TOUX QUINTEUSE, VOMISSEMENTS ET PALPITATIONS
faire de 40 à 60 fois à la minute ; c'était enfin d'avoir de tumultueuses palpitations, le cœur battant de 140 à 160 fois par minute, ainsi que je le constatai souvent. Je n'ai pas besoin d'insister pour vous faire saisir le nœud de cette trilogie morbide, où l'estomac, les poumons et le cœur avaient chacun leur rôle nettement accentué, et cela à propos de la mise en fonction de l'un d'entre eux, l'estomac.
Des vésicatoires au creux épigastrique et sur les diverses parties de la poitrine diminuaient momentanément l'intensité des accidents; mais le 17 février, veille de l'époque présumée des règles, la situation s'aggrava davantage encore. Ce fut une aggravation terminale : à dater du 14, il y eut cette rapide émaciation de la face qui indique la fin prochaine des phthisiques, et enfin, dans la matinée du 18, brusquement, au lieu de la fluxion cataméniale qui manqua, il se fit une fluxion violente sur la totalité des deux poumons, et spécialement du poumon droit, qui était le moins altéré par les tubercules ; on entendit alors une pluie de râles fins, dans la partie postérieure de ce poumon, surtout à la base, et la malade succomba dans la soirée de ce même jour.
Les quintes de toux n'ont pas lieu seulement après le repas, elles se produisent aussi vers le soir; chez deux de nos malades, aux nos 12 et 16, c'était ordinairement sur les cinq heures qu'elles commençaient, pour durer presque toute la nuit et ne cesser ou, mieux, ne diminuer que vers les deux ou trois heures du matin, où les malades pouvaient enfin s'endormir. La première partie de la nuit, elles la passaient assises sur leur lit, en proie à la toux que je viens de dire. Gomme tous les accidents nerveux, l;i toux quinteuse des phthisiques se produit donc de préférence et au maximum pendant la nuit.
Cette toux quinteuse, excessive, hors de proportion avec le besoin d'expectorer, puisqu'elle n'est parfois suivie <\u rejet d'aucun crachat ; celle toux, que M. N, Queneau de Mussy appelle justement coqwluchoïde^ diffère de celle de ta coqueluche, en ce qu'elle n'est pas suivie, connue eelle-ci, d'une Inspiration longue et sifflante; elle lui ressemble en ce qu'elle es( fréquemment suivie • le vomissement8, et accompagnée de palpitations. Vmis savez,
en effet (bien que la raison physiologique n'en soit pas mise en relief par les auteurs), que les battements du cœur se précipitent au moment de la quinte de coqueluche.
Il y a donc spasme dans les départements pulmonaire et stomacal du pneumogastrique et paralysie dans son département cardiaque, chez ces sortes de tuberculeux. Eh bien, chez certains autres, ce n'est pas du spasme dans le département respiratoire, c'est de la paralysie que l'on y observe, et la paralysie porte sur le larynx.
Une jeune dame de Passy, tuberculeuse à un assez haut degré des deux sommets, où l'on entend de nombreux craquements humides, a non seulement la toux coqueluchoïde, les vomissements provoqués par la toux, et la fréquence excessive du pouls, avec palpitations ; elle a une dysphonie particulière et tout à fait caractéristique : la voix n'est pas rauque comme dans l'enrouement, elle est à la fois voilée et aiguë, c'est comme un filet de voix à timbre ventriloque ; la dyspnée est également pathognomonique : elle existe dans les deux temps de la respiration et tient à ce qu'une corde vocale, n'étant plus régie par le dilatateur de la glotte, paralysé, reste immobile et rétrécit d'autant le diamètre de la glotte. Chez cette dame, c'est la corde vocale gauche, intacte d'ailleurs, qui est ainsi paralysée : il n'y a donc pas de laryngite, et la dysphonie, comme la dyspnée, tient à cette paralysie. D'ailleurs, la pression, par le doigt, du pneumogastrique gauche au cou est douloureuse ; il n'est donc pas douteux que ce nerf, et particulièrement le récurrent, ne soit comprimé en quelque poii>t par un ganglion bronchique augmenté de volume.
Deux fois M. N. Guéneau deMussya diagnostiqué parle simple trouble fonctionnel, et constaté ensuite au laryngoscope, avec M. Krishaber, cette paralysie des cordes vocales par compression ganglionnaire. Un de ses malades était atteint de tuberculisation pulmonaire. Dans un cas, c'était la corde vocale droite qui était paralysée ; dans un autre, la gauche.
Ainsi le pneumogastrique peut être troublé dans son fonctionnement par irritation, alors la toux, les vomissements, ainsi que les palpitations, en sont la conséquence ; et il peut l'être par paralysie, ce qui entraîne de la dysphonie et de la dyspnée.