TRAITEMENT : VIE EXTERIEURE
pulmonaire paternelle ou maternelle, que peut-on en sa faveur? J'ai esquissé à grands traits (1) le plan d'existence à suivre, en pareil cas, à propos d'un enfant né d'une mère phthisique, et pour lequel son père me demandait ce qu'il fallait tenter pour le préserver du mal maternel : « En faire un petit paysan, » répondis-je, voulant dire par là qu'il fallait changer la vie urbaine par la vie agreste, la vie dans les chambres par la vie dans les champs, la privation du soleil par l'exposition au soleil, la crainte du froid par sa recherche, les bains chauds par les bains de rivière, le repos par l'activité, les exercices intellectuels par les musculaires, en un mot vivre de la vie naturelle : là est en réalité la prophylaxie. Et de fait j'ai réussi, pendant dix ans, à préserver cet enfant, dont je dirigeais la santé depuis la mort de sa mère, phthisique, de tout accident maladif, et cela sans le médicamenter.
L'homme est un animal et, comme tel, né pour vivre en plein air. La vie civilisée a changé tout cela : au toit du firmament on a substitué le toit artificiel, à l'air libre et sans limites, l'air emprisonné et empoisonné. Ce n'était pas assez : entre ses murailles de plus en plus étroites, l'homme de la cité supprimant la nuit pour prolonger la durée de son activité comme aussi de ses jouissances, s'épuise par le corps, s'épuise par l'esprit, et arrive ainsi, par l'usure organique, à une caducité précoce, quand ce n'est pas à la tuberculisation de sa personnne ou de sa race.
Voilà ce que coûtent les merveilleux progrès de l'humanité. Faut-il donc conseiller l'abandon de la vie civilisée et le retour à l'état de nature ? La chose est impossible autant qu'insensée. Ce qu'il faut c'est, idéal réalisable, faire marcher de pair avec le reste, l'hygiène de l'édilité et l'hygiène du foyer domestique : pour l'édilité, modifier la cité, remplacer les rues étroites et tortueuses, par des voies larges et rectilignes, que l'on puisse inonder de soleil et de lumière ; faire largement et partout circuler l'air et l'eau, planter des arbres nombreux ei faire vivre ainsi l'homme au voisinage de qui lui est salutaire.
Dans ces conditions, que réalise déjà en partie la transforma-
lj Voir, plus liant, p. U3.
486 LES TUBERCULEUX ET LES PHTI11SIQUES.
tion de nos grandes villes, la tuberculisation y sera diminuée de tout ce qui était dû à l'impureté de l'air, et je ne doute pas qu'elle ne Unisse par y devenir presque aussi rare que la scrofule, autrefois si fréquente, que c'était un privilège royal en France de «toucher les écrouelles » ; presque aussi rare que le scorbut, dont il y a un peu plus d'un demi-siècle, en plein premier Empire, on pouvait observer une épidémie à Paris.
Je n'ai si longuement insisté, dans les leçons antérieures, sur les causes qui font qu'on se tuberculise, que pour bien faire comprendre que les conditions inverses font qu'on ne se tuberculise pas ; qu'ainsi on peut empêcher le développement de la tuberculisation, ou, développée, Y enrayer.
Enrayer la tuberculisation, on le peut, ainsi que le démontrent des faits très nombreux que je vous ai cités. Et comment? par un changement d'hygiène. Malheur à qui ne le peut faire! ou qui, le pouvant, ne le fait pas !
C'est en réparant davantage par une nourriture infiniment meilleure, et en se dépensant moins avec les femmes ; c'est aussi en vivant d'une vie la plus extérieure possible, que s'est conservé tuberculeux sans devenir phthisique l'architecte dont je vous ai parlé, que j'observe depuis 1856, depuis vingt-cinq ans ; et qui non seulement s'est ainsi conservé, mais a engraissé à en être méconnaissable, mais a eu des enfants qui ne sont pas tuberculeux, leur hygiène étant excellente et la mère, robuste, ayant corrigé, de sa part, la vicieuse origine paternelle; ce qui justifie ce que je vous ai dit sur la non-fatalité de l'hérédité tuberculeuse (I).
C'est par deux années entières passées à la campagne que la guérison d'accidents thoraciques sérieux et d'accidents généraux plus graves a été obtenue chez cette femme tuberculeuse, que je soigne depuis vingt-cinq ans, et qui vit parfaitement, sauf qu'elle tousse un peu ; et qui engraisse, surtout depuis qu'elle a doublé sans péril le cap de la ménopause ; mais aussi a-t-elle cessé d'être ouvrière séquestrée, et sa vie, très active, s'écoulet-elle presque complètement à la campagne. Elle a d'ailleurs eu
(1) Voir, pour le fait de ce tuberculeux, p. 6. et sur l'hérédité uniparentale.
p. l.HS.