TRAITEMENT : L ALGERIE
qu'Ajaccio, moins doux que Madère, et probablement autant que Païenne, si l'on en juge par la végétation. Mais ce n'est point, ajoute-t-il, comme on l'a dit par erreur, un climat doux et sec {dry mild cUmaté) (1).
Il m'est impossible d'entrer ici dans une discussion approfondie de la question. Ce que je voudrais, c'est que dans chaque station d'hiver les médecins résidents déterminassent la forme de tuberculisation pulmonaire qui s'accommode le mieux de son climat : tout le monde y gagnerait ; le praticien n'agirait plus à l'aveugle. Alors on ne verrait plus telle célébrité médicale, consultée, conseiller d'une façon banale et indifféremment (comme si cela était indifférent), en fait de station thermale, Ems ou les Eaux-Bonnes; en fait de climat d'hiver, Pau ou Hyères, Cannes ou Alger. Si c'est par scepticisme, qu'on le dise ; si par ignorance, qu'on le sache !
Alger î on en a dit successivement trop de bien et trop de mal, comme de l'Algérie. C'est trop humide et trop froid ; trop sec et trop chaud! le siroco y souffle en dévastateur, etc.; or, il résulte de notes consciencieuses et bien désintéressées, qui m'ont été fournies par un officier du génie, le capitaine Brûlot, que si la ville française d'Alger, placée au pied d'un coteau qui arrête les brises de mer, est presque toujours dans l'humidité, il n'en est pas ainsi de Mustapha supérieur et même de Mustapha inférieur ; eh bien, c'est laque vont les malades.
Quelques-uns se fixent définitivement à Alger; ainsi un de mes camarades d'internat y a pu non seulement vivre, mais pratiquer, l'été comme l'hiver, pendant plusieurs années, bien qu'il fût atteint de la forme la plus pénible de la tuberculose ( 'phlhisie laryngée compliquant la phlhisie pulmonaire). Le mieux cependant est de n'y séjourner que l'hiver, ou, dans tous les cas, d'aller au moins « se retremper » dans l'air de France pendant les mois d'août et de septembre.
J'ai conseillé avec avantage à des jeunes gens qui commençaient une tuberculisation pulmonaire à forme apyrétique de se faire colons en Algérie, combinant ainsi les avantages de la vie
'i) W'inhr and spring on the shore$ oftke Méditerranéen, par Henri Benoet,
agreste à ceux d'un climat bienfaisant. Je vous ai cité le cas de ce médecin militaire qui, tuberculeux hémoptysique, a rétabli sa santé en Afrique, associant l'équitation à la vie de plein air (1).
D'autres vivent en quelque sorte entre l'air et l'eau méditerranéens, faisant ainsi empiriquement une double cure : cure par l'air pur, doux, tempéré et salin; cure par la navigation. M. Brûlot a connu un jeune phthisique « qui passait son temps sur les bateaux allant d'Alger à Marseille, alternativement, et qui s'en trouvait bien. »
En fait, ce qu'il ne faut pas, c'est envoyer à Alger, ou en Algérie, les tuberculeux trop avancés dans leur phthisie et surtout les tuberculeux trop irritables. Les autres, au contraire, en éprouvent un véritable bienfait (2).
Je crois savoir que certains se préoccupent de fonder sur nos côtes africaines de la Méditerranée, non loin d'Alger, un vaste sanitarium où les tuberculeux réaliseraient la vie de plein air, buvant abondamment du lait de jument, d'ânesse ou de vache, ou ce môme lait de jument fermenté, le koumys ; montant à cheval et faisant des excursions au désert, comme les tuberculeux moscovites dans les steppes de la Tartarie. Ce serait là pour nos compatriotes ainsi que pour les habitants des contrées de l'est et du midi de l'Europe une heureuse installation ; les bienfaits du désert et les jouissances de la vie civilisée.
Mais il y a la mer à traverser, la mer à mettre entre sa famille et soi : c'est l'exil aggravé! surtout pour les Français, gens casaniers et surtout peu marins. Aussi nos stations hivernales les plus fréquentées par nos compatriotes, et les plus justement recommandables, sont- elles sur nos côtes méditerranéennes ainsi que dans quelques vallées au pied des Pyrénées.
On ne saurait dire trop de bien de Menton, de Cannes, de Nice, de Monaco, d'Hyères; comme de Pau, d'Amélie-les-Bains,
(1) Voir plus haut, p. 295.
(2) Voir, entre autres documents importants :Winterand spring on the shores ofthe Medtterranean, par Bennet, 18G5 à 1875; Du climat d'Alger, par Dobranici, 1873; Journal d'un phthisique, par Garreau ; Comparaison des climats d'hiver sur les côtes africaine et française de la Méditerranée, par Daremberg, 1878.