TRAITEMENT DE LA TOUX
thébaïque, et un quart de centigramme d'extrait de belladone. Au bout de trois jours, le 18 février, la malade toussait moins, respirait plus facilement, avait recouvré l'appétit et digérait bien. Le 1» mars, la malade a un peu toussé la nuit. Elle prend quatre des pilules en question au lieu de deux. Elle cesse presque de tousser et sort améliorée quant à son état général, sur ce motif qu'elle n'est pas assez bien nourrie à l'hôpital.
Chez un malade couché au n° 48 de la salle Saint-Paul, qui toussait beaucoup et quinteusement chaque nuit, je fis donner quatre de ces pilules contenant en réalité 2 centigrammes d'extrait thébaïque et 1 centigramme d'extrait de belladone; et le malade nous dit le matin avoir toussé tout autant. Le lendemain, il en prit six, il ne toussa pas, mais eut des nausées. A partir de ce jour, il ne prit plus que deux de ces pilules et continua à ne pas tousser jusque vers le milieu du mois de mai, 'où il quitta le service pour retourner dans son pays.
Ces pilules ne sont pas seulement.bonnes en cas de toux quinteuse provoquée par les granulations tuberculeuses, elles réussissent encore dans certains cas de bronchite chronique. Ainsi, chez un vieillard de soixante-dix-huit ans, atteint de catarrhe bronchique qui occasionnait, surtout la nuit, d'interminables quintes de toux, l'usage de pilules contenant 2 centigrammes et demi d'extrait thébaïque et moitié moins d'extrait de belladone produisait le môme effet sédatif. Chaque fois que ce malade se couchait le soir ou se réveillait la nuit avec des dispositions à tousser, il prenait une de ces pilules, la toux cessait et le repos de la nuit était assuré; le résultat de l'emploi de ces pilules fut même tel que la toux cessa pour tout l'été.
La toux des tuberculeux n'est pas toujours de môme origine Ils toussent pour rejeter le produit morbide dont la présence irrite les voies respiratoires, mais ils toussent aussi et vomissent ; or, ce sont là deux ordres de toux différents.
La première nous paraît fort naturelle ; nous l'entendons sans y prêter autrement d'attention. Si cependant qous examinerai 1011 n""lr- <h' production, nous voyous que l'irritation porte évi* demmenl sur des régions qu'animent des Qlets du pneumogastrique respiratoire, el retentit, de ces Qlets terminaux, sur des
3iO LKS TUBERCULEUX ET LES PHTH1SIUUES.
branches nerveuses d'origine toule différente, qui animent des muscles inspirateurs; d'où l'effort de toux, lequel est un effet protecteur dont l'expulsion du corps irritant est la cause finale.
Voyons maintenant la toux avec vomissement : pour être un peu plus complexe, le mécanisme n'en est pas moins à peu près le même. Des branches terminales du pneumogastrique sont également irritées, seulement ce ne sont plus celles qui animent la muqueuse bronchique, mais celles qui se rendent à la muqueuse de l'estomac devenue spécialement irritable. Et alors ce n'est plus un produit morbide qui joue le rôle de corps irritant, ce sont les aliments ingérés. Le résultat est d'ailleurs absolument le même ; c'est un effort de toux, et cet effort de toux, dans ce cas-ci comme dans l'autre, a pour effet d'amener le rejet du corps irritant. Tout à l'heure, le corps irritant siégeait dans les voies respiratoires, et il y avait expectoration ; maintenant il siège dans l'estomac, il y a vomissement. Tout à l'heure le corps rejeté était un produit morbide, l'acte était salutaire; maintenant le corps rejeté est l'aliment, et l'acte est éminemment malfaisant, puisqu'il tarit la source même de toute réparation.
On doit donc considérer cette toux des phthisiques comme une toux gastrique dont le point de départ primitif est dans l'estomac, et ne pas voir, comme quelques-uns, dans le rejet des aliments, le résultat purement mécanique d'un effort de toux ordinaire. Pour réfuter cette erreur, il suffit de citer des cas où une toux bien autrement quinteuse que celle des phthisiques ne produit pas de vomissements. Voyez l'asthmatique ! Est-ce que ses quintes de toux ne sont pas les plus violentes, on pourrait dire les plus odieuses, qu'on puisse voir ; et cependant jamais à leur suite on ne voit survenir de vomissements.
Au contraire, un phthisique mange, bientôt après, et sans douleur, il est pris d'un irrésistible besoin de tousser, mais en même temps qu'il tousse il rejette ses aliments; n'est-il pas rationnel dès lors de supposer que c'est à une irritation de la muqueuse stomacale qu'est due cette toux, analogue à la toux gastrique de certaines hystériques? Dans une autre maladie encore.
