SOIXANTE-CINQUIÈME LEÇON
Traitement des formes de la tuberculisation pulmûxNatre. — Formes traitables et formes intraitables. — Rôle considérable de l'hygiène dans les premières. — Utilité de la révulsion locale, même sanglante. — Énergie thérapeutique et ses bons effets, même en cas de pneumonie caséeuse. — Les formes intraitables sont la phthisie chronique fébrile continue, la phthisie galopante et la phthisie aiguë.
Messieurs
Il y a les formes traitables (je ne dis pas « curables »), et les formes intraitables.
Voyons d'abord ce qu'il en est des premières.
En tôle de celles-ci se place la tuberculisation hypérémique sans fièvre, avec intégrité de l'appareil digestif.
Tout ce que je vous ai dit de général sur le traitement des tuberculeux s'applique principalement à la tuberculisation hypérémique sans fièvre, avec intégrité des fonctions digestives ; laquelle (je ne saurais trop le répéter) est heureusement de beaucoup la plus fréquente dans la pratique de la ville. Et c'est ce que je voudrais qui ressortit de ces leçons destinées à compléter, et surtout à rectifier les notions recueillies à l'hôpital. C'est dans celte forme que l'hygiène a une si grande influence; dans cette forme aussi que l'hydrothérapie et le fonctionnement régulier de la peau jouent un rôle si important, et qu'enfin la révulsion < --I si efficace.
11 faut considérer, en effet, que la tuberculisation hypérémique sans fièvre reste longtemps, anatomiquement et fonctionnelle ment, à la période de « tuberculisation commençante » . Ainsi te] individu que je pourrais citer a, depuis dix ans ei davantage, sa tuberculisation pulmonaire au degré où on l'obsefte ches tel autre au bout d'un mois. Je vois, par exemple. aT6C un des niédeeins (es
plus distingués de Paris, ledoCtenrJ.Worm9,unedaraede (renie-
quatre ans, qui s'est tuberculisée à la suite et par le fait des privations du siège de Paris. Sa première hémoptysie date du commencement de 1871, et aujourd'hui, en 1879, huit ans après le début de cette affection, on ne trouve que quelques craquements humides dans le quart supérieur du poumon gauche, avec un peu de souffle, des froissements pleuraux et quelques rares craquements secs dans la fosse sus-épineuse droite. Dans les huit années qui se sont écoulées, cette dame a eu de nombreuses et parfois formidables hémoptysies ; hémoptysies abondantes à ce point qu'elles produisaient des lipothymies.
Eh bien, malgré huit années écoulées, malgré les hémoptysies, cependant la maladie est, comme je viens de le dire, excessivement peu étendue; de telle sorte qu'enfin le médecin qui la soigne, étonné de la marche d'une pareille affection, qu'il avait jugée d'abord et avec raison d'origine tuberculeuse, se demandait s'il n'avait pas affaire à des hémoptysies d'origine cardiaque et s'il ne s'était pas trompé dans le jugement qu'il avait porté primitivement sur la nature du mal (c'est précisément pourquoi j'étais consulté).
En réalité, cette dame est bel et bien tuberculeuse, mais tuberculeuse sous la forme hypérémique sans fièvre; tuberculeuse avec intégrité absolue de l'appareil digestif; tuberculeuse avec conservation d'un certain embonpoint ; tuberculeuse qui dirige sa maison, va dans le monde et y brille par ses talents de musicienne.
J'ajoute maintenant, quant au traitement, qu'il n'a pas été indifférent à la marche si remarquablement lente de l'affection ; le médecin ayant, lorsqu'il le fallait, fait de la révulsion par les vésicatoires volants, et ayant eu surtout l'extrême bon sens de très peu médicamenter sa malade; ne lui donnant guère, lorsqu'il le jugeait convenable, que de petites doses d'arsenic pendant une quinzaine de jours par mois, la nourrissant bien et se gardant de la séquestrer.
C'est dans ces cas également que des pointes de feu, par la cautérisation ponctuée très superficielle, rendent de réels services ; ou encore qu'un exutoire, appliqué au bras et entretenu indéfiniment, est des plus salutaires.