu'une maladie du cœur ancienne et aggravée par son ancienneté même, ne produit pas de simples palpitations, mais des irrégularités du rhythme et de l'ampleur, toutes choses qui n'existent pas chez ces malades. Examinez attentivement alors les sommets de la poitrine, et cherchez-y les légers indices, signalés tout à l'heure, de la tuberculisation latente encore. Cherchez-les non seulement chez les jeunes sujets, chez les jeunes filles qu'on prend alors pour des chlorotiques, mais chez les femmes âgées, arrivant à la ménopause, qui maigrissent, pâlissent et palpitent sans que rien vienne expliquer l'altération notable de leur santé ; qui sont oppressées au moindre effort, mais ne toussent pas ; qui ont la peau chaude et sèche, surtout à la paume des mains et le soir, sans avoir de fièvre à proprement parler ; qui sont agitées et dorment mal sans éprouver rien de local ni de précis qui motive leur agitation et leur insomnie ; cherchez, dis-je, aux sommets de la poitrine, et vous finirez par y découvrir la saccade respiratoire sous les clavicules ; réservez alors l'avenir, communiquez même vos appréhensions à qui de droit, et trois mois, six mois, un an plus tard, vous les verrez justifiées par l'apparition des signes désormais incontestables de la tuberculisation confirmée. Vous devez également chercher ces signes de la tuberculisation pulmonaire commençante chez les jeunes gens qui, sans cause appréciable, perdent peu à peu l'appétit, ou du moins éprouvent un dégoût permanent pour les aliments solides et réparateurs tels que la viande; digèrent mal ce qu'ils mangent et le digèrent avec douleur, alors qu'autrefois leur appétit était vif et leur digestion indolente. C'est pour de pareils troubles qu'on vous consultera. Ils vous seront alors présentés non pas comme des désordres symptomatiques, mais comme des maladies, nosologiquement classées sous le nom de dyspepsie et de gastralgie. Et

rien n'est plus naturel en pareil cas que l'erreur; le malade ne vous parle que de son estomac et ne peut vous parler que de cela, qui seul le fait souffrir. Pendant des mois, plus d'une année parfois, ils sont considérés comme de simples dyspeptiques, jusqu'au jour où une hémoptysie, par exemple, vient dénoncer la maladie véritable (1).

Ainsi la granulation peut rester un assez long temps latente localement, n'éveillant que la sympathie réflexe du pneumogastrique cardiaque ou stomacal ; puis un jour elle se démasque et provoque une congestion circonférentielle. Nous avons vu, dans la précédente leçon, ce qu'il en était de cette congestion, soit qu'elle restât telle, soit qu'elle devînt hémorrhagique ou phlegmasique.

Au cas d'intolérance du poumon, la phlegmasie est rapidement ulcéreuse; mais alors, s'il y a tolérance de l'organisme, c'està-dire absence de fièvre, ou fièvre légère et de courte durée, il en résulte une forme spéciale qui mérite d'être signalée.

Je vous ai déjà parlé, au début même de ces leçons (2), de cet architecte qui vit depuis plus de vingt ans avec des cavernes aux deux sommets, et qui vit bien, grâce à l'intégrité conservée de ses aptitudes digestives, grâce également à l'absence complète et constante de tout mouvement fébrile.

J'observe, depuis six ans, la mère d'un médecin des environs de Paris, asthmatique, emphysémateuse, qui est de plus tuberculeuse depuis longtemps, et dont le fils aîné est mort phthisique. 11 y a huit ans, dans l'hiver de 1872, l'état de cette dame s'aggrava singulièrement; une douleur vive se fit sentir sous la clavicule droite : bientôt on y entendit, au lieu des craquements d'autrefois, du souffle tubaire et, en deux mois, ce souffle devint caverneux: on constatait sous la clavicule et jusqu'à la troisième cote les gargouillements les plus intenses. La situation semblait Être des plus graves et la guérison très problématique : la dyspnée était excessive, la toux incessante et des plus pénibles ; L'expectoration très abondante et purulente. Gependanl il n'y

