ANÉMIQUES PAR QUALITÉ, PLÉTHORIQUES PAR QUANTITÉ
parce qu'elles présentaient des accidents de pléthore, c'est donc qu'elles n'étaient pas anémiques ; ou si elles étaient anémiques de par l'analyse chimique de leur sang, c'est donc que ces anémiques-là peuvent présenter des phénomènes de pléthore ; mais si oui (ce que je suis bien loin de nier), ne s'ensuit-il pas qu'il faut traiter même les anémiques de cette sorte par le traitement de la pléthore ?
En réalité, ce n'est pas a pléthore» qu'ont voulu et auraient dû dire les auteurs que je discute, mais congestion, et, en fait, ces anémiques-là peuvent avoir et ont des congestions, voire même des phlegmasies, tout comme et plus que d'autres; congestions et phlegmasies qu'il importe de traiter plus activement et plus vivement que d'autres, en raison de X activité et de la rapidité de leur processus ; de traiter même et surtout par la méthode antiphlogistique, mais proportionnée à l'état actuel de leur organisme et de leur sang.
C'était là, s'inspirant des faits cliniques non moins que de la raison, la seule conclusion doctrinale à tirer des expériences physiologiques.
Ainsi se comprennent alors et les faits quotidiennement observés, et les assertions invariables des auteurs qui ont précède l'ère contemporaine, faits qui démontrent, assertions qui affirment la pléthore par quantité chez la femme grosse. « Pléthore lymphatique », disaient ceux-ci; «pléthore séreuse », dirai-je avec les partisans de l'anémie, et c'est la seule concession que je puisse leur faire — mais pléthore, ou mieux congestion. Eh ! si vous ne voulez pas admettre des congestions par un sang riche, admettez au moins des congestions par un sang pauvre. Or, voyez-vous d'ici en quoi le péril est moins grand, parce qu'il y a congestion d'un organe important par du sang qui n'a que 111 globules en moyenne, au lieu d'en avoir 127 ! Il serait puéril d'insister.
Donc il y a, ou il peut y avoir, chez la femme enceinte, con-
lion (par un sang séreux, diront les contemporains, et cela
m'est, bien égal). Mais congestion dupoumont d'où lf cràchemenl
• le lang; congestion du foie, d'où L'ictère, ci un ictère grave
parfois; congestion des rèinty d'où la sérumurie, Là est le péril,
636 LES MALADIES PUERPÉRALES.
parce que là est le trouble fonctionnel, instant, profond et compromettant à bref délai l'organisme.
Maintenant faut-il, et peut-on prévoir et prévenir ces congestions d'un sang même moins riche en globules? Le problème clinique est là tout entier.
Ce qui revient à dire, relativement à notre sujet de l'éclampsie puerpérale : 1° peut-on prévoir les accidents de l'éclampsie? 2° peut-on les prévenir, et comment?
Et d'abord, relativement à la première question, la solution est des plus faciles ; examinez les urines de toute femme enceinte, et si, vers le cinquième mois de la grossesse, vous y trouvez de l'albumine, c'est-à-dire du sérum (car la seule chose que vous puissiez constater dans le pissement du sérum, c'est la coagulation de l'albumine), prenez garde aux symptômes que je vais vous signaler.
11 peut y avoir de la céphalalgie ; et la céphalalgie de la femme grosse qui pisse du sérum est excessivement douloureuse ; elle siège le plus souvent à la partie inférieure du crâne, très rarement à l'occiput ; fugitive d'abord, apparaissant à certains moments de la journée, elle devient bientôt persistante; c'était le cas de notre seconde malade. Malheur aux femmes chez qui cette céphalalgie devient ainsi persistante ! Puis survient un autre phénomène : ce sont des troubles de la vue. L'interne dont je vous ai parlé, ce Lausannois, avait de la céphalalgie, et cette céphalalgie a précédé de quelques heures seulement son affreuse attaque d'éclampsie ; il n'était pas grosse, assurément, mais qu'importe? Il était urinémique, et l'urinémie scarlatineuse provoque les mêmes accidents que l'urinémie puerpérale.
Après la céphalalgie apparaissent ordinairement ces troubles de la vue que je viens de signaler et qui consistent dans une difficulté de voir nettement les contours des objets ; le malade veut-il lire, il est incapable de le faire plus de quelques minutes ; bientôt les lignes se troublent, se superposent, s'enchevêtrent; et, si le malheureux persiste, la nausée survient qui l'empêche ; il voit des taches colorées de toutes les teintes de l'irisation ; puis bientôt les troubles de la vue sont remplacés par d'autres plus significatifs encore ; le malade devient amblyopique, hémio-