ACCIDENTS ÉCLAMPTIQUES
rique non perdu. En d'autres termes, cet organisme, qui faisait ta calorique de partout, par suite de son intégrité générale, en perdant moins, il y avait eu emmagasinement de calorique. Il ne faut donc pas dire que ces individus font plus de chaleur, mais qu'ils en perdent moins, et ainsi s'explique l'élévation de la température aux derniers instants de la vie chez les individus qui succombent asphyxiés par suite d'éclampsie, de tétanos ou d'accidents nerveux, qui saisissent l'organisme en plein état d'intégrité (1).
Ce qu'il y a surtout d'intéressant dans l'examen anatomique de cette femme, c'est la lésion rénale. Il y avait maladie de Bright confirmée. Les reins étaient peu volumineux et très anémiques; la substance corticale présentait l'aspect de la chair d'anguille ou du veau cuit, tandis que les pyramides étaient encore assez hypérémiées (2). Or, cette néphrite parenchymateuse incontestable, et déjà très avancée/avait à peine mis quelques semaines pour se produire. Et cela chez une jeune fille robuste, pléthorique de fondation, chez laquelle à la pléthore constitutionnelle s'était ajoutée la pléthore gravidique. Ne voit-on pas que des émissions sanguines bien dirigées auraient pu préserver cet organisme si valide de la congestion rénale, toute physique à son début ; mais qui, par une succession de phénomènes des plus intéressants, va de la filtration purement physique du sérum (ou sérumurie) à la lésion anatomique définitive et irrémédiable de la néphrite parenchymateuse?
Il existait à la périphérie des hémisphères du cerveau une congestion telle que, pour beaucoup d'assistants (parmi lesquels se trouvaient des internes fort instruits), il s'agissait là d'une hémorrhagie méningée, et cependant ce n'était qu'une énorme congestion avec dilatation des vaisseaux et coagulation du sang
(1) Voir, plus loin, la leçon LXXXV, sur les Températures morbides excessives.
(2) Voir plus loin, parsim (et plus particulièrement, les leçons LXX, LXXI. LXXII et LXXIII), la relation entre la pléthore gravidique générale el la pléthore rénale, d'une part; puis, d'autre pari, la relation entre cette pléthore rénale ft la sérumurie de la grossesse, laquelle peut engendrer l'iiriiiéinic, cuise de L'éclampaie puerpérale; comme aussi (leçon LXXIII) la relation entre cette pléthore rénale persistante et la maladie de Bright définitive.
614 LES MALADIES PUERPÉRALES.
dans quelques-uns de ces vaisseaux dilatés. Ainsi, hypérémie voisine de l'hémorrhagie méningée, et contracture pendant la vie : ces deux faits sont connexes.
Nous trouvâmes dans les deux corps striés de petits foyers d'apoplexie capillaire; en ces points, les vaisseaux avaient dû se rompre sous l'influence de la pression excessive à laquelle ils avaient été soumis.
Quant au bulbe, il était hypérémie ; mais l'hypérémie y était moindre assurément que dans la totalité des hémisphères et de la partie centrale du cerveau. Voilà sommairement ce que nous a présenté de saillant l'autopsie.
Mais les reins étaient brightiques, mais il y avait infiltration des membres inférieurs, mais l'urine examinée par la chaleur et par l'acide nitrique décelait d'épais flocons d'albumine. 11 y avait une albuminurie considérable. En examinant les dépôts de l'urine au microscope, on y trouvait un assez grand nombre de globules de sang (notez le fait, vous en verrez dans une prochaine conférence l'importance doctrinale) — comme aussi des cellules épithéliales desquamées et de nombreux cylindres granuleux. En résumé donc, notre éclamptique avait eu une maladie de Bright d'origine puerpérale.
La malade qui entra en second lieu était couchée au n° 4 de notre salle Sainte-Marguerite. C'était une primipare, âgée de vingt et un ans. Elle aussi fut prise la nuit d'accidents convulsifs, pour lesquels on eut l'idée de lui appliquer un vaste vésicatoire dans le dos. Toutes les théories thérapeutiques sont possibles, mais j'avoue ne pas comprendre celle-là. Il est vrai que, pour cette malade, l'idée de pratiquer une saignée ne devait guère venir à l'esprit : elle était très pâle ; elle avait de l'infiltration de la face, de la suffusion des paupières.
De temps à autre, au moment de son admission, la malade était secouée par les convulsions de l'éclampsie. Revenue à elle, elle était assez maussade, ne voulait pas qu'on la tourmentât et témoignait brièvement de son déplaisir par une énergique formule à la Gambronne ; si l'on en croit la religieuse, ce n'était pas le langage habituel de la clame. Il y avait donc là un véritable trouble psychique; de sorte que cette femme n'avait pas seule-