‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 120 sur 282 · PHTHISIE CHRONIQUE FÉBRILE CONTINUE · texte numérisé non relu

PHTHISIE CHRONIQUE FÉBRILE CONTINUE

Ainsi, dans les onze premiers jours de la résidence à l'hôpital, la température du matin dépassa presque toujours 39 degrés, et atteignit même parfois 40 degrés; ce qui est un chiffre excessif. Elle ne baissa d'un degré qu'à partir du douzième jour du traitement et resta aux alentours de 38 degrés jusqu'à la fin de juillet, où le malade, se sentant mieux, voulut s'en aller. L'amélioration était réelle quant à la fièvre, dont la rémission momentanée me semble due à l'emploi du sulfate de quinine et peut-être aussi à l'hygiène, devenue meilleure. Quoi qu'il en soit, ce malade est toujours fiévreux et voilà bientôt quatre mois qu'il l'est, et il le sera probablement plusieurs mois encore, car sa maladie, dont il mourra, durera au moins ce temps-là.

Eh bien ! ce malade vous présente un type de la tuberculisation pulmonaire chronique, à marche fébrile continue. On l'observe encore plus souvent à l'hôpital qu'en ville, chez les individus surmenés, épuisés; ou bien encore chez ceux qui sont devenus tuberculeux par le fait de leur chétive origine, ou qui sont issus de tuberculeux.

Le début en est souvent une pleurésie à marche peu franche, à fièvre peu accentuée, à point de côté mal accusé; et qui est remarquable néanmoins parla dyspnée qu'elle entraîne. On fait la ponction, en raison de la dyspnée et malgré la fièvre ; on extrait un à deux litres de sérosité citrine (moins qu'on ne s'attendait à en avoir), et le soulagement n'est pas celui qu'on espérait de l'opération. La fièvre ne cesse pas et la température, toujours élevée, présente une courbe très irrégulière : les chiffres les plus hauts varient entre 38°, 5 et 40 degrés, les plus bas entre 37°, 5 et 38°,5. Chaque soir il y a une exacerbation, qui est parfois de plus de 2 degrés, la température allant de 37°, 5 à 39°, 8 ou 40 degrés. Il peut y avoir une rémission tous les deux ou trois jours, où, le matin, la température tombe à 37°, 5 et même 31°, 2, pour remonter à 38°, 6, 38°, 8 et même 39 degrés le soir de ce jour* On voit déjà que ce ne sont pas là les allures d'une pleurésie simple et franche. Et, ce qui n'est pas moins remarquable que cette marche de la température, c'est la fréquence du pouls, qui est toujours entre 110, 120 et 130.

On ausculte alors les sommets et l'on trouve du côté de l'épan-

chement des bulles que l'on peut prendre pour des râles de congestion, mais que leur siège et leur persistance vous font reconnaître pour des craquements humides. 11 y a des granulations à ce sommet, et la pleurésie en était symptomatique. Pendant un, deux et même trois mois, les signes de la tuberculisation restent localisés à un côté; — mais enfin on arrive à entendre au sommet opposé de la respiration saccadée, démontrant l'apparition de granulations dans le poumon qui jusque-là paraissait intact.

Une particularité remarquable de ces cas, c'est que la fièvre semble s'être si bien incarnée à l'organisme, être si bien devenue comme une manière d'être naturelle au malade, qu'il n'a pas conscience de sa fièvre continue (alors qu'il y a cependant 38°, 5 dans l'aisselle et 110 pulsations), et qu'il n'accuse guère de mouvement fébrile qu'à l'occasion de son exacerbation vespérale (ce qui semble indiquer que cet état fébrile lui cause un médiocre malaise). La raison en est la conservation d'un certain appétit comme de l'aptitude digestive : ces malades continuant de manger, au moins dans les premiers mois de leur fièvre, et de digérer parfaitement ce qu'ils mangent.

De pareils faits de pleurésie aiguë ou subaiguë commençant la série des accidents tuberculeux ne sont pas pour démontrer que tous ceux chez lesquels la tuberculisation se démasque à la suite d'une pleurésie ont la phthisie fébrile continue ; mais que cette forme de phthisie a fréquemment une pleurésie pour premier acte.

Chez d'autres malades c'est sous forme de bronchite aiguë ou de broncho-pneumonie que débute la phthisie chronique fébrile continue. Le mal commence comme une simple bronchite, laquelle est cependant loin d'être simple : d'abord les râles y sont humides d'emblée ; le plus souvent on ne les entend que d'un seul côté et, fait considérable, plus intenses au sommet ; ou bien, s'ils sont généralisés, ils prédominent toujours plus d'un côté que de l'autre. En dépit du traitement le plus rationnel comme le plus énergique, ces râles persistent, augmentent même, la toux est incessante et la fièvre ne discontinue pas. Au bout de plusieurs semaines, les bulles sont plus volumineuses, il

Page 1