(1j Voir, pour ces troubles des pneumogastriques cardiaque et stomacal, la leçon suivante : Pneumogastriques et tuberculisation pulmonaire. {!) Voir, plus haut, leçon XXWII, p. 6,

avait pas de fièvre : tout au plus le thermomètre marqua-t-il 38 degrés sous l'aisselle pendant les premiers jours de cette période d'inflammation périphymique; quant à l'estomac, il resta bon : malgré les secousses de la toux, il n'y avait pas de vomissements, la malade avait conservé l'appétit, se nourrissait bien et digérait parfaitement. Nous soutenions ses forces par d'excellent laitage, de la viande rôtie ou grillée, des huîtres, du vin de Bordeaux et des grogs, en même temps que nous combattions le mal local par de petites quantités de kermès, l'application répétée de vésicatoires, suivie de celle d'un cautère sous la clavicule, qu'on laissa suppurer plusieurs mois. Au bout de quatre mois, les gargouillements cessèrent, ainsi que l'expectoration purulente; le souffle, toujours caverneux, était presque sec, et il n'était pas douteux que la malade ne fût en voie de guérison.

Elle s'est, en effet, parfaitement rétablie. J'ai l'occasion fréquente de l'ausculter, et je constate seulement sous la clavicule, en même temps qu'une matité permanente, un souffle aspiratif très voisin de l'oreille, et tel qu'on l'observe dans les cavernes vidées : il y a également une pectoriloquie typique. Presque chaque hiver, cette dame, qui n'est rien moins que prudente, qui va volontiers en soirée ou au spectacle, a des attaques de bronchite sans fièvre, pendant le cours desquelles on entend des craquements humides aux deux sommets et surtout à l'en tour de sa caverne; puis le rétablissement a lieu et les craquements deviennent à la fois et moins étendus et moins abondants, sans néanmoins cesser complètement de se faire entendre. La dame reprend alors ses occupations de maîtresse de maison, et à part l'oppression qui tient à l'emphysème et aux tubercules, elle vit de la vie ordinaire et ne semble pas près de succomber. Elle a maintenant plus de soixante ans, mais son existence se passe à la campagne et dans des conditions de grand confort.

De tels faits sont loin d'être rares, au moins dans la pratique civile. Pollock a raconté dans son livre (1) l'intéressante histoire d'une jeune femme observée à maintes reprises par les hommes les plus compétents, et qui, s'étant tuberculisée à l'âge de treize

(1) Pollock, The Eléments ofPrognosis in Consumption, Londres, 1865, p. 218.

ans, se régla nonobstant six mois plus tard, grandit, de jeune fille devint femme, et femme très active, car, d'abord sousmaîtresse, elle fut plus tard maîtresse d'une école nationale et pouvait remplir seule, à l'âge de vingt-cinq ans, après douze années de tuberculisation, ces fonctions si pénibles.

Deux ans après le début de sa maladie, elle présentait sous la clavicule gauche une matité considérable avec gargouillement, pectoriloquie et léger aplatissement de la région, tandis qu'elle n'avait au sommet droit, et depuis peu, que de l'expiration prolongée. Dans le cours de la troisième année de la maladie, des craquements secs se firent entendre à ce sommet droit ; en même temps qu'à gauche l'excavation s'étendait en arrière comme en bas, de telle sorte que le cœur était attiré en haut et qu'on en percevait les battements dans le troisième espace intercostal ; de telle sorte aussi que l'aplatissement de la région sous-clavièrc était plus prononcé. Or, malgré cette aggravation de la lésion locale, à l'exception, dit l'auteur, de crachements de sang de temps à autre, il n'y a pas grand'chose à noter, si ce n'est une amélioration graduelle de la santé. La jeune fille avait alors seize ans.

