TRAITEMENT : CLIMATS CHAUDS
11 faut savoir, en effet, que la chaleur excessive, nuisible à tous, est surtout nuisible aux phthisiques ; cela est bien prouvé dans nos salles d'hôpital, où l'on voit les phthisiques atteints de tuberculisation à marche chronique jusque-là, mourir si rapidement dans les chaudes journées de juillet et d'août, surtout quand le temps est orageux. 11 est facile d'en exposer sommairement les raisons physiologiques, dont les principales sont: 1° que la chaleur excessive provoque des sueurs exagérées alors que déjà, par le fait delà maladie tuberculeuse, il y a une tendance naturelle aux sueurs profuses et épuisantes; 2° qu'elle engendre l'anorexie, qui s'ajoute alors à la dyspepsie tuberculeuse ; 3° qu'elle cause la diarrhée et que les tuberculeux n'en ont déjà que trop facilement.
Les climats chauds! on n'en saurait dire plus de mal, quant à la phthisie, que les médecins qui y vivent : « La maladie la plus meurtrière au Brésil, dit Sigaud, est la phthisie ; elle enlève le cinquième de la population. » Et Sigaud de conseiller aux phthisiques brésiliens d'aller chercher refuge clans les petites colonies suisses de Morro-Queimada et de Cantagallo, sur les montagnes près de Rio-Janeiro. « A Para, àBahia, dit à son tour Justin da Silva Gomez, la phthisie épouvante par la rapidité de sa marche; on l'y regarde comme la plus meurtrière des maladies aiguës. » « Tout Européen qui arrive au Bengale avec le germe de la phthisie y meurt beaucoup plus vite qu'en Europe, » écrit Twinning, et, à l'appui, Collas dit de son côté : « La phthisie, dans l'Inde, vient après le choléra comme maladie endémique ; c'est à Pondichéry, pour les Indiens comme pour la race croisée, une affection terrible. »
S'autorisant des travaux de nombreux médecins anglais, et en particulier de ceux de H. Hull (1), Burgess (2), Green (3), Power (4), Ancel (5), II. Bennet (6), on peut donc affirmer que les climats chauds sont mauvais aux phthisiques, surtout pendant l'été.
h .1 few sug gestions on consumption, 1849.
Climaie of l'aly in relation to pulmonary consumption, 1852, '3) Pathologia Indica.
i, On thé (lunule of \'<in-Diemens land. A trralise on tuberrulosis.
On liip treatment of pulmonary consumption, •i il [•.. — Clin, mr i . ■;• MU, i. gg
De son côté, Bennel a dit en toute vérité : « Des comptes rendus des armées anglaise et française dans ces trente dernières années, il résulte que les soldats atteints de tuberculisation pulmonaire vont plus mal dans tous les climats chauds (get worse in ail wàrm climates), surtout pendant l'été [especially during sunirher) ; dansleslndes orientales etoccidentales, à Malte, en Algérie, etc. »
D'un autre côté encore, et conflrmativement, le docteur Dundas, qui a exercé vingt- trois ans à Bahia (au Brésil), et non à Baïa (près de Naples), nous apprend que les phthisiques qu'on envoie d'Europe dans ce pays à cause de sa haute température vont invariablement moins bien et meurent beaucoup plus vite.
D'où cette conclusion générale et motivée qu'il en tire : « les hautes températures sont nuisibles aux phthisiques ».
C'est aussi l'opinion du docteur Febrer, qui a exercé à la Nouvelle-Orléans et au Mexique, et qui a constaté que la cause de mortalité la plus fréquente y est la phthisie pulmonaire, qui y figure dans la proportion de 8,7 pour 100. Au Mexique, vers la frontière du Texas, à Matamoras, Beinosa, Gamargo et Loredo, petites villes situées sur la rive droite du rio Grande, la mortalité occasionnée par la tuberculose s'observe dans de plus grandes proportions qu'à la Nouvelle-Orléans; Tampico et la Vera-Cruz, ainsi que les autres villes du golfe du Mexique, se trouvant dans les mêmes conditions, le nombre des tuberculeux y est très considérable (l).
Au contraire, sur les plateaux élevés de l'intérieur du Mexique, de Costa-Bica et de Bogota, les tuberculeux sont très rares ; la température sur ces hauts plateaux n'est pas très élevée, mais le froid ne s'y fait jamais sentir d'une manière bien vive (2).
A la Jamaïque, suivant Aitken, les maladies tuberculeuses sont les plus fatales et fournissent les deux cinquièmes de la mortalité.
(1) Il est vrai d'ajouter que l'alimentation est aussi insuffisante que de mauvaise qualité, et que l'hygiène y est absolument négligée: la base de la nourriture chez les Mexicains se composant de maïs, le piment leur servant d'excitant, quand ce ne sont pas les boissons alcooliques. La poussière qui s'élève tous les jours, et qui pénètre même dans les maisons fermées, devient aussi une puissante cause occasionnelle d'affections pulmonaires.
