CAUSES DE CE POULS VEINEUX
plongés comparativement dans des atmosphères chargées, l'une d'hydrogène, l'autre d'azote, une troisième d'acide carbonique, la contractilité musculaire était plus vite épuisée dans cette dernière atmosphère; l'acide carbonique agit ainsi non seulement comme un gaz irrespirable, mais comme un véritable poison. Or, les petits vaisseaux, spontanément contractiles, qui unissent les artérioles aux capillaires, ne sont ainsi spontanément contractiles que par les muscles dont sont munies leurs parois. Mais ces muscles vasculaires, baignés par une nappe de sang surchargé d'acide carbonique en raison de l'asphyxie, sont en réalité plongés dans une atmosphère d'acide carbonique (car il importe peu à la vitalité du muscle qu'il soit placé dans un bocal renfermant un gaz délétère pour lui, ou que ce soit ce muscle qui soit le bocal ; que le gaz l'imprègne de dehors en dedans ou de dedans en dehors) ; de façon qu'étant ainsi plongés dans cette atmosphère d'acide carbonique créée par l'asphyxie, les muscles vasculaires sont asphyxiés de première main ; qu'ils perdent de la sorte leur contractilité ; qu'alors, devenus inertes, ils laissent passer le sang de leur cavité dans celle des capillaires sans en avoir transformé la progression saccadée en une progression continue ; qu'ainsi, enfin, se produit dans les veines en rapport avec ces capillaires la saccade intermittente, c'està-dire le pouls veineux, dont l'impulsion primitive est ici au cœur gauche.
Maintenant, pourquoi ce pouls veineux ne se voit-il pas dans tous les cas d'asphyxie? Ici, deux autres éléments pathogéniques secondaires, et nécessaires néanmoins, du phénomène analysé. Ces éléments, tout matériels, sont la grande fréquence des contractions du cœur et X énergie de celles-ci.
Ainsi, état veineux, et par suite asphyxiant, du sang qui circule dans les artères; rapidité et violence de son cours; telles sont les conditions, la première fondamentale, les autrea auxiliaires, dont la réunion est indispensable à la réalisation du phénomène du pouls veineux.
Chez cette malade, qui vécut encore quarante-huil beurea après que nous eûmes constaté sur elle le pouls veineux de la inaii), le poule artériel était fréquent, a ISO, ci très forl : puis,
aux dernières heures de la vie, le 14 juillet au soir, le pouls artériel était filiforme, mais fréquent, et le pouls veineux avait cessé d'être visible.
Ainsi, aux derniers instants de la vie, alors que les contractions du cœur faiblissent, le pouls veineux du dos de la main disparaît. C'est ce que nous avons observé dans nos trois autres cas.
Il est désormais facile de comprendre pourquoi, chez ces mêmes malades, le pouls veineux n'existe pas dans les jugulaires ; c'est, d'une part, que les conditions habituelles et nécessaires de ce dernier phénomène sont une insuffisance de la valvule tricuspide (soit qu'il y ait dilatation excentrique du cœur droit, comme à la dernière période d'une affection organique du cœur gauche ; soit que les muscles du ventricule droit soient momentanément frappés d'atonie, comme l'a démontré mon ami le professeur Parrot, au cas de chlorose) ; c'est, d'autre part, que les jugulaires sont, non pas des veines des extrémités circulatoires, en rapport avec des capillaires, mais de gros troncs veineux en rapport avec des veines moins volumineuses, et qui sont leurs affluents ; de sorte qu'étant données les conditions physiologiques du phénomène (l'asphyxie des muscles vasculaires des dernières artérioles), il n'y a pas, pour les jugulaires, les conditions anatomiques nécessaires (continuité avec des capillaires). En réalité, dans les jugulaires, gros vaisseaux de transport où se déversent des veines, et non des capillaires, le sang arrive avec une action cardiaque épuisée et par le seul fait de la vis à tergo ; tandis que les veines du dos de la main, veines des extrémités, aboutissants de capillaires, reçoivent de ceux-ci un sang qui, pour les raisons que nous savons, n'a pas perdu son impulsion saccadée et la leur communique.
En résumé, dans le premier cas dont il s'agit et qui fut le point de départ de mes recherches à ce sujet, j'ai pu voir et faire voir, pendant quarante-huit heures, et cela aux deux mains, les veines animées de pulsations isochrones au pouls radial ; sans qu'il y eût rien de semblable aux veines du pied ; sans surtout qu'il y eût de pouls veineux dans les jugulaires.
Eh bien, dans les trois autres cas qu'il m'a été donné d'obser-