‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 121 sur 282 · PHTH1SIE CHRONIQUE FÉBRILE CONTINUE · texte numérisé non relu

PHTH1SIE CHRONIQUE FÉBRILE CONTINUE

y a du souffle, ies bruits deviennent gargouillants, et il n'y a plus à douter, si tant est que l'on doutât encore, de la nature tuberculeuse de l'affection.

J'appelle toute votre attention sur le fait de l'unilatéralité des râles, ou de la prédominance presque exclusive d'un seul côté, la bronchite simple n'ayant pas de semblables localisations. Ce n'est parfois que trois à quatre mois après le début de la maladie, alors que le poumon malade est, du haut en bas, en pleine désorganisation, que l'on commence à percevoir au sommet de l'autre poumon des craquements secs et humides.

J'ai eu l'occasion de soigner, avec mon ami le docteur Firmin, un jeune officier qui, en pleine santé apparente, fut pris à son régiment d'accidents aigus des voies respiratoires. Le médecin du corps considéra d'abord le mal comme une broncho-pneumonie du côté gauche et le traita en conséquence avec une suffisante énergie ; mais l'impuissance de la médication, l'altération générale de la santé, l'amaigrissement rapide le conduisirent à reconnaître une tuberculisation pulmonaire. Il y avait déjà trois mois que cet homme était malade lorsque je le vis; et le mal semblait toujours exclusivement localisé au poumon gauche, qui était envahi dans toute son étendue ; au sommet, il y avait des râles sous-crépitants et cavernuleux ; à la partie moyenne, on entendait de gros râles caverneux, gargouillants, avec matité considérable; enfin, jusqu'en bas se percevaient des râles lins crépitants et sous-crépitants : ce poumon était absolument perdu pour l'hématose. Au contraire, le poumon droit paraissait intact, à peine y découvrait-on un peu de sécheresse du bruit vésiculaire au sommet. Notez bien qu'en pareil cas l'intégrité n'est qu'apparente : la lésion tuberculeuse est toujours bilatérale, seulement l'envahissement tuberculeux n'a pas été symétrique ni l'évolution des tubercules parallèle, et c'est ce qui peut causer l'erreur.

La dyspnée du malade était très grande, la faiblesse excessive

et la lièvre intense. Tel était déjà le dépérissement général qu'on

aurait pu supposer que la mort ne tarderait pas ; eh bien, il vécut

ire plus de trois mois, malgré sa lièvre persistante, sa loui

quinteuse, son expectoration abondante et son indescriptible fai-

blesse. Ce ne fut qu'au milieu du cinquième mois de la maladie que des craquements humides apparurent au sommet du poumon droit, et en six semaines tout le tiers supérieur fut envahi, ou du moins présenta les signes de la congestion périphymique, alors que du côté opposé existaient depuis si longtemps les lésions de la phlegmasie ulcéreuse la plus avancée.

Ainsi mourut dans un état squelettique un homme jusque-là très robuste et dont la maladie avait commencé comme une simple broncho-pneumonie. Il eut pendant près de sept mois une fièvre sans répit, avec exacerbation vespérale constante que rien ne put modifier. La seule chose où nous réussîmes, ce fut d'amoindrir la violence de la toux, à l'aide de la morphine et de l'eau de laurier-cerise.

Cependant de tels malades étaient tuberculeux avant l'explosion des accidents aigus — mais leurs granulations n'avaient encore éveillé aucune réaction périphérique, jusqu'au jour où, tout à coup, le poumon devenant intolérant, le parenchyme s'enflamma à l'entour, les bronches se prirent, et la maladie revêtit la forme de bronchite capillaire et de broncho-pneumonie. D'autres fois enfin, cette forme fébrile succède à la forme hypérémique sans fièvre, laquelle avait laissé de longs répits au malade, et tout à coup, brutalement, précipite sa marche impitoyable.

Pendant de longs mois, des années même, comme chez la femme du n° 22, il y a, le matin, une petite toux sèche. On entend à l'auscultation de la respiration saccadée, puis des craquements, mais l'appétit et les forces se conservent et l'embonpoint n'est pas notablement amoindri ; enfin, brusquement, apparaissent les symptômes d'une affection aiguë qui n'est autre que la phthisie rapide. Un type de cette forme de la tuberculisation vous est offert par la malade du n° 22. Elle est âgée de quarante-cinq ans, petite, maigre, à teint jaunâtre. Née en Italie, où elle vivait à la campagne et se portait admirablement, elle n'était que depuis huit ans à Paris, où elle a commencé à dépérir. Il y a plus de deux ans qu'elle toussait et s'essoufflait facilement ; mais, à cela près, la santé paraissait bonne, quand, tout à coup, il y a six semaines, elle a été prise de frissons, suivis d'une fièvre persis-

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tante, avec toux fatigante, pénible, plus fréquente et plus forte la nuit: Elle a beaucoup maigri durant ces six semaines, et a constamment gardé le lit depuis lors. Elle s'est mise à cracher, ce qui ne lui était encore jamais arrivé pendant le long temps qu'elle toussait, et son expectoration était visqueuse et difficile à détacher. Enfin, phénomène des plus caractéristiques et sur lequel j'ai déjà longuement insisté, elle a commencé de vomir soit en toussant, soit peu de temps après avoir mangé.

Elle avait, au moment de son entrée, la peau sèche, chaude, presque brûlante; le poul petit, régulier, très fréquent, à 128 ; la température axillaire atteignait le chiffre excessif de 40 degrés le soir. Elle avait perdu tout appétit, était très affaiblie et ne dormait pas.

Au sommet droit, on trouvait, en avant, près du sternum, de la matité avec douleur à la percussion ; un souffle très intense, à timbre presque caverneux pendant la toux, et des râles cavernuleux. Au sommet gauche, les lésions étaient moins avancées, on constatait seulement de la submatité, avec obscurité du murmure vésiculaire et quelques craquements humides. En arrière, les deux sommets étaient mats, il y avait des deux côtés de la respiration soufflante et des râles fins disséminés. Dans le reste de la poitrine quelques râles muqueux, surtout aux bases.

Pendant toute la durée du séjour de la malade, la fièvre se maintint au même degré, et souvent le soir la température dépassa 40 degrés. La malade ne prenait presque aucun aliment, et, le plus souvent, en rejetait une partie par des vomissements que provoquait sa toux quinteuse. Les lésions pulmonaires marchèrent avec une grande rapidité ; les sommets se creusèrent de cavernes dont on pouvait pour ainsi dire chaque jour constater les progrès; et la malade succomba le 8 juin, dans le dernier degré du marasme.

A l'autopsie, on trouva, d'une part, les deux sommets pulmonaires fortement adhérents à la plèvre pariétale, ramollis et creusés de cavités du volume du poing à celui d'une noix ; et, d'autre part, le reste du parenchyme fortement congestionné et infiltre de granulations.

Ainsi, en moins de trois mois, une tuberculisation qui datait m. — • Clin. mtd. V édit. ti. — 14

de plus de deux ans détermina la destruction d'une partie considérable des poumons et entraîna la mort de la malade : la tuberculisation chronique était devenue la phthisie rapide ou galopante. Or, pareille chose arrive assez fréquemment aux tuberculeux chétifs et misérables ; ce qui rend souvent le pronostic si chanceux et si difficile.

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