‹ Leðcons de clinique mâedicaleChapitre 171 sur 282 · TRAITEMENT DE LA TOUX · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DE LA TOUX

En général, c'est la narcotisation qu'on emploie contre la toux, mais on l'emploie à des doses « assommantes ». Le malade, terrassé par 5 centigrammes, 10 centigrammes même d'extrait d'opium, ne tousse plus la nuit, c"est évident. Mais il se réveille le lendemain matin narcotisé encore, et il a perdu l'appétit, et il est plongé dans l'état nauséeux, et ses sueurs sont augmentées; vous avez commis une mauvaise action thérapeutique.

Ou encore, vous donnez la morphine à doses corrélatives. Puis, la tolérance s'établit; vous doublez la dose, vous la triplez, et vous faites de plus en plus mal.

Il est cependant bon d'employer l'opium, mais d'une certaine façon et en l'associant à quelque autre agent. Or, il est un antispasmodique par excellence, la belladone ; eh bien! c'est celuilà qu'il faut ici associer à l'opium.

A l'exemple de Trousseau, je donne l'opium à petites doses, et à plus petites doses encore la belladone ; attendu qu'on ne sait jamais jusqu'à quel point peut être portée la susceptibilité de certaines personnes à l'égard de ce dernier médicament. Pour l'opium d'ailleurs, l'inconvénient est mince ; un peu de narcotisme n'a rien d'effrayant ; au contraire, l'angine belladonique. les troubles de la vision, les vertiges, les hallucinations, forment un cortège passablement effrayant, et qui engage fortement votre responsabilité,

Je donne donc régulièrement contre la toux, qu'elle soit suivie ou non d'expectoration, d'abord une ou deux pilules contenant chacune 4 centigramme d'extrait d'opium et demi-centigramme d'extrait de belladone; puis, j'augmente la dose, s'il n'y a pas d'effet produit : ce qui est le pire qui puisse arriver, mais ce qui n'effraye pas les malades comme pourraient le faire des accidents belladoniques.

Eh bien! vous voyez se produire chez tous les malades un effet favorable plus ou moins complet. Laissez-moi vous parler tout de suite du n° :26, qui est arrivé ici dans un état déplorable H que la toux empêchait de dormir depuis près de trois mois. Hier, je lui ai fait donner deux des pilules eu question, et cette nuit il n'a presque pa« toussé, et il a dormi pour la première fois

dppui^ longtemps.

Je vous ai dit que, dans le cas d'expectoration, il y avait une autre indication, qui était de diminuer sinon de tarir la sécrétion de la muqueuse enflammée dans le voisinage des granulations ; or, on sait que les balsamiques ont cet effet. Je donne habituellement le sirop de Tolu associé au sirop de térébenthine à la dose de 30 grammes de chacun, et le résultat est également de diminuer la toux.

Jene suis pas arrêté ici par ce qu'on a dit de l'antagonisme de l'opium et de la belladone. Si l'opium rétrécit les pupilles que dilate la belladone, si l'un est l'antidote de l'autre, il ne s'ensuit pas que chacun de ces médicaments ne puisse, en cas de maladie, s'adresser à des éléments morbides différents. On a fait ici ce paralogisme qui consiste à conclure de l'homme sain à l'homme malade ; ou encore, ce qui est plus illogique, de la grenouille à l'homme ! de la grenouille en bonne santé à l'homme en état de maladie ! En réalité, la belladone s'adresse ici à l'élément spasmodique de la toux chez le tuberculeux, comme elle le fait chez le malade atteint de coqueluche.

Nous avions au n° 18 de la salle Saint-Charles une jeune tuberculeuse, âgée de vingt-deux ans, toussant depuis plus de six mois, ayant depuis quinze jours surtout de la dyspnée, de la perte des forces et de l'amaigrissement. Il y avait de l'anorexie, de la pesanteur d'estomac après le repas, et la nuit des quintes de toux très pénibles. Comme signes physiques, on trouvait de la submatité et de la respiration saccadée avec quelques craquements aux deux sommets. Le traitement, à l'entrée de la malade à l'hôpital, le 12 février, avait consisté en badigeonnages à la teinture d'iode aux deux sommets en arrière ; en macération de quassia amara sucrée avec du sirop d'écorce d'oranges amères ; je lui avais fait donner de plus 2 gouttes d'acide chlorhydrique dans deux cuillerées d'eau sucrée à la fin du repas; et enfin, contre la toux, 2 centigrammes d'extrait thébaïque en quatre pilules. Au bout de trois jours, la malade avait un peu plus d'appétit et digérait plus facilement; mais la toux persistait. Je fis ajouter un quart de centigramme d'extrait de belladone a chaque pilule d'extrait thébaïque, et la malade prit deux de ces pilules seulement, dont chacune contenait un demi-centigramme d'extrait

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