TRAITEMENT : VIE AGRESTE
la sagesse de rester fille et d'échapper ainsi au double péril de la congestion pulmonaire gravidique et post-puerpérale (1). C'est de la sorte qu'elle a atteint aujourd'hui l'âge de cinquante ans ; étant depuis trente-deux ans tuberculeuse (2). Je la « drogue » d'ailleurs le moins possible : du lait, de la viande, du vin et le plus grand air possible, voilà pour la vie habituelle ; l'hiver, de l'huile de foie de morue; quelques jours par mois, quatre à cinq milligrammes d'arsenic ; un petit verre à liqueur de vin de quinquina au Malaga à la fin du repas ; et enfin, au cas de congestion périphymique et d'oppression, un vésicatoire ou des badigeonnages à la teinture d'iode, voilà pour la médication ; on ne la saurait faire plus simple.
Je dois encore vous rappeler ici, pour la plus grande gloire de la vie agreste et de i'équitation, le fait de cet officier d'artillerie qui, tuberculeux, se fit gentilhomme campagnard et se conserve ainsi depuis quarante-trois ans (3).
De même ce médecin militaire, dont je vous ai mentionné le cas, qui se refit une santé en Algérie, par la vie active et de plein air, qui conserve cette santé ainsi refaite par l'existence fatigante de médecin de campagne dans les montagnes de l'Auvergne, et qui supporte vaillamment sa tuberculisation de trente années de date (4).
A propos de la longue vie possible des tuberculeux, je vous ai cité des faits empruntés à Pollock, à Bennet, à Constantin Paul, et où l'on voit l'heureuse influence de la vie à la campagne, de l'alimentation plantureuse et de I'équitation (5).
A cette occasion, j'ai déjà dit, et je le répète ici, l'indication est de soustraire — si possible — l'organisme aux causes qui ont amené la tuberculisation, et d'empôcher, ce qu'on peut, la congestion active autour des tubercules, car là est le danger.
a Chacun a dans sa mémoire, dit H. Gouraud, des souvenirs de malades tuberculeux ou guéris ou améliorés, ou arrêtés sur la
II) Voir, plus loin, sur la congestion pulmonaire gravidique et Y hémoptysie posl-puerpérate, leçon LXXV.
(2) Voir, plus haut, p. 284.
[%) Voir, plus haut, p. 166.
Voir, plus haut. p. l!
Voir, i'1!!1- haut, p. 31 '■ m si
pente par le séjour dans tel ou tel climat, et il doit faire son profit de ses souvenirs. Un de mes amis de Normandie, se trouvant sur les limites du premier et du second degré de la tuberculisation pulmonaire, prend son parti d'aller passer trois ans à Pau et chacun des étés de ces trois années aux Eaux-Bonnes. 11 y a de cela une trentaine d'années, et ce père de famille, quoique fort délicat, vit toujours et a aujourd'hui soixante-quinze ans(i). » Je dois, il est vrai, faire observer ici qu'il s'agit de la phthisie de la cinquantaine, laquelle est habituellement plus lente en sa marche et plus ralentissable que la phthisie héréditaire et de la puberté (2).
Je dois encore ajouter que, dans tous les cas qui me sont personnels, la tuberculisation était apyrétique et l'estomac des tuberculeux excellent, à l'épreuve même de l'huile de foie de morue (3) !
Mais vienne l'hiver ! que doit faire alors le tuberculeux de nos contrées? doit-il toujours, et d'obligation, aller au loin, comme l'hirondelle, chercher un climat qui lui soit plus clément ?
Avant d'aborder cette, question des résidences hivernales pour les phthisiques, énonçons quelques vérités de sens commun ; elles ne seront pas ici déplacées. Et d'abord il est bien évident que ce qu'il faut à un phthisique ce n'est pas un climat qui le guérisse, c'est un climat qui lui permette de continuer de vivre, — au moins le plus longtemps possible.
On demande à l'air d'un climat comme à sa température ce qu'ils ne peuvent vraiment pas nous donner; et il est, à cet égard, dans le public, comme chez beaucoup de médecins, des préjugés et des présomptions féconds en mécomptes, origine, ceux-ci, d'un scepticisme injuste autant qu'irrationnel et périlleux.
(1) H. Gouraud, De l'action des différents climats dans le traitement de la phthisie pulmonaire, p. 8- — Travail excellent et tel qu'on pouvait l'attendre de cet éminent praticien.
(2) Voir, sur la « phthisie de la cinquantaine», p. 120 et suiv., et p. 394.
(3) Voir, entre autres, sur les cas de phthisie pulmonaire enrayée, J. -H. Bennet, On the Treatment of Pulmonary Consumplion, p. J 44 (« Arrest and Cure of Pulmonary Phthisis»), et Pollock, Eléments of Prognosis inConsumption, p. 174 et suiv., 1865.