TRAITEMENT : CURES LACTÉES
diète et cures qui conduisent au traitement par les huiles. Seulement les corps gras sont infiniment plus acceptables et mieux acceptés sous la forme de lait,, même fermenté, que sous la forme d'huile, même pourrie.
La diète lactée absolue — du lait et rien que du lait — n'est pas absolument de mise pour les tuberculeux; mais, ce qui leur est bon sans réserve, c'est le lait : le lait, s'ils le digèrent, sortant du pis, à la traite du matin comme à celle du soir; ou encore, le lait refroidi et cru, que certains estomacs supportent mieux que le lait tiède sortant du pis.
L'usage du lait d'ânesse est traditionnel en France pour les poitrines délicates — comme aussi pour les estomacs du même ordre; — tellement traditionnel même chez les tuberculeux, que la chose en devient presque sinistre, et qu'il vaut mieux, moralement, conseiller le lait de vache, lequel n'implique pas qu'on est « poitrinaire ».
J'ordonne beaucoup le lait, et j'aime autant le lait de vache, qu'on trouve partout, qui est plus nourrissant, et surtout moins solennel que celui d'ânesse. Si je suis forcé, par l'inaptitude digestive une fois démontrée pour le lait de vache, à recourir au lait d'ânesse, je mets en avant cette inaptitude même et non je ne sais quelle prétendue spécificité du lait d'ânesse pour les tuberculeux. Ainsi les apparences sont sauvées.
Le lait de chèvre, le lait de vache et celui de brebis sont des laits gras; le lait de jument, le lait d'ânesse et le lait de femme sont des laits sucrés. Ces derniers sont caractérisés par la petite quantité de leur beurre et l'abondance de leur sucre.
Le lait d'ânesse est médiocrement nourrissant, en raison de la faible quantité de principes solides qu'il contient.
Le lait de femme est celui qui présente le plus de variété dans les éléments qui le constituent.
En vérité, le meilleur lait est celui que les malades tolèrent le mieux, et pour lequel ils ont le plus d'appétence ou le moins de dégoût. Peut-être, suivant le conseil du professeur Fonssa grives, devrait-on préférer le lait de cfcèvre, à cause «1rs proportions considérables de beurre qu'il renferme. La sapidité du lait d'ânesse ,.| de jument est une condition de digestibilité facile; elle tient
aux quantités élevées de sucre que renferment ces deux laits. Il est des cas où le lait ne peut être digéré; il faut y renoncer. Il en est d'autres où il n'est que « pesant » à l'estomac ; il est bon alors d'y ajouter du sucre ou du sel. Le sel est préférable, parce qu'il n'émousse pas l'appétit. Il peut être introduit dans le lait directement, ou par l'intermédiaire de la femelle laitière. Cette dernière méthode est celle sur laquelle est fondé le traitement lacto-chloruré d'Amédée Latour. On prend une chèvre jeune et on lui donne une nourriture composée d'un tiers d'herbes vertes ou de racines sèches et de deux tiers de son ou de croûtes de pain additionnées de 12 ou 15 grammes de sel marin, quantité portée progressivement au maximum de 30 grammes. Le malade prend un litre de ce lait par jour, mais par petite quantité à la fois, et à de courts intervalles ; en outre, les viandes de bœuf ou de mouton, rôties ou grillées, doivent faire la base de son alimentation. La durée de ce traitement est de plusieurs mois. M. A. Latour en a obtenu les résultats les plus remarquables ; le plus merveilleux a été chez une malade qui lui était chère, et qui avait été « condamnée » par Andral, Chomel et Trousseau (1).
Je ne dirai pas grand'chose des cures de petit-lait, n'en ayant aucune expérience ; ce que j'en sais par lecture, c'est qu'on les a surtout utilisées en Suisse et en Allemagne depuis le' dernier siècle. Les médecins allemands préfèrent le petit-lait de brebis, parce que ce lait contient plus de sels que les autres. On l'administre à la température normale du lait, qui est de 38 degrés centigrades, à la dose de deux verres à jeun, et d'un troisième verre dans l'après-midi. La durée de la cure est d'un mois et demi à trois mois, pendant lesquels le malade est soumis à un régime spécial composé de viandes grasses, de végétaux herbacés, de compotes de fruits, de mets farineux ou sucrés en petite quantité, vin coupé d'eau, ni café ni spiritueux. C'est un régime d'engraissement, pour lutter sans doute contre la macilence tuberculeuse.
Les médecins allemands mélangent très volontiers les eaux sulfureuses au petit-lait.
(1) Voir plus haut, p. 9.