(2) Communication inédile que je dois a l'obligeance du docteur Febrer.
TRAITEMENT : CLIMATS TEMPERES. 499
En fait, une température modérée, plutôt fraîche que chaude, est bienfaisante à tous et spécialement aux phthisiques, pour des raisons physiologiques absolument inverses des précédentes; l'air vif et salubre stimulant et tonifiant l'organisme, portant l'individu à prendre de l'exercice, excitant l'appétit, facilitant la digestion et favorisant l'assimilation : au fond, c'est à la fois l'hygiène des poumons, des muscles et des nerfs.
Ces prémisses étant posées, on en peut conclure que ce que les tuberculeux doivent rechercher, c'est une résidence où ils puissent chaque jour sortir, respirer l'air extérieur, éviter le séjour dans un air confiné, fuir ainsi leur chambre de malade dont on ne saurait faire un trop lugubre tableau ; d'où enfin la nécessité pour eux de résidences d'hiver ; c'est-à-dire de résidences où la température soit chaque jour assez douce pour leur permettre quelques heures durant la vie en plein air.
11 s'en faut donc bien qu'on doive condamner les résidences d'hiver dans les pays chauds, je veux dire pendant la saison d'hiver de ces pays chauds, et alors que la température y est devenue modérée; ce qu'on doit faire, c'est vous mettre en garde1 contre celle idée fausse et nuisible que les hautes températures conviennent aux poitrinaires.
En résumé, dirai-je, ee qu'il faut au phlhisique en général, ce n'est pas une température trop élevée, c'est une température qui le soit assez pour qu'il puisse chaque jour quitter sa chambre de malade.
Mais, à propos de la résidence d'hiver, se posent aux médeeins un grand nombre de questions, secondaires en apparence, capitales en réalité. Et d'abord, quelle est la forme de la luberculisation?
En effet, le tubercule est un, la tuberculisation est multiple.
Eh bien, la tuberculisation est-elle rapide ou lente 1 fébrile ou apyrétique? hémoptysique ou non? éréthique ou torpide? avec ou sans flux ? avec ou sans intégrité des fonctions digestives? etc.
Le tuberculeux est- il herpétique ou icrofuleux ? rhumatisant "ii goutteux? n'a-t-il jamais été rien de tout cela, cl n'appartient* il à aucune de ces races ?
Malheureusement, dans cette triste question de la phthisie, on
a un peu confondu toutes ces choses. Partant de l'anatomie pathologique, on a surtout fait Y histoire naturelle du tubercule et de la tuberculisation: celle-ci n'étant que l'évolution du tubercule considéré en soi. Et l'on a cru faire ainsi l'histoire médicale de la phthisie, ce qui est une immense erreur. La tuberculisation en soi n'est pas la tuberculisation pulmonaire, et la tuberculisation pulmonaire n'est nullement identique à elle-même ; elle varie, nous l'avons assez vu, suivant les individus ; et les formes qui dérivent de cette individualisation de la maladie — à produit morbide cependant identique, le tubercule — sont infiniment variées. La grande difficulté pratique de la tuberculisation pulmonaire consiste donc clans la détermination des formes, et, à ce point de vue, la phthisiologie est encore à faire.
Cependant on peut donner quelques indications sommaires.
Par exemple, aucune résidence n'arrêtera l'évolution rapide de la tuberculisation pulmonaire aiguë ; un climat chaud en précipitera davantage la marche. Aucune station hivernale n'arrêtera non plus le développement ni ne modifiera la fièvre de la tuberculisation pulmonaire à lésion chronique et à marche fébrile continue, qui dure ainsi des mois et sur laquelle néanmoins aucune médication n'a de prise.
On n'a donc à se préoccuper que des tuberculeux à affection chronique et habituellement apyré tique; eh bien, à leur égard, il y a des climats d'hiver frais ou chauds, secs et excitants, ou humides et tempérants. Les climats frais conviennent surtout aux tuberculeux chez lesquels domine l'anorexie et dont les poumons sont assez tolérants pour leurs tubercules. Les climats chauds sont plus favorables à ceux dont au contraire les voies aériennes s'enflamment facilement. Les climats secs et excitants conviennent à la tuberculisation à forme torpide, les climats humides et tempérants à la tuberculisation à forme éréthique.
Soit, par exemple, le climat d'Alger ; mon ami le docteur Henri Pennet, qui a fait sur la question une étude personnelle si judicieuse et si approfondie, classe Alger et les basses plaines de l'Algérie parmi les stations d'hiver humides et tempérées (moist mild winter climate).
Climat plus doux que Pau, dit-il, que Biarritz, qu'Arcachon,