Six ans plus tard, Pollock notait l'état suivant : « toux très peu fréquente, expectoration le matin, mais rare, embonpoint, teint coloré^ menstruation régulière, digestion excellente, pas de diarrhée depuis des mois. A eu parfois des hémoptysies, alors qu'elle se fatiguait démesurément. Dirige seule l'école nationale depuis deux ans. Vient à l'hôpital une fois par mois et a pris de l'huile de foie de morue depuis dix ans, ne la cessant qu'à de rares intervalles, quand elle causait trop de dégoût. A gauche, il y a une dépression profonde de la paroi thoracique sous la clavicule; matité et craquements secs après la toux jusqu'à la quatrième côte ; légère crépitation au-dessous et jusqu'à la base en avant. Souffle et craquements secs dans la fosse sus-épineuse; respiration rude jusqu'à La base en arrière ; à droite, légère crépitation sèche, mais non constante, et quelques bruits de souffle jusqu'à l'épine de l'omoplate. »

Au bout de deux ans, Pollock retrouYaii cette jeune femme i nient dans le même état; c'est-à-dire que depuis quatre

ans la caverne du sommet gauche s'était cicatrisée et que les granulations ne provoquaient, à gauche comme à droite, que de l'hypérémie allant parfois jusqu'à l'hémoptysie sous l'influence de causes physiques évidentes; à cela près, la tolérance du poumon était parfaite et il en était ainsi de celle de l'organisme.

Ce fait est, d'ailleurs, loin d'être isolé : Pollock cite celui d'un commis, âgé de trente-six ans, tuberculeux depuis treize ans, portant au sommet droit une cavité nettement circonscrite, « avec matité considérable, souffle caverneux, pectoriloquie très distincte, bruit de pot fêlé de la clavicule à la seconde côte ; audessous respiration saccadée; plus bas encore, respiration insuffisante, comparée à celle du poumon opposé. » Cet homme, qui, comme la jeune maîtresse d'école de tout à l'heure, n'avait aucune prédisposition tuberculeuse, digérait comme elle parfaitement et avait de l'embonpoint. Il ne se plaignait d'oppression qu'à l'occasion d'un travail un peu actif; toussait peu et crachait de même. La maladie avait débuté par une hémoptysie.

On trouve dans ce même livre le fait d'un tailleur de quarantedeux ans, ayant eu sa première hémoptysie huit ans auparavant, crachant du sang fréquemment, mais en petite quantité depuis lors, toussant peu, ne maigrissant pas, mangeant bien, allant régulièrement à la selle, n'ayant pas de fièvre, n'éprouvant que de vagues douleurs dans la poitrine et portant au sommet droit une caverne, mais une caverne sèche; car à son niveau, sous la clavicule, on percevait de la matité, du souffle, presque de la pectoriloquie, mais sans gargouillement. Le reste de la poitrine était sain. Il avait été traité par l'acide gallique, l'huile de foie de morue, la quinine et la teinture d'iode extérieurement ; il avait éprouvé une amélioration considérable au bout d'une année de cette médication.

De même un homme de trente-huit ans, peintre, et dont la mère était morte de phthsie, avait au sommet droit une petite cavité, qui ne s'était pas étendue après sept années de maladie. Le début en avait été cependant très grave ; il y avait eu durant trois jours des crachements de sang d'une demi-pinte par jour, des sueurs et de l'amaigrissement. Au bout de cinq semaines, on entendait déjà, sous la clavicule, de la toux caver-

neuse et de la pectoriloquie; au-dessous de ce point, la respiration était sèche et tubaire. Néanmoins, six mois plus tard, le malade avait très bonne mine et ne toussait que le matin et le soir. Un an plus tard encore, il avait toutes les apparences d'une excellente santé. On entendait du souffle caverneux et de la pectoriloquie sous la clavicule droite ; six centimètres plus bas, l'expiration était prolongée et l'inspiration rude. Or, ces signes étaient restés les mêmes à six années de là ; la toux était peu fréquente et l'expectoration modérée.

Dans d'autres cas, la caverne tuberculeuse a deux ans, deux ans et demi, trois ans, huit ans d'existence, et le malade continue de vaquer à ses travaux malgré la persistance de sa caverne.

