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TRAITEMENT : LATITUDE ET ALTITUDE

lionnelles : viandes, vins généreux, beurre, lait très riche en crème, corps gras : aliments plastiques et respiratoires. On voit alors des tuberculeux non pas cesser de maigrir seulement, mais engraisser : un malade de Lindemann pesait 8 kilogrammes de plus en quatre semaines; l'augmentation de poids sur dix malades du docteur Spengler était de 9k,25 pour chacun en deux mois et demi.

Ceux qui se trouvent vraiment bien à Davos, sont encore les tuberculeux qui commencent, et qui ont l'intégrité de leurs fonctions comme de leur appareil digestifs, bon appétit et le reste. Ceux qui s'en trouvent mieux encore, sont les menacés de tuberculose. Mais il n'y faudrait envoyer ni les fébricitants, ni ceux qui ont des complications laryngées, ni ceux enfin qui sont arrivés à la période trop avancée de la phthisie pulmonaire.

Il semblerait que l'hémoptysie dût être plus fréquente où l'air est plus rare, et c'est ce qui n'est pas. De sorte qu'il ne paraît pas qu'il y ait de contre-indication à la station de Davos pour les tuberculeux qui ont de la tendance aux hémoptysie s. Le docteur Vacher y a vu le docteur Unger, qui, avant de venir s'y traiter (et s'y fixer une fois guéri), avait eu dix sept hémoptysies et n'en a eu aucune à Davos.

La cure d'hiver commence à Davos, au mois de novembre, et (ainsi que le fait justement observer le docteur Vacher), il ne faut pas attendre, pour se mettre en route, que la neige soit tombée et couvre la vallée; le voyage pourrait alors n'être pas sans danger.

Ces détails où je suis entré sont pour prouver le cas que je fais de la station de Davos, qui n'est guère connue des médecins français, ni guère fréquentée par leurs malades tuberculeux. Cependant, je dois signaler une ombre au tableau, c'est la séquestration et, par suite, la sédentarité forcées seize heures an moins sur vingt-quatre, chaque jour et dans les beaux jours : c'esl cette même séquestration plusieurs jours de suite, alors qu'il ya des tourmentes atmosphériques, ou que la neige tombe en abondance. Les malades n'ont dans ne cas d'autre séjour possible que l'intérieur de l'hôtel ; d'autres promenades que les galeries couvertes, spacieuses, il est vrai, mais renfermées;

d'autre air à respirer que l'air confiné; d'autre température que celle qu'élève artificiellement la vapeur d'eau circulant partout dans des tuyaux. Et nous avons assez vu que ce sont là de mauvaises conditions. Alors aussi, car il faut tout dire, Davos bloqué par les neiges, est parfois isolé pour de longs jours et séparé du pays voisin ; d'où la difficulté du ravitaillement et la nécessité de se nourrir d'abord des animaux que l'on y garde vivants à cet effet, puis de conserves alimentaires, à défaut possible de ces animaux.

Mon savant collègue le professeur Jaccoud, qui a fait de la station médicale de Saint-Moritz une étude si approfondie, a nettement limité ses indications aux formes « torpide » et « apyrétique » de la tuberculisation pulmonaire. Mais il considère cette station comme une station estivale, destinée à produire ce qu'il appelle « l'acclimatement rigoureux ».

L'influence salutaire se manifeste par la restauration générale de la constitution et par l'arrêt ou la régression des lésions locales.

Maintenant des médecins d'Angleterre et d'Amérique ont voulu de plus envoyer à Saint-Moritz les tuberculeux arrivés à la période de phthisie et les y faire passer l'hiver; mais M. Jaccoud, n'ayant aucune expérience personnelle quant aux résultats (qui sembleraient d'ailleurs très encourageants) de cette pratique, déclare judicieusement se borner à signaler ces faits, «qui, dit-il, sont très connus dans la contrée (1). »

C'est, d'autre part, sur les hauts plateaux de la Tartarie, dans les steppes à l'horizon sans limites et à la température inclémente, que certains médecins russes envoient leurs tuberculeux respirer l'air pur du désert, se nourrir de viande, boire du koumys et passer à cheval tout le temps qui ne s'écoule pas sous la tente kibitka, ouverte par en bas aux quatre vents du ciel.

Ainsi, voilà ce qu'a montré l'expérience de ces dernières années; et cette expérience ne sera pas perdue, car il en résulte que les tuberculeux peuvent très bien vivre dans les contrées froides, et y mieux vivre même que sous les hautes latitudes.

(1) La Station médicale de Saint-Moritz, par S. Jaccoud, p. 36 1873.

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