CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON
Pneumogastriques et tuberculisation pulmonaire. — Toux quinteuse, vomissemenls et palpitations, troubles fonctionnels des trois départements du pneumogastrique provoqués par des lésions spéciales. — Anémie et nervosisme concomitants. — Anémie cérébrale et insomnie. — Lésions possibles des pneumogastriques au contact des ganglions bronchiques enflammés. — Douleurs cervicales sur le trajet des pneumogastriques. — Forme spéciale et pénible de la tuberculisation pulmonaire.
Messieurs,
Vous verrez des tuberculeux qui toussent dès qu'ils ont mangé ; — vous en verrez d'autres qui toussent parce qu'ils ont mangé, et qui vomissent alors parce qu'ils toussent; — vous en verrez d'autres enfin qui, ayant mangé, toussent, vomissent et palpitent.
Dans tous ces cas, le fait initial est la présence des aliments dans l'estomac, c'est-à-dire, sans théorie aucune, l'excitation, par leur contact, des filets du pneumogastrique stomacal. Et, puisqu'alors le malade tousse, il en faut bien conclure que l'excitation toute matérielle du pneumogastrique à l'estomac a déterminé, par action réflexe, l'excitation du pneumogastrique des bronches. D'un autre côté, chez un malade qui tousse parce qu'il a excité son pneumogastrique à l'estomac, et qui vomit parce qu'il tousse, il y a d'abord action réflexe primitive du pneumogastrique stomacal sur le pneumogastrique bronchique, puis action réflexe en retour du pneumogastrique bronchique sur le pneumogastrique stomacal. Enfin, chez celui qui tousse, vomit et palpite dès qu'il a mangé et parce qu'il a mangé, il y a mise en branle de la totalité du pneumogastrique, par une série d'ac. tions réflexes allant du pneumogastrique stomacal au bronchique et au cardiaque (1).
(1) Voir t. I", leçon XXVI, le rôle du pneumogastrique dans le phénomène de la toux.
Notez bien, d'ailleurs, qu'on ne peut considérer ici le vomissement comme un phénomène purement mécanique, résultant des secousses que la toux quinteuse imprime à l'estomac, car la quinte de l'asthme, si violente et si prolongée soit-elle — et l'on connaît la violence comme la durée de certaines de ces quintes — ne provoque jamais le vomissement. Il n'y a, en réalité, que deux maladies qui, par la toux, déterminent le vomissement; à savoir : la coqueluche et la tuberculisation pulmonaire : de telle sorte qu'il en découle immédiatement cette déduction diagnostique que tout individu qui vomit parce qu'il tousse, s'il n'a pas la coqueluche, a des tubercules aux poumons. Et vous voyez d'ici l'importance de cette conclusion, alors que, comme c'est si souvent le cas, la tuberculisation ne fait que commencer, et qu'elle ne s'accuse que par des troubles fonctionnels encore peu accentués, sinon la toux sèche et les vomissements sans nausées par le fait de cette toux.
Un type de cette intolérance du pneumogastrique dans ses trois départements fonctionnels : stomacal, pulmonaire et cardiaque, était cette jeune fille de vingt ans, et qui en paraissait seize à peine, couchée au n° 7 de notre salle Sainte-Adélaïde. Chez elle, les deux pneumogastriques étaient douloureux spontanément et à la pression, au niveau des scalènes ; et, j'appelle votre attention sur ce fait, le creux épigastrique était également très douloureux à la pression; — le creux épigastrique, c'est-à-dire un foyer d'épanouissement du pneumogastrique, et une région où, lorsqu'il est devenu morbidement sensible, on peut le constater directement. Dès qu'elle avait mangé, la douleur à l'estomac s'exaspérait ; elle était prise d'étouffements, pouvait à peine parler, et son cœur u battait comme un marteau ». Elle disait souffrir dans toute la région latérale du cou, des deux côtés ; mais elle indiquait du doigt, comme étant les points le plus spécialement douloureux, précisément le trajet des deux pneumogastriques droit et gauche.
La fréquence du pouls était si bien de nature nerveuse et indépendante de toute fièvre ainsi que de toute élévation connexe de la température, que, le 17 octobre au matin, elle avait 120 pulsations, la peau fraîche, et 37 degrés seulement dans l'aisselle. Or, clans d'autres moments, le pouls étant également à 120, la
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température était de 39°, 2. D'autres fois, avec 116 pulsations, elle avait également 39°, 2, ou 38°, 3, ou 38°, 8 ; ou encore, avec \ 12 ou 116 pulsations, la température était de 37°, 5. Jamais le pouls n'a été inférieur à 112; après le repas, il montait facilement à 130.
