TRAITEMENT : AIR ET TEMPÉRATURE
L'erreur est de chercher un air qui guérisse le tubercule et le tuberculeux, ou une température qui ait ce pouvoir.
L'erreur est encore de croire qu'il faille aux tuberculeux un climat où il n'y ait pas de tuberculisalion autochthone ; en dehors des contrées polaires, il n'est pas de ces climats (I). L'erreur, de vouloir alors rejeter telle résidence parce que certains de ses indigènes y deviennent spontanément tuberculeux, étant démontré que ce n'est pas l'air seulement, ni la température, ni le vent, ni la pluie, ni aucune vicissitude atmosphérique, mais les multiples infractions à l'hygiène, et sous toutes les formes, qui ont la tuberculisation pour résultante. On peut donc devenir tuberculeux — et vraiment cela doit être — à Cannes, à Nice, à Menton, à Hyères, à Pau, à Alger (pour ne parler que de nos stations les plus justement réputées), et ces tuberculeux peuvent y engendrer des tuberculeux, sans qu'il y ait à en incriminer ces stations, innocentes du méfait.
Il ne faut donc pas rejeter tel pays parce qu'on peut y voir des tuberculeux, pas plus qu'il ne faudrait aveuglément adopter tel autre parce qu'on n'y en voit pas. Le raisonnement serait absolument vicieux, au moins quant aux pays chauds. Ce qu'il importe, c'est de chercher si telle contrée est favorable aux tuberculeux et à quels tuberculeux ; favorable dans quelle saison et défavorable dans quelle autre. Ce n'est pas seulement une question de température en trop ou en pas assez, mais surtout de vicissitudes et de brusques variations atmosphériques, quant aux vents, quant aux brouillards et quant à la pluie.
J'ai parlé de la température et de son action prétendue thérapeutique dans la phthisie pulmonaire : à cet égard, l'espril médical irait volontiers de l'équateur au pôle, du très chaud au très froid. Après avoir répété, après Hippocrate, (pie l'été guérit les maladies qui se sont développées l'hiver (ce qui esl surtout vrai pour les affections catarrhales et a frigore^ mais De lVsl pas pour la tuberculisalion pulmonaire); après avoir envoyé les phthisiques à Alexandrie, comme Celsc ; en Ethiopie et en Arabie, comme Averroôs ; après avoir (c'est d'hier) choisi, comme
(1) La phthisie atténue ses ravages dans les climat Eroidfl : elle esl inconnu*1 "il Islande (Sclilcisner), aux îles Feroe (Panum), danb le Finmark (Martin?).
résidence des poitrinaires, le Caire, Madère, Malte, Alger, Corfou, plus loin encore, les Indes orientales, la Floride et l'Amérique du Sud ; quelques-uns, et des plus savants, recommandent aujourd'hui la Sibérie orientale, les steppes de la Tartarie et les hauts plateaux de l'Engadine. On pourrait vraiment, comme le dit avec son habituelle finesse d'esprit M. Leroy de Méricourt, « écrire chaque page de l'histoire climatologique des stations d'hiver en deux colonnes qui mettraient en regard des affirmations opposées. »
Ainsi, pour l'air et son action médicatrice, les uns conseillent l'air condensé des vallées (plus riche en oxygène sous un même volume); d'autres, l'air raréfié des montagnes (forçant les poumons à une gymnastique plus active) ; ceux-ci, l'air marin (aux émanations d'iode et de brome) ; ceux-là, l'air des sapinières (aux senteurs balsamiques); tels autres, l'air des étables (confiné, humide et chaud) ; tels autres, au contraire, l'air sec, frais jusqu'à être froid, et sans cesse renouvelé (ces derniers n'ont pas si tort, même quand ils exigent, comme Bennet et Mac Cormac, que les fenêtres soient ouvertes la nuit.)
J'ai parlé du raisonnement vicieux qui faisait médire des pays chauds, parce qu'on y pouvait devenir tuberculeux, et les rejeter comme résidences d'hiver, de ce fait ; raisonnement qui portait inversement à préconiser les pays froids ou à grande altitude, comme stations hivernales pour les poitrinaires, parce que la phthisie pulmonaire y était rare ou inconnue ; j'en ai parlé déjà et j'y reviens, le raisonnement ici étant au moins séduisant. Dans les pays froids l'hématose est puissante, et il faut qu'elle le soit pour lutter contre la réfrigération périphérique ; le fonctionnement pulmonaire est ainsi maximum, et nous savons que tout organe qui fonctionne le plus est celui qui se tuberculise le moins (1); l'observation est ici d'accord avec la théorie physiologique : la tuberculisation pulmonaire est à peu près, sinon totalement, inconnue dans les contrées voisines du pôle, les affections inflammatoires y étant fréquentes, au contraire, dans les organes respiratoires, soit en raison de leur fonctionnement
(1) Voir t. II, leçon XLVI, p. 1(50 el passim, « Quels liesu^ et quels organe se tuberculisent »; voir aussi p. 178 cl passim.