TRAITEMENT : VOYAGES EN MER
qu'il en résulte de bienfait pour l'ampliation de la poitrine et consécutivement des poumons, est-il besoin de le dire ? Aussi Rush, déjà très enthousiaste de l'équitation, recommande-t-il l'exercice de la rame : il cite môme à ce sujet le cas d'un gouverneur de Pensylvanie qui fut très amélioré par le fait de conduire à l'aviron son embarcation, chaque jour, plusieurs milles au-dessus et au-dessous de sa demeure. Le même auteur signale deux cas de guérison par le maniement du levier d'une presse d'imprimerie; — ce que j'en sais, d'expérience personnelle, me permet d'affirmer que la tuberculisation était à peu près inconnue chez ceux qu'en typographie on appelait (avant l'invention des machines) les « pressiers », qui manœuvraient si activement la c presse à bras », tandis qu'elle est loin d'être rare chez les « compositeurs paquetiers », dont l'action musculaire est des plus restreintes, consistant à assembler, immobiles sur leurs jambes, les lettres dans un composteur.
J'arrive ainsi, de proche en proche, à vous parler de Voir marin : c'est de l'air à la fois dense et salé, qui peut agir et agit en effet sur les organes respiratoires par sa pression plus grande et par sa composition, par ses qualités physiques et par ses qualités chimiques. 11 contient plus d'oxygène, moins d'azote et moins d'acide carbonique que celui du continent ; il est naturellement de « l'air comprimé » et en offre les bienfaits thérapeutiques ; enfin sa température au large est sensiblement constante.
Ce qui m'amène à parler des voyages en mer et de leurs effets possibles sur les tuberculeux ; c'est là encore (pour ne mentionner que les points fondamentaux de ce problème si complexe de physiologie thérapeutique), c'est là qu'il importe de distinguer : et la nature du voyage et les conditions matérielles de son accomplissement ; et la nature du tuberculeux et la forme de sa tuberculisation. Des plus anciens jusqu'à nous, la croyance était générale que les voyages sur mer pouvaient contribuer à la guéri- Bon des poitrinaires : si, par exemple, L'Egypte riait favorable aux Européens atteints de phthisie, ce n'étail pas tanl par elle-même qu'en raison de la longueur du voyage maritime qu'il fallait accomplir pout l'atteindre. ■> Neque dïgyptus propter se petitur, sed it.ti ii. - c Un. méd 3« édiî. ,,. . 33
propter longinquilatera navigandi. » Cette assertion de Pline exprimait l'opinion médicale de son temps et n'était que l'écho d'une antiquité vénérable. Dix-huit siècles nous l'avaient transmise, non seulement intacte, mais fortifiée. Eh bien, une idée absolument fausse ne saurait aussi généralement s'établir ni surtout le faire d'une façon aussi durable. L'erreur porte en soi des germes de mort qui l'empêchent de vieillir.
Voyons donc comment on a pu récemment, et avec de grandes apparences de vérité, la battre en brèche et même la rejeter complètement.
Un des plus savants médecins de la marine, M. J. Rochard, a démontré, à l'aide de statistiques et d'observations personnelles considérables, que « les voyages sur mer accélèrent la marche de la tuberculisation beaucoup plus souvent qu'ils ne la ralentissent. » Seulement, on voudra bien considérer les conditions spéciales des sujets observés par M. Rochard : il s'agit de marins; de marins à bord des navires de l'Etat, qui ne peuvent choisir ni leurs aises ni leur latitude ; astreints aux plus rudes travaux et par tous les temps — travaux plus rudes surtout par les plus mauvais temps — exposés alors au vent qui souffle en tempête, au froid, à la pluie, à la lame ; conservant de longues heures leurs vêtements trempés d'eau de mer ; dormant entassés la nuit dans des cabines étroites, encombrées et infectes ; nourris le jour d'aliments grossiers et indigestes ; c'est-à-dire qu'il s'agit d'hommes réalisant à eux seuls les conditions antihygiéniques les plus tuberculisantes. Combien sont différentes les conditions du gentleman qui, tuberculeux, frète son yacht, l'aménage le plus confortablement qu'il peut, puis le dirige où il veut, comme il veut et quand il veut ! Ce sont de tels faits (et il en est) qui sont probants quant à l'efficacité des voyages maritimes chez les tuberculeux, les tuberculeux apyrétiques, les tuberculeux insulaires, habitués de plus ou moins longue date à l'influence de l'air marin. Sans même invoquer ces faits exceptionnels, en raison des conditions de fortune qu'ils supposent, il faut, comme le fait remarquer si judicieusement M. Fonssagrives, « tenir compte des données nouvelles que les voyages libres, confortables, s'opérant dans des parages choisis et dans une bonne