TRAITEMENT '. CLIMATS D'HIVER RELATIFS
du Vernet, dans les Pyrénées ; de Montreux, en Suisse ; de Méran, dans le Tyrol. Les seules réserves à faire quant à nos stations méditerranéennes, c'est, pour les tuberculeux trop excitables, d'éviter le séjour trop près de la mer, dont l'influence directe peut devenir l'occasion d'une excitation presque fébrile, fâcheuse à la tuberculose, ou du développement d'accidents rhumatismaux, ainsi que j'en ai vu des exemples ; dont nul plus cruel que celui d'un tuberculeux, robuste encore, mais prédisposé aux rhumatismes, et qui fut pris au voisinage de la mer, clans une de nos stations méditerranéennes, de lièvre et de névralgie sciatique, celle-ci rebelle à tout traitement— la sciatique des tuberculeux — qui, par la douleur, l'insomnie, ajoutant ses méfaits à ceux de la fièvre, transforma en une phthisie presque aiguë une tuberculisation à marche lente, et le mena en quelques semaines à la mort la plus douloureuse, 11 importe aussi d'éviter, chose facile, le vent qui souffle par la trouée des montagnes. Il est également important aux malades qui vont hiverner dans les Pyrénées, de se soustraire aux brouillards de la
vallée.
11 résulle de tout ceci que ce qu'il faut aux tuberculeux qui peuvent émigrer, ce sont des climats d'hiver relatifs; qu'il y a là une question de race, c'est-à-dire d'accoutumance à une certaine température — étant bien évident que les habitants des contrées froides ou humides de l'Europe, les Allemands ou les Anglais, se trouveront mieux des hauts plateaux de l'Engadine que ne le feraient des Napolitains ou des Espagnols; que le Moscovite supportera mieux les steppes kirghises que le Havanais ; que nos côtes méditerranéennes sont des pays chauds pour l'Anglais ou le Suédois et des pays frais pour le Brésilien et le Mexicain. 11 y ;i donc là une affaire d'individualité quant à la pairie des tuberculeux, à la forme de la tuberculose et au degré de son évo- Iulion;ceque ne saurait trop scrupuleusement scruter le médecin responsable.
Le changement de climat, le changement ordinairement lointain, \ oilà qui esl bien! mais encore f au tril que l'on s. .il riche et que, riche, L'on soit libre. Quoi pour le tuberculeux pauvre ? quoi encore pour le tuberculeux fortuné, mais chef (\v
famille, et pour qui l'éloignement, c'est la ruine de lui-même et des siens ? Quoi aussi pour la mère de famille qui ne peut délaisser ses enfants sans péril pour son cœur, ou les traîner après elle sans péril pour sa bourse?
Force est pour eux de rester, force pour nous de leur donner des équivalents. Lesquels?
De l'air au dehors et du soleil, le plus qu'on pourra; qu'ils sortent chaque jour, à pied, fortement chaussés, c'est-à-dire ayant d'épaisses semelles qui éloignent les pieds du sol, et non point des chaussures fourrées qui y provoquent la sueur et le refroidissement possible à la suite ; mais qu'ils évitent la pluie, le brouillard et le trop grand vent.
De l'air au dedans le plus abondant et le plus pur possible, que les fenêtres soient largement ouvertes plusieurs fois par jour ; qu'il en soit ainsi des portes de communication à Tintérieur de l'appartement ; que les trappes des cheminées soient toujours ouvertes, été comme hiver, c'est là une source de ventilation.
Quant à la chambre à coucher, elle doit être tout le contraire de ce qu'elle est : je ne sais rien de plus hideusement fétide que la chambre à coucher d'un phthisique riche ; c'est un endroit soigneusement clos, où il est interdit à l'air d'entrer comme à l'espérance ; bourrelets aux portes, bourrelets aux fenêtres ; épais rideaux enveloppant le lit, où mijote à l'étuvée dans sa moiteur et dans son air vingt fois prérespiré, vingt fois souillé déjà par le contact de ses poumons ulcérés, le malheureux phthisique.
Et ce n'est pas seulement lui qui le souille, cet air, mais l'épouse ou la garde qui le veille; mais la « veilleuse » de la table de nuit ; mais la lampe et le feu du foyer ; mais plus encore, les odeurs vireuses de l'opium ou affadissantes des tisanes attiédies, et les émanations fétides des sueurs, des crachats, des déjections alvines. L'ensemble est odieusement repoussant (1).
Ainsi, à celui dont la surface d'hématose amoindrie réclame impérieusement l'air le plus réparateur sous le moindre volume,
(1) Voir plus haut, p. 58, ce que j'ai déjà dit de la chambre à coucher et de son rôle tuberculisant.