ACCIDENTS ÉCLAMPTIQUES
ment de l'épilepsie, mais du coma et du délire; de sorte enfin qu'elle présentait à elle seule les trois types de l'urinémie.
Malgré son état d'anémie brightique, je lui fis appliquer quelques sangsues aux apophyses mastoïdes, trois de chaque côté, et une amélioration momentanée s'ensuivit; aussi lorsque quelques heures après, son mari vint la voir, la trouva-t-il causant d'une façon pertinente, et très réjouie de sa visite ; mais dès que son mari la quitta, la raison sembla s'en aller avec lui. Dans l'intervalle, pendant la nuit du 12 au 4 3, la malade avait accouché spontanément d'un enfant mort. Elle succomba dans la journée. Le mieux-être qui s'était manifesté quelque temps avant la mort de la malade semblait donc dû à la déplétion sanguine. Cependant nous avions encore une mort à déplorer, en dépit d'une méthode thérapeutique que je crois être la meilleure. A l'autopsie, nous avons trouvé des lésions rénales, des lésions pulmonaires moins prononcées et des lésions viscérales diverses. Les reins, atteints de néphrite parenchymateuse, étaient augmentés de volume; il y avait anémie de la substance corticale et hypérémie des pyramides, surtout vers leur sommet; c'était la troisième forme anatomique décrite par Rayer. L'injection, en de certains points, était même telle, que les veines y étaient distendues par des caillots noirâtres ; par conséquent, là encore, il y avait incontestablement de l'hypérémie, ce qui permet de supposer par induction qu'il y a quinze jours peut-être, au lieu «run mélange d'anémie et d'hypérémie, c'était une hypérémie généralisée qui existait.
Les centres nerveux étaient anémiés ; les vaisseaux y étaient pour la plupart vides de sang. Le bulbe ne présentait rien de frappant; on n'y distinguait ni anémie, ni hypérémie prononcée. L'utérus n'offrait rien de particulier.
11 y a, dans ces deux cas, pour toutes les théories : pour celle
de l'anémie cérébrale, comme pour celle de l'hypérémie, au
point de vue pathogénique de l'éclampsic.
Mais revenons au traitement de celle-ci, et laissez-moi vous
aaler d'autres faits <>ù la méthode des émissions sanguines a
moins impuissante, si nous n'avons pas réussi dans les. deux
que je viens de raconter, peut-être l'insuccès e>t-ii dû à ce
que le traitement avait été trop tardivement mis en œuvre, peutêtre à ce que les lésions dataient de trop loin. Yoici d'abord un fait qui a eu pour témoin un médecin très répandu de Paris.
Un jour, on sonnait violemment à ma porte, comme il est habituel pour les cas de grande urgence, et l'on me suppliait de voler au secours d'une dame qui se mourait d'attaques convulsives. En effet, je trouvai dans un salon, couchée sur le parquet, une dame, belle et robuste jeune femme, en proie aux attaques d'épilepsie les plus hideuses et les plus violentes que j'aie jamais vues ; la face était tuméfiée; la langue, sortie de la bouche, portait la trace de morsures; la peau était couverte de sueur. L'état de mal durait depuis deux heures. La malade, grosse de cinq mois , était fortement albuminurique, ainsi que l'indiquait l'infiltration des jambes, non moins que l'examen des urines.
Il s'agissait d'une deuxième grossesse, et la dame, d'un tempérament sanguin, était, sa fortune le permettant, parfaitement nourrie.
Elle était d'origine demi-anglaise; près d'elle se tenait sa mère, qui, elle, était Anglaise tout à fait. Vous savez qu'en Angleterre, comme en France, la théorie de l'anémie est à la mode ; aussi, lorsque je proposai la saignée, la mère s'empressa-t-elle de se récrier, en me disant que cela ne se faisait plus. Je chloroformai donc pendant trois quarts d'heure sans succès. Alors un vieux médecin, prévenu en même temps que moi, arriva. Il vit immédiatement ce à quoi nous avions affaire et me dit incontinent : « Mais si nous faisions une saignée? » Il prêchait un converti, et je lui racontai la façon dont j'avais été reçu. Forts désormais, ayant le nombre pour nous, notre ultimatum fut que nous allions saigner ou partir. La vieille Anglaise s'inclina parlementairement. La saignée fut donc faite, et aussitôt la malade, qui, depuis près de trois heures, avait des attaques d'éclampsie continuelles, que j'avais chloroformée inutilement pendant trois quarts d'heure, la malade commença à parler. Quelques jours plus tard, elle accoucha d'un enfant mort ; et, comme il était dans l'ordre, la famille ne manqua pas de nous attribuer la mort de l'enfant. Ainsi, impuissance absolue des anesthésiques, puis-