TRAITEMENT : CURES LACTÉES
Des Alpes au Rhin se trouvent de nombreuses stations pour la cure du petit-lait. Toutes sont situées dans des lieux pittoresques, un grand nombre avoisinent des eaux minérales sulfurées et ferrugineuses.
Les établissements de ce genre qui se voient en France sont peu nombreux et mal installés. Il serait cependant facile, suivant la remarque judicieuse de M. de Pietra-Santa, d'en fonder ou d'améliorer ceux qui existent déjà près de nos établissements thermaux, par exemple, en Auvergne, au Mont-Dore et àRoyat; aux Pyrénées, aux Eaux-Bonnes, à Amélie-les-Bains ; en Dauphiné, à Uriage ; en Savoie, à Aix, à Evian ; dans les Vosges, à Luxeuil, Bussang et Plombières.
J'ai souvent déjà parlé du koumys ; j'y reviens une dernière fois pour dire que les cures de koumys se font dans une grande partie de la Russie. On sait que le koumys est, au moins en Tartarie, du lait de jument fermenté ; que ce lait est très analogue au lait de femme et, comme lui, fortement sucré. Le koumys, qui résulte de sa fermentation, est un liquide d'un blanc bleuâtre, aigre, légèrement alcoolique et moussant fortement quand il est mis en bouteilles.
Ces cures ont habituellement lieu en mai ou en juin. Un certain nombre de Russes vont les faire chez les Baskirs,les Kirghiz et les Kalmoucks, pour les continuer même de retour chez eux.
Les doses sont proportionnées aux capacités stomacales des Russes, trois bouteilles par jour (il est vrai qu'il s'agit de koumys faible encore), deux le matin, une le soir après dîner. Du quatrième au huitième jour on ajoute une quatrième bouteille. Le huitième jour la cure est plus audacieuse ; c'est cinq bouteilles qu'on ingurgite, et cette fois il s'agit du koumys fort. On s'élève ainsi graduellement de cinq à huit bouteilles quotidiennes. 11 paraît que l'estomac (septentrional) tolère ces énormes masses de liquide, quand on les a progressivement augmentées.
Si l'on songe que le koumys contient une certaine quantité d'alcool, on comprend qu'une pareille cure ne soit pas seulement une cure lactée, mais une cure alcoolique ; et qu'elle produise une sorte d'ébriété, exhilarante môme, qui se termine souvenl parlo ^nmmoil dp l'ivresse. Il y a là évidemment excès. Cepen-
dant il paraît que les forces se relèvent et que l'embonpoint augmente. Les inconvénients de celte cure ébrieuse sont (on le conçoit du reste) les battements de cœur, les congestions vers la face, leshémorrhoïdes et môme les hémoptysies.
La tuberculisation à marche chronique apyrétique, et même celle qui s'accompagne d'éréthisme nerveux, mais sans fièvre, s'accommodent bien de ce traitement. De pareilles cures n'ont été faites et ne peuvent guère l'être que dans les steppes. Cependant on trouve actuellement installé aux environs d'Alger quel • que chose d'analogue (aux excès près ; car vraiment les doses que j'ai mentionnées tout à l'heure me paraissent excéder la raison comme les aptitudes digestives de mes compatriotes).
Suivant M. Landowski, le koumys rétablirait le sommeil, calmerait la fièvre, diminuerait la toux, modifierait les crachats, qui de purulents deviendraient peu à peu simplement muqueux, arrêterait même ou diminuerait les vomissements.
Ce que j'en sais d'expérience personnelle, c'est que chez certains malades, qui ne peuvent absolument pas supporter l'huile de foie de morue, le koumys est un excellent médicament. Je le conseille à la dose de trois ou quatre verres par jour : verres à bordeaux d'abord, verres ordinaires ensuite (il s'agit d'estomacs français). Je n'ai jamais dépassé, ni essayé de le faire, une bouteille à une bouteille et demie par jour, et j'en ai obtenu des résultats parfois remarquables, entre autres chez une jeune dame de Rouen, tuberculeuse arrivant à la phthisie, chez laquelle le koumys contribua à restaurer les forces, comme les lotions fraîches rapidement pratiquées à supprimer les sueurs et à faire disparaître la fièvre.
L'usage des analeptiques gras est probablement dérivé de l'idée antithétique d'opposer le gras au maigre, de lutter par les substances adipeuses contre l'émaciation tuberculeuse. Mais encore faut-il que, pour une pareille médication, l'estomac consente. Le type de ces médicaments antagonistes de la maigreur est l'huile de foie de morue. Elle n'est acceptée que dans la période initiale et dans les formes apyrétiques de la maladie tuberculeuse.
A côté de l'huile de foie de morue se groupent les huiles de