Notez cependant que ces gens-là sont toujours tuberculeux de leurs poumons, ainsi que le démontrent leurs hémoptysies sujettes à retour, leur petite toux persistante, leur légère expectoration du matin, leur c respiration courte » ; et qu'à cela près, ils ne semblent pas malades. Il y a bien là exactement tolérance de la lésion, mais à la condition d'une grande sagesse dans la vie ; il faut savoir que la maladie est toujours menaçante, et tout écart d'hygiène brusquement redoutable; au bout de huit, dix années même, de cette tolérance, il peut arriver alors que le mal reprenne une marche désormais sans répit. Là est le danger qu'on ne doit jamais oublier.

Dans d'autres cas, cependant, la cavité se cicatrise et le malade peut être considéré comme guéri. Pollock a vu en 1864 une femme de soixante-douze ans, dont la mère, les deux frères et une sœur étaient morts de phthisie pulmonaire et chez laquelle, en 1837, le docteur Williams et d'autres médecins compétents avaient constaté l'existence d'une caverne des plus évidentes au sommet du poumon droit. A vingt-sept ans de distance, elle ne toussait plus, jouissait d'une très bonne santé générale, avait récemment fait un grand voyage sans en éprouver de malaise et ne présentait plus de signes de cavité morbide.

Je dois à mon collègue et ami le docteur Constantin Paul la trèa remarquable observation suivante, où l'on voit un malade, manifestement tuberculeux pendant neuf ans, survivre à sa lé-

sion et en porter sans dommage, depuis un demi-siècle, les incontestables vestiges :

« Le général de B... est né le 42 juin 1799 : il a donc aujourd'hui soixante-dix sept ans. Sa constitution est robuste ; à l'âge de seize ans il est entré au service dans les gardes du corps. Deux ans après, à l'âge de dix-huit ans, il a été pris d'une attaque d'hémoptysie pour laquelle il a été traité à l'hôpital militaire du Roule, par Sue, alors médecin principal de cet hôpital. Il y est resté six mois, soumis aux bains, aux sangsues, aux saignées et à la diète lactée : chaque fois que le traitement était suspendu, les hémoptysies revenaient. Au bout de cinq mois de séjour, les crachements de sang s'arrêtèrent définitivement, et, un mois plus tard, le malade quittait l'hôpital dans un état de faiblesse tel, qu'il ne marchait plus qu'avec des béquilles et qu'il ne pouvait faire le moindre effort sans être pris d'essoufflement. En quittant l'hôpital, pour retourner à Saint-Germain, il fut mis par son père au régime du vin de Bordeaux et d'une équitation modérée. Après six mois de convalescence, il était rétabli complètement et rentrait au service.

« En 1823, sa santé fut ébranlée de nouveau : il contracta une pleurésie qui fut accompagnée d'une hémoptysie abondante; cette maladie le retint deux mois encore à l'hôpital. Trois ans plus tard, en 1826, il retourna encore une fois à l'hôpital pour une nouvelle hémoptysie. A cette époque sa santé paraissait tellement menacée, qu'on s'attendait à le voir réformer d'un jour à l'autre. Depuis ce temps, il n'a jamais été malade, mais a continué de cracher le sang fréquemment. Sa santé s'est si bien remise, et l'oppression était si peu forte, qu'il pouvait, à la chasse, gagner à la marche les valets de chiens, qu'il commandait son régiment sans fatigue, et n'a jamais eu d'hémoptysie à la suite des efforts qu'il devait faire pour commander.

« C'est, du reste, un homme très sobre, se conduisant avec beaucoup de tact en ce qui concerne l'hygiène; si bien que, pendant ses nombreuses campagnes d'Afrique, il n'a jamais contracté ni la fièvre intermittente ni la dysenterie.

a Aujourd'hui, le général de B... n'est nullement malade; il est à la retraite après cinquante années de service militaire actif,

et nous ne donnons son observation que pour montrer de quelles lésions pulmonaires il a pu triompher.

« Voici quel est l'état des organes respiratoires :

« La poitrine est large, carrée, a un périmètre de 404 centimètres, bien que le malade ne soit pas obèse. La hauteur de la poitrine mesure 25 centimètres de la fourchette à l'appendice xiphoïde du sternum.