TRAITEMENT DES VOMISSEMENTS. ôil
on vomit en toussant et par le fait de la toux, dans la coqueluche (où l'on pourrait invoquer la violence des quintes) : en dehors de ces deux maladies, jamais la toux ne produit de vomissements; de sorte que, le cas échéant, on n'a plus qu'à faire le diagnostic entre elles deux.
Voilà donc une preuve pathologique que le vomissement n'est pas causé mécaniquement par la toux; voyons maintenant si nous n'en pourrons trouver aussi une preuve thérapeutique en vertu de l'axiome : Naturam morborum ostendunt curàtiônes. Si c'est l'état spécial d'irritabilité de la muqueuse gastrique qui amène le vomissement, on doit pouvoir, en modifiant cette sensibilité, faire cesser du même coup et la toux et le vomissement. Or, c'est précisément ce qui arrive.
Permettez-moi de vous rappeler le premier et le plus beau cas que vous ayez pu observer dans cet hôpital. Lorsque je pris le service, je trouvai, au n° 30 de la salle Saint-Charles, une jeune femme de vingt-trois ans qui, depuis trois ans, avait eu trois couches successives. A la suite de la première, elle avait commencé à tousser et à s'affaiblir, et de ses trois enfants un seul survivait. Actuellement, et ici je cite textuellement l'observation recueillie par un élève du service : « Son état de faiblesse l'a fait entrer le 9 novembre 1868 à l'hôpital; elle toussait alors beaucoup, crachait peu et jamais de sang. Depuis cette époque, la faiblesse et la maigreur ont été en augmentant; elle a été prise de troubles fonctionnels du côté des voies digestives. Elle a des maux d'estomac, elle ne digère pas et vomit ses aliments. »
Tel était l'état de cette femme, et voici quel devait être le raisonnement : il y a, chez certains tuberculeux, et [par le fait de leurs tubercules pulmonaires, une sorte d'équilibre instable dans le fonctionnement des nerfs pneumogastriques : irrités au voisinage des tubercules, ils sont irritables dans tout leur ressort fonctionnel, aussi bien dans le département stomacal que dans le cardiaque. De sorte que l'ébranlement du pneumogastrique stomacal par le contact des aliments est le point de départ d'un trouble dans l'acte fonctionnel du pneumogastrique respiratoire: d'où la toux par le repas, et, par la toux, le vomissement. 11 Importe donc, sans stupéfier le pneumogastrique stomacal.
d'en diminuer l'irritabilité et de la ramener à son niveau physiologique. Pour atteindre ce niveau physiologique, il suffit d'employer, en petite quantité, un stupéfiant rapidement absorbable et de le donner immédiatement avant l'ingestion des aliments. C'est ainsi que la malade prit une goutte de laudanum dans une petite cuillerée d'eau avant chaque repas.
Et pourquoi pas, je suppose, une pilule de morphine? Parce que d'abord, en employant un liquide, l'action est plus rapide ; parce qu'ensuite l'absorption ne nécessite pas un travail préalable de dissolution d'une pilule qui peut fatiguer cette muqueuse si impressionnable. Vous voyez que la forme pharmaceutique sous laquelle est administré le médicament n'est pas indifférente. D'ailleurs, tout autre médicament analogue produirait le même effet, et vous m'avez vu employer en pareille occurrence une solution de morphine de 1 milligramme pour 5 grammes d'eau.
Dès le premier jour de l'administration du laudanum, les vomissements furent définitivement suspendus et la douleur disparut avec eux. Mais, la gastralgie calmée, restait la dyspepsie qui fut traitée par un moyen emprunté à Trousseau. Voulezvous me permettre de vous raconter comment ce maître l'avait lui-même connu? Trousseau se trouvait un jour h table à côté d'un monsieur qui avait beaucoup voyagé, beaucoup vu et beaucoup retenu. Il vit avec surprise celui-ci prendre après son repas une cuillerée d'eau dans laquelle il avait versé une à deux gouttes d'un liquide tiré d'une petite fiole qu'il portait sur lui. Trousseau demanda aussitôt quelle était la nature de ce liquide et le but auquel il était destiné. Alors ce monsieur raconta que, affreusement dyspeptique, il avait reçu d'un empirique américain le conseil de prendre, après chacun de ses. repas, quelques gouttes d'esprit de sel dans un peu d'eau, et qu'il digérait parfaitement depuis qu'il avait adopté cette pratique. Trousseau se le tint pour dit et se promit d'essayer ce moyen aussitôt qu'il rencontrerait une dyspepsie caractérisée par cette forme particu • lière à laquelle on donne le nom de «pesanteur de l'estomac ».
La femme dont je vous parle prit donc 3 gouttes d'acide chlorhydrique dans trois cuillerées d'eau à la fin de chaque