CINQUANTE-SIXIÈME LEÇON
Phlhisie chronique. — Ses signes physiques et leur valeur. — Séméiotique de l'expectoration. — Respiration supplémentaire pouvant simuler le souffle bronchique. — Période de colliquation. — Phlhisie galopante; c'est la phthisie chronique moins la chronicité. — Phthisie chronique fébrile conlinue.
Messieurs,
C'est par une série de poussées successives de granulations autour desquelles se congestionne le parenchyme pulmonaire, — ou d'infiltrations qui se caséilient, se ramollissent et trouent plus ou moins le poumon ; — par une série successive d'inflammations du squelette fibreux à l'entour des granulations ou des masses caséeuses (pneumonie interstitielle de certains auteurs), ou d'inflammations des bronches au voisinage de ces mêmes produits morbides (bronchite, broncho-pneumonie tuberculeuse), que, plus ou moins lentement, un grand nombre de tuberculeux arrivent à la phthisie proprement dite et par elle à la mort.
Chacune des phases anatomiques du mal se trahit par des signes et des symptômes obligés : dans la phase de granulations simples, sans hypérémie circonférentielle, la toux indique le commencement de l'intolérance du poumon, elle est sèche alors, et nécessairement sèche, puisqu'il n'y a là qu'un corps étranger solide et nulle sécrétion à l'entour.
Dans cette phase, l'auscultation révèle aux sommets du thorax les modifications physiques du parenchyme pulmonaire : alors se produit cette perturbation du rhythme respiratoire sur laquelle nous avons si spécialement insisté (1), la respiration devient saccadée; en môme temps ce rhythme s'intervertit , l'expiration se
(1) Voir plus haut, p. 297 et suiv., la haute valeur séméiolique do la respiration saccadée.
prolonge et dure plus que l'inspiration. Puis le murmure vésiculaire passe successivement du moelleux à la sécheresse, de la sécheresse à la rudesse, et de la rudesse au souffle ; ou, mieux, la respiration n'est encore que soufflante, mais il n'y a pas ce souffle intense et dur qu'on entendra plus tard, souffle tubaire, et qui tient à la condensation du parenchyme par l'inflammation et l'infiltration périphymiques.
A la percussion on trouve l'élasticité amoindrie, de la submatité et, çà et là, des îlots de matité.
Quand l'intolérance du poumon en arrive à produire l'hypérémie autour des granulations, la toux est sèche encore, car cette hypérémie ne provoque nulle sécrétion dans les vésicules ou les bronches, et par suite nulle sécrétion n'est possible. Mais alors apparaissent les bruits de l'hypérémie, à savoir les craquements secs, et, bien plus fréquemment que ceux-ci, les craquements humides, lesquels se mêlent aux bruits morbides précédents. En même temps la submatité devient de la matité et l'élasticité pulmonaire disparaît de plus en plus.
Quand l'intolérance du poumon va de l'hypérémie à l'inflammation, les symptômes comme les signes physiques sont ceux de la bronchite de voisinage, ainsi que d'une pneumonie circonférentielle, spéciale et très localisée; la toux est humide, c'est-à-dire avec expectoration ; ou, pour mieux dire, il y a à la fois toux sèche provoquée par les granulations récentes et toux humide engendrée par l'inflammation bronchique ou pulmonaire autour des granulations plus anciennes. L'expectoration est alors des plus variées, et cela chez le même individu, qui rejette successivement, dans la même journée, des crachats salivaires produits par la simple irritation de la muqueuse bronchique, des crachats perlés (mucus coagulé des glandules du pharynx) fournis par l'angine glanduleuse (angine granuleuse des auteurs) qui coexiste si souvent avec les tubercules pulmonaires ; et des crachats jaunes opaques, provenant de la bronchite symptomatique. (Pour la pneumonie circumgranuleuse, elle est incapable de fournir aucune expectoration spéciale, tant que le parenchyme n'est pas ulcéré — nous allons voir tout à l'heure ce qu'elle donne à la période d'ulcération.)