« Les lésions qu'on y rencontre ne se trouvent qu'à la partie supérieure du poumon gauche, et le siège en est indiqué immédiatement par une dépression de la troisième et de la quatrième côte, au-dessus et en dehors du mamelon. On constate, en outre, à la percussion : en avant, une matité complète, absolue, qui commence à la clavicule et descend jusqu'à la matité cardiaque, avec laquelle elle se confond ; en arrière, la percussion donne une matité absolue dans les fosses sus et sous-épineuses, et plus bas une matité relative. Du côté droit, la sonorité est normale.

<( L'auscultation, qui fait entendre presque partout un bruit respiratoire normal, avec faible murmure vésiculaire, c'est-àdire sénile, ne donne de bruits pathologiques que dans la partie supérieure du poumon gauche. On entend, en avant, sous la clavicule gauche, une respiration soufflante, caverneuse, occupant 1oute la largeur du côté gauche, descendant jusqu'à la troisième côte : un peu au-dessous, dans le troisième espace intercostal, on entend un bruit de gargouillement beaucoup plus prononcé du côté axillaire que du côté sternal. La voix est retentissante el caverneuse dans le deuxième espace intercostal ; elle n'est pas amphorique; elle donne, en outre, de la pectoriloquie de Laennec et de la pectoriloquie aphone très bien articulée, indiquée par M. N. Guéneau de Mussy.

« La plessimétrie stéthoscopique et le choc des pièces d'argent ne donnent absolument rien. En arrière, la respiration, qui est faible et presque silencieuse dans la partie inférieure du poumon, donne, dans la fosse sous-épineuse, un bruit de souille dans l'expiration, bruil éloigné, cl qui n'est accompagné d'aucuns râles. Dans le point où ce bruit est le plus accusé, on entend le retentissement de la voix et de la toux, de la pectorilo-

quie de Laennec, moins accusée qu'en avant, et de la pectoriloquie aphone. La plessimétrie stéthoscopique est muette ici comme en avant, alors qu'elle transmet très bien un bruit du côté opposé.

« A part les crachements de sang, l'expectoration a été constamment nulle ou à peu près ; l'absence de catarrhe, de vomiques et les phénomènes de l'auscultation nous permettent d'affirmer qu'il ne s'agit pas ici d'une dilatation bronchique, mais bien d'une caverne tuberculeuse.

« En dehors de ces phénomènes respiratoires, les autres fonctions sont intactes, notamment les fonctions cardiaques, ainsi que celles des organes de la circulation.

a L'âge avancé du malade nous permet de rechercher si son affection s'est transmise à ses descendants, et nous trouvons que, sur trois enfants, l'aîné est vigoureux et bien constitué, qu'une petite petite est morte, à six ans, d'une méningite tuberculeuse, et que le troisième enfant n'est pas venu à terme. »

M. Constantin Paul voit ici un bel exemple de phthisie contrebalancée par la constitution arthritique du malade, et vous pouvez, en effet, rapprocher ce fait de celui du capitaine d'artillerie de la'leçon précédente (i), également de race arthritique, et qui fournit une si longue carrière malgré ses tubercules. Remarquez encore l'heureuse influence, chez ce général, comme chez le capitaine, comme aussi chez le médecin militaire (2), de la vie régulière, active, en plein air, et de l'équitation.

Mais, même après une égale intolérance des poumons et de l'organisme, il ne faut pas encore désespérer du tuberculeux : si la tuberculisation s'est développée dans de très mauvaises conditions matérielles et que celles-ci soient changées, on peut voir la maladie s'arrêter et la santé se rétablir pour un temps plus ou moins long.

Une jeune fille de vingt-trois ans, observée par Pollock, ayant été fortement éprouvée par des revers de fortune et des chagrins domestiques pendant les premiers mois de l'année 1862, maigrit rapidement ; dans le courant de février et de mars, elle a une

(1) Voir leçon LÏI, p. 286.