Unvésicatoire, appliqué au creux de l'estomac, arrêtait momentanément les vomissements et atténuait la violence des battements du cœur, mais sans en diminuer sensiblement la fréquence.
Pendant cinq mois qu'elle resta dans notre service, nous pûmes, à loisir et dans tous leurs détails, étudier ces troubles fonctionnels des pneumogastriques. Quant à la lésion pulmonaire, elle consistait en granulations aux deux sommets, avec craquements humides et souffle peu intense. Cette lésion ne s'aggrava que lentement dans cette longue période, et la malade put môme quitter volontairement notre service le 8 décembre, un peu moins souffrante qu'à son entrée.
Je crois nécessaire d'ajouter que la jeune malade était éminemment nerveuse, quelque peu hystérique, ayant une attaque de nerfs, par exemple, à l'occasion du pansement d'un vésicatoire, et d'un caractère volontaire autant que bizarre; particularité qui n'est pas sans importance, car j'ai remarqué que ces troubles fonctionnels des pneumogastriques s'observent surtout chez les nerveux. Ce qui expliquerait qu'on pût les rencontrer sans les lésions du pneumogastrique, que nous exposerons tout à l'heure.
Elle était, de plus, extrêmement pâle, et c'est encore là un l'ail que j'ai observé chez tous ceux qui présentent les troubles des pneumogastriques que nous étudions. Sa pâleur tenait à son anémie, qui était telle, que nous la trouvions souvent, à la visite du malin, endormie la tète penchée hors de son lit ; c'est-à-dire que, pour obtenir le sommeil, elle plaçail instinctivement sa tôte dans une position plus déclive encore que dans le décubitus ordinaire, et cela en vue d'hypérémier son cerveau pour faciliter If sommeil.
A}on que j'étais interne de mon cher maître M. II. fyDger, j'ai souvent remarqué ce lait chei les jeunes icrofuleusea du service,
En entrant dans les salles avant l'heure de la visite officielle, je trouvais un certain nombre de petites filles endormies, et parmi elles quelques-unes, les plus anémiques, dormant la tête en bas, hors du lit; et « c'était une chose qui leur était habituelle, » me disait la religieuse du service. Ainsi, il ne leur suffisait pas d'êlre couchées pour dormir, il fallait encore que leur tête fût plus basse que le tronc.
Il est bien évident que, dans de telles conditions, le cerveau s'hypérémie mécaniquement, passivement, et puisque ce fait s'observait chez des enfants anémiques, pauvres de sang qualitativement et quantitativement, c'est que, n'ayant pas assez de sang dans leur cerveau, elles cherchaient dans une position plus déclive les moyens de l'y appeler.
Je sais bien qu'on a prétendu tout le contraire, à savoir : que l'anémie cérébrale était la condition du sommeil, et qu'on a invoqué les expériences et les observations pour démontrer que le cerveau était anémié pendant le sommeil. Mais je crois qu'il y a là une erreur d'interprétation, et qu'en réalité le cerveau s'anémie par le sommeil. Je m'explique :
C'est un fait d'observation vulgaire que l'homme (pour ne parler que de lui), se couche afin de dormir ; ce qui met la tête dans une position plus déclive que dans la station verticale ; et la chose est si vraie que cette situation toute physique est nécessaire au sommeil, qu'il faut un état de fatigue excessive pour a dormir debout ». Ainsi la déclivité de la tête est une des conditions préalables du sommeil.
D'un autre côté, le sommeil n'a lieu ordinairement qu'après la fatigue de la journée, c'est-à-dire à la suite de plusieurs heures d'hypérémie fonctionnelle du cerveau, lequel fonctionne tout le long du jour, en s'hypérémiant pour fonctionner et par le fait même du fonctionnement. Or, c'est incessamment qu'il fonctionne, car même alors qu'il n'intervient pas par un acte, tel que la pensée ou la volonté, il est excité pendant toute la durée de la veille et par les impressions sensorielles continues de la vue, de l'ouïe, du toucher. Or, toute fonction comme toute excitation entraîne Thypérémie. Et, à la fin du jour, il y a nécessairement accumulation de toutes ces hypérémies. Mais il n'y a pas que de