PHTHISIE GALOPANTE
l'existence des tubercules, mais au mauvais état général qui accompagne et engendre ceux-ci, car on peut les observer chez tout individu affaibli, soit accidentellement et d'une façon fugitive, par le fait d'une débauche de table, par exemple, soit d'une façon plus profonde, ainsi à l'occasion d'une pleurésie avec épanchement excessif qu'on tarde à ponctionner et qui épuise par hématose incomplète, soit fondamentalement par suite d'une grave maladie, ainsi un cancer de l'utérus à sa période ultime. Elles ne sont pas davantage un phénomène de la nuit, car elles se produisent également le jour, dès que le malade se laisse aller au sommeil ; elles ne sont donc ni des sueurs tuberculeuses, ni des sueurs nocturnes, mais des sueurs immédiatement dépendantes du sommeil, et médiatement de l'altération générale de l'organisme, qu'elles contribuent à augmenter encore.
C'est cet ensemble de troubles généraux et locaux qui constitue la phthisie chronique des auteurs, maladie banale par sa fréquence dans les hôpitaux des grandes villes, qui peut durer plusieurs mois ou plusieurs années, et dans le cours de laquelle vous avez le pouvoir de lutter avec un avantage d'abord incontestable, puis de moins en moins prononcé, par la révulsion contre le mal local, par l'hygiène surtout contre le mal général.
Il n'en saurait ôtre ainsi dans la phthisie galopante, où, sans rémission, les accidents locaux et généraux se tassent, s'accumulent en un petit nombre de semaines ou de mois tout au plus. La phthisie galopante est la phthisie chronique raccourcie, condensée ; la phthisie chronique moins la durée. Les cavernes se creusent avec rapidité; de môme les sueurs nocturnes, la diarrhée apparaissent dès le début, et la colliquation générale ne tarde pas. Le malade est phthisique d'emblée. Parfois le temps manque au marasme, et le malade meurt sans avoir sensiblement dépéri. A l'autopsie, on trouve toutes les lésions de la phthisie chronique : cavernes, infiltrations, tubercules cas. .ux et granulations, avec de l'hypérémie à tous ses modes. Cette forme difrôre anatomiquement de la phthisie aiguë, également très rapide en son évolution, mais où l'on ne trouve que des granulations avec hypérémie, et dont je vous parlerai un peu plus tard.
Une autre forme, irrémissible comme la phthisie galopante, mais plus longue en sa durée, est la phthisie, chronique par sa marche et fébrile par son type. En voici un exemple :
Le 7 juillet, entre dans notre service un jeune homme de vingt ans, de taille moyenne, de faible constitution, et de tempérament lymphatique ; il présente même le type de féminisme signalé par Lorain, car il est imberbe encore et a de grands cils longs et recourbés. Depuis deux ans qu'il a quille Barcelone pour venir à Paris, sa santé s'est altérée, surtout depuis trois mois qu'il a commencé à perdre l'appétit, qu'il a pâli, maigri et perdu ses forces au point de ne pouvoir continuer son travail; enfin depuis deux mois il tousse beaucoup et crache abondamment. Ses crachats, d'abord muqueux et aérés, n'ont pas tardé à devenir opaques et denses, c'est-à-dire purulents.
Le malade est très faible, très pâle, presque jauni; ses chairs sont flasques; son pouls est petit et fréquent; il y a de la matité aux deux sommets, en avant comme en arrière; du souffle et de la bronchophonie dans le tiers supérieur et antérieur droit ; des râles cavernuieux et des craquements humides dans près de la moitié supérieure et antérieure gauche ; en arrière enfin, il y a des craquements secs et humides dans les deux tiers supérieurs des deux côtés. A la base, la respiration paraît normale.
Ce malade est bien manifestement tuberculeux, et sa tuberculisation marche assez rapidement, puisque en trois mois les poumons sont envahis dans une telle étendue, et l'évolution tuberculeuse déjà si avancée. Néanmoins, pendant toute la durée du mois de juillet, les lésions ne semblèrent pas s'aggraver et la fièvre, car il y en avait une continue, diminua quelque peu, ainsi que l'indiqua l'abaissement de la température.
Voici, en effet, les températures du matin, les seules qui aient été* prises :
7 juillet. .
17 juillet