(2) Voir leçon LU, p. 295.

abondante hémoptysie et commence alors à tousser. En mai, elle a de la fièvre hectique : le pouls est dur, à 120; il y a de violents frissons et, le matin, des sueurs profuses. L'anorexie est complète, avec nausées, soif, langue sale, constipation, insomnie par le fait d'une toux presque incessante. En juin, l'expectoration est considérable, et tous les symptômes morbides sont à leur maximum. La malade présentait alors, au sommet droit, une matité absolue s'étendant jusqu'à la troisième côte, avec gargouillement, souffle dans l'inspiration et l'expiration et bronchophonie ; les mêmes signes se percevaient en arrière. Audessous et en avant, inspiration rude et expiration prolongée. — Cette pauvre jeune fille était forcée de sortir par tous les temps, pour donner des leçons en ville ; des amis compatissants l'enlevèrent à cette dure nécessité et, en même temps que tout le confort nécessaire, lui assurèrent le repos le plus complet. En juin et juillet, elle continua néanmoins à maigrir rapidement, et sa faiblesse devint extrême; mais les signes physiques ne s'étendirent pas vers la base du poumon droit, et le gauche restait intact.

Le traitement consista dans une révulsion active au sommet du poumon droit, l'emploi de « l'acide cyanhydrique en effervescence avec le carbonate d'ammoniaque », et, contre la toux, l'usage de la morphine. On donna de petites quantités d'aliments, à de courts intervalles, trois verres de vin de Xérès par jour, — et bientôt on doubla la dose. Enfin on put, en août, avec beaucoup de difficultés, transporter la malade a la campagne. Elle prenait alors, toutes les deux heures, la nourriture la plus réparatrice (soupe à la tortue, œufs, gelée de viande, viande piléc, lait) ; deux verres d'eau-dc-vie et une pinle de vin de Porto par jour. La santé commença à se rétablir, et si bien, que dix mois plus tard, en mai 18G3, elle revenait, à la grande joie comme à la grande surprise du docteur Pollock, « en parfaite santé, ayant un embonpoint considérable et d'excellentes couleurs; la lièvre avait cessé depuis plusieurs mois, ainsi que la loux et l'expectoration; l'appétit était vif, les selles quotidiennes et la menstruation régulière. Quant aux signes physiques, voici ce qu'ils sont devenus : aplatissemenl de la région pbtkr. — Clin. m('d. :ic édit* n. 11

sous-clavière jusqu'à la troisième côte ; matité très prononcée ; souffle caverneux, mais sec ; pectoriloquie imparfaite ; respiration légèrement soufflante dans la fosse sous-épineuse ; au-dessous de ces points, en avant comme en arrière, sonorité normale de tout le poumon. »

En général, cette tolérance de l'organisme pour les tubercules s'observe de préférence chez les gens âgés qui se sont tuberculisés tardivement, ou qui ont au moins dépassé la trentaine ; ou encore, parmi les jeunes gens, chez ceux qui sont lymphatiques ou scrofuleux.

Dans ce cas, la tuberculisation pulmonaire semble être bien plus une maladie locale que générale, accidentelle que diathésique ; comme isolée dans l'organisme, sans retentissement sur les grandes fonctions et en particulier la digestive : ainsi les malades que j'ai observés, ceuxdePollock, celui de Constantin Paul, avaient de vigoureux estomacs, que ne troublait pas même l'uiage prolongé et presque excessif de l'huile de foie de morue, que quelques-uns ont prise pendant de longues années. Il y avait une véritable compensation par l'estomac.

11 s'agit bien alors, en effet, d'une maladie accidentelle, à laquelle l'organisme n'était pas prédisposé par une débilité fondamentale, mais dont il a été frappé par suite d'une débilitation occasionnelle ; c'est une tuberculisation fortuite» une affection locale ou tout au moins localisée ; plus locale peut-être que la pneumonie, car elle est souvent alors sans fièvre, tandis que la fièvre préside au développement de la pneumonie.

L'indication est de soustraire — si possible — l'organisme aux causes qui ont amené la tuberculisation, et d'empêcher — ce qu'on peut — la congestion active autour des tubercules. Car là est le danger; nous l'avons vu et nous le verrons encore.

PNEUMOGASTRIQUES ET TUBERCULISATION PULMONAIRE. 383

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