TRAITEMENT : L AIR LE PLUS PUR
un fournit de l'air de moins en moins riche en oxygène ; à celui dont le poumon malade exigerait au moins l'ingestion d'un air intact, on donne de l'air offensif par son impureté même. Le bon sens indiquerait cependant qu'il faut au poumon malade ce qu'on doit à l'estomac lésé : au dyspeptique, les aliments de choix, les plus nourrissants et les plus digestibles ; au tuberculeux, un air également de choix, le plus hématosant comme le plus pur.
Bennet la bien compris, quand il conseille à ses tuberculeux à Menton « de vivre nuit et jour dans une atmosphère maintenue constamment pure par un courant d'air qui traverse la chambre en allant d'une fenêtre plus ou moins largement ouverte, à la cheminée ouverte également; ou bien, si le temps ne permet pas d'ouvrir la fenêtre, c'est de la porte débouchant sur un escalier bien ventilé qu'arrive l'air renouvelé (1). » Et il fait cela à ses phlhisiques de tous les degrés; et ces phthisiques ne s'en trouvent pas pis, au contraire.
Comme complément de leur aération insuffisante, aux tuberculeux forcés de rester l'hiver chez eux, je n'hésite pas à conseiller les inhalations d'oxygène ; dix, vingt et trente litres par jour. Ces inhalations n'ont pas seulement pour effet d'augmenter l'hématose, elles excitent l'appétit et réalisent ainsi un double bienfait.
C'est un résultat à peu près semblable qu'on obtient avec l'appareil de Waldenburg, à l'aide duquel on peut à domicile respirer de l'air comprimé. Il y a là de la gymnastique pulmonaire, un déplissement plus complet des vésicules, et l'introduction d'un air plus dense et plus riche dans ces vésicules. Deux à trois séances par jour, de quinze à trente minutes de durée, sont véritablement salutaires ; je n'attache d'ailleurs aucune idée curative à cet appareil, qui n'est, dans L'espèce, qu'un bon auxiliaire hygiénique, une façon de faire respirer davantage et mieux des poumons qui respirent mal et insuffisamment.
Après l'aération au logis, la température; la chose est loin d'être indifférente; il ne faut pas qu'elle soit trop élevée; il
'!) J.-H. Bennef, On the Treatment of Vulmonary Constimpiion,\>.M. 1871.
50fi LES TUBERCULEUX ET LES PI1TH1S1QUES.
suffit qu'elle le soit assez. Trop élevée, elle n'a pas seulement l'inconvénient de déprimer l'organisme, elle met surtout et habituellement la peau dans de telles conditions qu'elle ne sait plus résister au froid extérieur dès qu'elle y est momentanément exposée. Une température uniforme de 15 à 1G degrés centigrades est très suffisante dans l'ensemble des pièces où doit se mouvoir le tuberculeux. Pour arriver à ce résultat, on se sert dans les grandes maisons de poêles ou de calorifères : il faut absolument proscrire les poêles de fonte et surtout les calorifères à air chaud; les poêles de fonte dessèchent l'air et brûlent au contact les particules organiques qui y voltigent ; mais ce sont surtout les calorifères à air chaud qui ont cet inconvénient : ils vomissent dans l'atmosphère des appartements des torrents d'air dont ils ont calciné, rôti les poussières organiques animales et végétales, et nous font ainsi respirer des cadavres microscopiques incinérés : ce dont nous avertissent nos organes, aussi bien nos voies aériennes, qui sont spécialement affectées par la sécheresse de cet air, que nos organes olfactifs, qui sont offensés de son odeur et nous disent que «cet air est mauvais ». Malheur à qui méconnaît ces sensations tutélaires !
Si le calorifère est nécessaire, il faut que ce soit un calorifère à vapeur d'eau : l'air s'échauffe sans s'y calciner au contact de la vapeur qui circule dans les tuyaux, et reste ainsi très respirable.
Quant au chauffage direct, il doit se faire au bois et dans des cheminées largement béantes. Pas de coke ni de houille, qui rayonnent de trop grandes masses de calorique à la fois et dessèchent l'air en l'infectant souvent, surtout la houille, par la production de vapeurs hydrosulfureuses, ou par leur acre fumée. Au contraire, le bois dans sa combustion dégage toujours une certaine quantité de vapeur d'eau qui dessèche l'air d'autant moins. Si l'on est obligé de se servir de coke ou de houille, pas de corbeille et surtout pas de ces hermétiques cheminées dites « américaines », où la presque totalité du combustible est utilisée : l'économie est ici réalisée au grand préjudice de la santé, l'ingénieur faisant échec à l'hygiéniste. Leur but est d'ailleurs essentiellement différent; celui du premier est d'obte-