‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 163 sur 282 · TRAITEMENT * ALIMENTATION · texte numérisé non relu

TRAITEMENT * ALIMENTATION

Le pain n'est pas si nécessaire ; on en mange trop en France ; c'est encore un de nos préjugés.

A propos du régime des tuberculeux, laissez-moi vous raconter que je viens de voir, revenant d'une station étrangère à la mode, un tuberculeux de grande intelligence et connaissant son mal, que son médecin. Allemand, traitait à peu près exclusivement par Pair et l'alimentation (ce en quoi il n'était point tant fautif), lui refusant même le bénéfice de la révulsion locale (ce en quoi il avait tort) : « Mangez, disait ce médecin à ce malade ; mangez toutes les quatre heures, et mangez fortement ! La nuit, qu'on vous réveille, pour manger encore ! » Prescrire de manger, de fortement manger, est d'un bon naturel ; mais encore faut-il qu'on y ait l'estomac, un estomac d'Allemand.

Notez, en effet, que ce sont les Allemands et les Anglais, gens du Nord, grands mangeurs et buveurs peu réservés, qui ont à la lois conseillé la résidence dans les pays froids, la forte alimentation et les substances alcooliques aux tuberculeux. Accoutumés aux basses températures comme aux grosses victuailles et aux fortes rasades, ils les conseillent aux leurs, qui sont et font comme eux : affaire d'habitude et de nationalité. Seulement, ce régime à la Pantagruel, conseillé par les médecins anglais et allemands, excellent peut-être pour les estomacs compatriotes, ne le serait pas pour les estomacs méridionaux, espagnols ou havanais, par exemple. 11 faut individualiser le traitement et l'hygiène, comme a fait la maladie, qui s'est individualisée, malgré son fond, resté spécifique.

Ceci pour en arriver à vous dire qu'il ne faut pas trop faire manger vos tuberculeux, conseil qui va vous sembler presque naïf, et qui, cependant, n'est pas ce qu'il semble être.

Cette alimentation, volontairement, systématiquement excessive, à laquelle peuvent à peine résister des estomacs du Nord, a pour effet, chez nos compatriotes, surtout s'ils sont citadins, et plus encore chez les hommes du midi de L'Europe (à plus forte raison chez ceux de l'hémisphère austral), a pour effet, dis-je, de déterminer d'abord une surcharge habituelle de l'estomac, accompagnée de saburre, d'anorexie, de diarrhée alternant avec de l,i i onsli pation ; puis une véritable fièvre gastrique (embarras gas-

trique fébrile de nos contemporains), avec petits accès rémittents nocturnes ; fièvre gastrique qui devient la cause fréquente d'erreurs de diagnostic, cette fièvre, avec sa petite sueur critique des dernières heures de la nuit, étant prise pour la fièvre tuberculeuse, et faisant craindre que la tuberculisation, apyrélique jusque-là, ne prenne désormais le type aigu. Or, ces accidents guérissent par un éméto-cathartique, suivi de la prescription d'un régime alimentaire plus réservé. J'ai observé plusieurs cas de cette nature sur des sujets revenant de stations où on les avait soumis à cette polyphagie de bonne intention et de mauvais effet ; j'ai vu l'émoi que cela causait, le bon résultat de la médication dont je vous parle, et je me permets de vous le signaler.

Il y a là une véritable exagération contre laquelle je veux vous prémunir, non moins que contre l'alcoolisation des tuberculeux. Chose au moins singulière ! on médit de l'alcoolisme, et Ton n'en saurait trop médire; puis voilà bientôt que nous allons avoir Y alcoolisme par la thérapeutique ; la potion de Todd a commencé : le rhum, le gin, les vins d' Espagne, la bière, l'alcool sous toutes ses formes achèveront cette belle œuvre. Mais, Dieu bon ! il y a des femmes, il y a des enfants, pour l'estomac desquels le vin même est chose peu supportable ; et, à cet estomac d'enfant ou de femme qui, sain, se soulève contre les substances alcooliques, vous allez, de vive force et par bon vouloir, les lui imposer alors que la tuberculose l'a rendu, par acte réflexe ou autrement, intolérant jusqu'à la révolte ! Est-ce de la raison ou son contraire?

V exercice, un exercice modéré, est chose salutaire aux tuberculeux, et surtout l'exercice des membres supérieurs. Vous recommanderez avec avantage la gymnastique de chambre, pratiquée à l'aide de ressorts à boudin, et connue sous le nom de gymnastique de l'opposant, la traction s'exécutant en éloignant les coudes du corps et en les dirigeant même en arrière, de manière à agir à la fois sur le diamètre transverse de la poitrine et sur son diamètre antéro-postérieur ; l'élargissement portant spécialement alors sur le sommet de la cage thoracique, où résident les lobes supérieurs, les lobes habituellement peu actifs, et, de ce fait, les lobes tuberculisables, les lobes tuberculeux. A ce propos, je ne puis résister au plaisir de citer une observation

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