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L'ÉCLAMPSIE ET LA SAIGNÉE

sance certaine et rapide de la saignée, voilà ce qui résulte de cette première observation.

Voici maintenant un fait historique dont un grand nombre de personnes compétentes peuvent témoigner :

Il y a quelques années, je faisais un intérim à l'hôpital de la Pitié, et j'avais pour interne un jeune homme de Lausanne (1). Cet élève venait d'avoir une scarlatine très légère et telle qu'il n'avait gardé la chambre que quarante-huit heures ; il ne tint compte de mes observations ni de mes conseils, et reprit son service immédiatement. Cependant, un matin, dans le décours de sa scarlatine, il se plaignit à moi de mal de tête, et je dis à son compatriote Reverdin, dont vous connaissez les travaux et la valeur : «Si le mal de tête persiste dans la journée, ne manquez pas de lui ouvrir la veine.» La figure de Reverdin n'aurait pas pris une autre expression s'il avait été persuadé que j'étais devenu subitement fou. Mais, à trois heures de l'après-midi de ce même jour, on vint en toute hâte me chercher pour aller au secours de mon malheureux interne, qui, depuis trois heures déjà, était en état de mal éclamptique. Comme il était excessivement robuste, la maladie avait pris des proportions excessives, justifiant l'adage : Oplimis pessùna corrupiio.

J'arrivai au bout d'une demi-heure; le long de l'escalier se trouvait, sur mon passage, tout un chapelet d'internes (entre autres M. Pozzi, actuellement brillant agrégé de notre Ecole) ; chacun d'eux considérait comme perdu son malheureux camarade ; et chacun, à ma question : «Pourquoi ne l'avez-vous pas saigné?» répondait par un mouvement d'épaules ou par des paroles énergiquement significatives, voulanl dire que désormais tout serait bien inutile. Aussi L'aumônier, plein de zèle, administrait-il déjà mon interne, un protestant qui ne protestait pas.

Comme ce Lausannois avait été l'interne d'un des médecins les plus distingués de notre époque, professeur delà Faculté, celuici, immédiatement prévenu, s'étail empressé d'accourir; mais il portail le môme pronostic que tous les internes et déclarait le cas désespéré.

(i) Aoluellemenl Le docteur Challand, homme de la plue b$lle santé.

Alors, dans l'embrasure d'une fenêtre, je disais à ce maître : « Si on le saignait? — Mon Dieu, me fut-il répliqué, nous n'avons le droit de rien refuser au malade dans cette situation suprême.» Je saignai donc et dans les conditions les plus difficiles : l'interne, en se débattant, était tombé de son lit, et quatre de ses collègues le maintenaient parterre à grand'peine, luttant contre ses violentes et continuelles convulsions. Je mis un genou en terre et fis couler dans une cuvette 1 200 grammes de sang; mais si l'on y ajoute ce qui s'était échappé de divers côtés dans les mouvements du malade, la quantité de sang enlevée s'élevait bien à 1 500 grammes. A peine la saignée était-elle finie (il était alors cinq heures du soir), que le malade proféra le mot de « Papa», le premier qui fût sorti de sa bouche depuis qu'il était en état d'éclampsie. Quelque temps après, il se mit à dire : Tiens, il fait nuit. Et il faisait encore grand jour! Je craignis un instant de ne l'avoir empêché de mourir que pour le faire vivre aveugle ; sans doute il s'était formé des dépôts albumino-fibrineux dans la rétine. Une demi-heure après, il avait cessé d'être amaurotique et n'était plus quhémiopique. Pendant la soirée, on continua la méthode dérivative par l'administration de l'émétique en lavage. Le lendemain matin, le malade était pâle, mais demandait à manger. Gomme il était très fortement albuminurique, on continua le traitement par l'emploi du lait et des huîtres. Au bout de cinq ou six jours, il était guéri. Ainsi ce malade qui avait été déclaré perdu par tous les internes d'un hôpital, par un professeur de notre Ecole, avait été sauvé par la saignée.

Encore un fait historique, dont beaucoup d'entre vous ont pu être témoins Un jour, vers dix heures du matin, je me trouvais dans un service de clinique de la Faculté, à la Charité, où il y avait une femme récemment accouchée, albuminurique et qui, depuis quatre heures et demie du soir (depuis près de dix-sept heures!) était en état de mal éclamptique. Aussi jamais face ne fut-elle plus hideuse. Le pouls était tellement rapide, l'asphyxie tellement prononcée, que l'on avait porté ce jugement : « Il n'y a plus qu'à lui jeter le drap sur le visage. » Le chef de clinique me demanda ce que je pensais du cas, «Quel traitement a-t-on em-

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ployé? — Mais rien : c'est Y anémie du bulbe! — Eh bien ! si vous considérez la malade comme perdue, que n'essayez-vous la saignée? » En m'entendant, la religieuse, qui me connaissait, me pria de laisser mourir en paix la pauvre femme. Sur mes conseils, on pratiqua néanmoins la saignée, et l'on retira un peu plus de 500 grammes de sang. Alors cette femme, qui, depuis près de dix-sept heures, était en état de mal, porta la main à son front ; c'était le premier acte conscient qu'elle eût accompli depuis la veille au soir. On continua la méthode antiphlogistique par l'émétique en lavage, et, le lendemain matin, les élèves retrouvaient bien portante cette femme que la veille le professeur de clinique, grand adepte de l'anémie, avait condamnée. Elle aussi était albuminurique; elle était accouchée depuis une dizaine de jours ; c'était une éclampsie puerpérale. Quinze jours plus tard, elle partait guérie.

Ainsi donc, si la saignée a été insuffisante dans deux cas, je puis vous en citer trois autres (dont deux qui ont eu les témoins les plus nombreux et les plus compétents), qui sont absolument probants, quant à l'efficacité de la saignée.

Dans la prochaine conférence, j'aborderai la question pathogénique de l'éclampsie puerpérale.

620 LES MALADIES PUERPERALES.

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