PARALYSIES LOCALISÉES CHEZ LES PHTHISIQUES
Après avoir constaté que les deux poumons étaient infiltrés, dans toute leur étendue, de tubercules réunis par places sous forme de masses caséeuses ; qu'ils étaient l'un et l'autre creusés de cavernes et de cavernules; que le foie était un peu graisseux; que le cœur, la rate et les reins paraissaient sains ; nous examinâmes le plexus brachial droit et la région de l'épaule. Le plexus ne présentait rien d'anomal et il en était ainsi de chacun des nerfs qui en émanent. Enfin, dansune des veines circonflexes qui accompagnent l'artère et le nerf circonflexes, nous finîmes par trouver un caillot de 3 centimètres d'étendue environ, granuleux à son centre et offrant l'aspect cruorique à ses deux extrémités. A l'examen microscopique, il n'y avait rien d'anomal ni dans le muscle deltoïde droit ni dans le nerf circonflexe correspondant.
Evidemment, cette thrombose d'une veine peu volumineuse, si elle pouvait rendre compte de la douleur de l'épaule, était hors d'état d'expliquer la paralysie partielle et incomplète de la presque totalité du membre, et mon investigation avait fait fausse route. Restait à voir l'encéphale et à découvrir la raison des accidents nerveux ultimes. Je ne doutais pas qu'il n'y eût des tubercules dans les méninges, car les accidents nerveux des derniers jours de la vie avaient été manifestement ceux d'une méningite tuberculeuse, et, en effet, nous en trouvâmes les lésions.
L'arachnoïde et la pie-mère, épaissies, avaient une couleur opaline, blanchâtre. Au niveau de l'espace sous-arachnoïdien antérieur, elles présentaient plusieurs granulations tuberculeuses. Celles-ci se remarquaient encore dans la scissure de Sylvius, sur le trajet des petites artérioles qui en émanent et qui montent le long des circonvolutions pariétales.
Eh bien, c'était sur le trajet de ces artérioles que se trouvait le secret de la paralysie partielle du bras, secret que j'avais cherché avec autant do labeur que d'insuccès dans l'état des nerfs ou des vaisseaux de la région. Cette paralysie locale du bras chez mon malade tenait à une lésion, locale également, non des nerfs du bras, non de ceux du plexus brachial, mais à une lésion de celle partie des circonvolutions où 1"- Ûbres nerveuses, émanéei des centres moteurs profonds, m- dissocienl en rayonnanl pour aller m département retpoctif : celles-ci aux plexus du
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membre supérieur, celles-là aux nerfs de la face, telles autres à ceux de la langue, telles autres, enfin, aux nerfs du membre inférieur. Or, vous comprenez qu'un grain du semis tuberculeux peut tomber justement sur un point des circonvolutions que traversent quelques-unes des fibres rayonnantes dans leur trajet vers la moelle et de la moelle vers les nerfs du bras, de la face, de la langue ou de la jambe, et déterminer ainsi une paralysie partielle ou totale des muscles de ces régions. Aussi ces paralysies localisées s'observent-elles de préférence dans la méningite tuberculeuse, où s'opèrent des sortes de vivisections spontanées, la granulation faisant sur la circonvolution adjacente (par irritation de voisinage, puis par inflammation et ramollissement superficiel) ce que peut faire, expérimentalement, à cette circonvolution la pointe du scalpel du physiologiste, ou, traumatiquement, l'extrémité d'un corps vulnérant.
La preuve, la voici :
C'était en 1867 que j'observais ce malade, c'est-à-dire sept ans avant les belles expériences de Ferrier sur les centres moteurs. Grâce à elles, deux années plus tard mon collègue M. Proust pouvait, dans un cas de monoplégie brachiale par fracture du crâne, diagnostiquer un abcès au niveau de la circonvolution pariétale ascendante, pratiquer la trépanation en ce point et guérir son malade. Grâce encore à ces expériences, vers la même époque (1876), mon collègue M. Raynaud, dans un cas analogue au mien, trouvait et la lésion et sa localisation exacte. Chez un phthisique, observé par M. Raynaud, trois jours avant la mort, était apparue subitement une paralysie limitée au membre supérieur gauche, et, dans ce membre, atteignant presque exclusivement les muscles extenseurs de la main sur l'avant-bras.
A l'autopsie, M. Raynaud put constater, comme unique lésion, un très petit foyer de ramollissement rouge, développé sur l'hémisphère droit, autour d'un tubercule méningé. Ce foyer, qui n'atteignait pas les dimensions d'une pièce de vingt centimes, était situé sur la circonvolution pariétale ascendante et dans la substance grise formant le fond du sillon de Rolando, à 3 centimètres du bord supéro-interne de l'hémisphère. Or, ce point est exactement celui qui, chez le singe, d'après les expériences de