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ANEMIE CEREBRALE ET SOMMEIL

l'hypérémie, et c'est, je crois, trop restreindre la question que de ne voir dans le sommeil qu'une affaire de sang en moins ou en plus dans le cerveau : il y a, d'autre part, et ce n'est pas là une condition de minime importance, accumulation dans le cerveau des produits de désintégration cérébrale. Tout tissu s'use par le fonctionnement, les muscles comme le cerveau. De même donc que l'usure du muscle accumule dans celui-ci les produits de sa désintégration, tels que la créatine et la créatinine, l'usure du tissu nerveux doit y accumuler ceux de sa propre désintégration, la cholestérine, par exemple. La difficulté du fonctionnement est le résultat de cet encombrement du tissu par les produits désintégrés, devenus excrémentitiels. La fatigue est l'expression de cet encombrement, et le repos la condition nécessaire au désencombrement, c'est-à-dire à l'écoulement progressif des produits désintégrés. Au bout d'un certain temps de repos, d'autant plus profond et plus prolongé que l'encombrement a été plus considérable, le tissu musculaire ou nerveux s'est débarrassé des produits de désassimilation, et, ainsi nettoyé, il est redevenu apte à la fonction : c'est le réveil.

En résumé, tout fonctionnement implique une hypérémie fonctionnelle, et cette hypérémie est nécessairement proportionnelle à la durée comme à l'intensité du fonctionnement ; tout fonctionnement implique également une usure, une désintégration et l'accumulation plus ou moins considérable des produits de celle-ci (l'écoulement, dans un temps donné, n'étant pas égal à la production lorsque celle-ci est considérable, c'est-à-dire le fonctionnement excessif). Inversement le repos fait cesser l'hypérémie fonctionnelle comme la production ainsi que l'accumulation des produits de désintégration, en môme temps qu'il permet l'écoulement de ceux-ci. De sorte que, lorsque le cerveau s'endort, il est à la fois hypérémie et encombré ; que, pendant qu'il dort, il s'anémie progressivement et se désencombre par le fait même du repos; et que, lorsqu'il se réveille, c'est qu'il a suffisamment dormi ; c'est-à-dire qu'il s'est suffisamment anémié et désencombré pour pouvoir être à nouveau impressionné par les excitations d'alentour et redevenir apte à la fonction : c'est alors un cerveau remis à neuf.

Mais je reviens à mon sujet :

Il est des tuberculeux qui toussent, vomissent et palpitent dans les premiers temps seulement de leur tuberculisation ; puis qui cessent d'éprouver ces symptômes, bien que leur tuberculisation évolue. — Quelle est la cause de ces phénomènes et de leur cessation ?

11 est des tuberculeux, au contraire, chez lesquels ces troubles fonctionnels persistent du début à la terminaison de la maladie, à laquelle ils donnent une forme spéciale et très pénible. Pourquoi ces symptômes et leur persistance ? C'est ce que nous allons essayer d'étudier.

Voici d'abord des faits :

Le Jo juin 1874, je voyais pour la première fois une clame de vingt-huit ans, qui crachait du sang depuis huit jours. 11 y avait aux deux sommets, et surtout au sommet gauche, des râles, puis des craquements humides. Jusque-là, rien que desimpie : il s'agissait bien d'une hémoptysie tuberculeuse; et la tuberculisation datait de deux ou trois mois peut-être, car la santé semblait avoir été délabrée depuis ce temps. Mais ce qu'il y avait d'intéressant, c'était l'existence de palpitations violentes, avec toux quinteuse, provoquant et augmentant l'abondance de l'hémoptysie, et enfin des vomissements fréquents par le fait de cette toux. L'hémoptysie s'arrêta, mais les troubles de tout le territoire fonctionnel du pneumogastrique n'en persistèrent pas moins. Pendant huit mois ils allèrent même graduellement s'aggravant, surtout dans les dernières semaines de la vie. A ce moment les règles se suspendirent: le 18 janvier, elles manquèrent pour la première fois, et, dès lors, il y eut une notable aggravation dans l'état général, mais spécialement de véritables désordres dans les trois départements du pneumogastrique. Alors, en effet, ce qui faisait le plus souffrir la malade, ce n'était pas sa toux coqueluchoïde, si pénible cependant, c'était, dès qu'elle avait mangé, d'éprouver un ballonnement excessif de l'estomac, qui la forçait de relâcher les cordons de ses vêtements, en même temps qu'elle avait des éructations bruyantes, répétées, qui duraient parfois une grande heure ; c'était aussi d'être alors en proie à des étouffements : la respiration s'accélérait, jusqu'à se

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