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ANÉMIE DES FEMMES ENCEINTES

en état de grossesse, et ils ont trouvé les chiffres que je vais vous dire; étant donné que la quantité moyenne ou normale de globules chez la femme soit de 427 pour 1 000, ils ont recherché si chez la femme grosse ce chiffre moyen était atteint. .

Eh bien! sur ces trente-quatre femmes enceintes, l'une avait 1-45 de globules ; elle était loin, celle-là, de l'anémie ; une autre avait 127, ce qui la mettait en règle avec la moyenne; six autres avaient de 125 à 120, ce qui n'est pas encore très éloigné de 127; enfin vingt-six avaient de 120 à 95. Donc, à la rigueur, en s'en tenant à ces nombres, il se trouverait qu'un quart des femmes grosses échappe à l'anémie, attendu qu'il n'est guère possible d'admettre qu'une femme qui a 120 de globules soit bien malade parce qu'elle diffère de 7 millièmes de globules de celle qui a le chiffre moyen, dit normal. Ainsi, l'anémie des femmes grosses n'est ni aussi générale ni aussi prononcée qu'on l'a dit, et les analyses physiologiques, qui montraient que vingt-six femmes grosses sur trente-quatre ne possédaient pas la moyenne de globules, n'autorisaient nullement les accoucheurs à conclure que toutes les femmes grosses étaient anémiques.

Maintenant, pour prouver que ces vingt-six femmes grosses étaient anémiques de par leur grossesse, il aurait fallu que leur sang fût analysé avant la conception, puis après l'accouchement, et cela non pas une fois, mais plusieurs. Or, c'est ce qui n'a pas été fait. De sorte qu'on ignore absolument si, chez ces vingt-six femmes, le chiffre qu'on a trouvé n'était pas celui qu'elles avaient habituellement.

Notons d'ailleurs que les femmes grosses dont on a ainsi analysé le sang étaient non pas des femmes riches et richement nourries, des femmes placées dans le milieu salubre de la campagne ; mais de pauvres habitantes d'une grande ville, des femmes d'hôpital, quelques-unes filles-mères, cachant plus ou moins leur grossesse clandestine, source pour elles de honte, de misère et de dépérissement. Notez cela, et vous conclurez avec moi qu'il eût été de la plus simple logique de ne pas conclure <!c ces femmes pauvres aux femmes riches, de ces femmes de l'hôpital à celles de la ville, de ces femmes de la ville à celles de l,i campagne. MM. Amiral ci Gavarrel n'étaient pas capables

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d'un semblable paralogisme ; ils ont publié leurs analyses et se sont arrêtés là. Les coupables sont les médecins qui, méprisant la tradition, s'autorisant d'analyses trop peu nombreuses el faites dans des conditions trop spéciales pour être généralisées, rejetèrent brusquement les idées jusque-là reçues, disant anémie là où l'on avait dit « pléthore », et modifièrent d'une façon fondamentale la thérapeutique de la femme grosse.

De son côté, le professeur Regnault a fait vingt -cinq analyses du sang chez la femme grosse, et il résulte de ses recherches que, chez les femmes examinées vers la fin de leur grossesse, le saug est moins riche en globules, moins riche aussi en albumine (nous verrons s'il n'y aurait pas là le résultat d'une sérumurie latente ou méconnue). Les chiffres moyens de globules seraient 117, i dans les cinq ou six premiers mois de la gestation, 101,4 seulement vers la fin de celle-ci.

Ainsi les analyses de M. Regnault concorderaient avec celles de MM. Andral et Gavarret, relativement à l'anémie par qualité; mais l'anémie par quantité reste entière à démontrer ; or, nous allons voir à l'instant si le contraire n'est pas réalisé et si là n'est pas le nœud de la question, comme aussi le péril.

Becquerel et Rodier ont fait sept analyses du sang chez la femme grosse. « Six de ces sept femmes, disent les auteurs, avaient une excellente santé. » Ce qui prouve au moins qu'on peut se très bien porter en dépit de l'anémie certifiée par l'analyse chimique.

La composition moyenne de leur sang était de 111,8 de globules (avec un maximum de 427,1 et un minimum de 87,7). La déglobulation du sang n'était pas, on le voit, des plus considé râbles.

Mais ce qu'il y a peut-être de plus intéressant dans le travail de Becquerel et Rodier, c'est la phrase que voici : « Toutes ces femmes n'ont été saignées que parce qu'elles en sentaient le besoin et qu'il existait un véritable état pléthorique indiquant positivement l'émission sanguine. »

Il y a là une apparente contradiction dans les termes; je dis «apparente », et vous l'allez bien voir. En effet, et le dilemme est inévitable, — si toutes ces femmes saignées ne l'ont été que

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