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PEUT-ON PREVOIR L ECLAMPSIE

pique, amaurotique : rappelez-vous encore mon Lausannois, et alors l'attaque d'éclampsie n'est pas loin.

L'ophthalmoscope ne démontre rien, mais l'examen de ce que j'ai appelé « l'œil externe » (1) en apprend davantage. Les milieux transparents de l'œil sont à l'état normal. Jl n'y a pas sur la rétine de dépôt albumino-fibrineux, comme on en constate dans la maladie de Bright. D'où cette conclusion très vraisemblable, que c'est dans les centres nerveux que se produisent ces lésions matérielles que vous ne découvrez pas clans la rétine, mais que vous pouvez rencontrer plus tard, si vous n'avez rien fait pour en prévenir la venue. Au contraire, avec un peu d'attention, vous distinguerez souvent un peu de suffusion séreuse de la conjonctive oculaire, surtout dans le sillon oculo-palpébral ; parfois, chez certaines femmes qui ont de l'albumine dans les urines, on peut observer cette suffusion séreuse de la conjonctive oculaire sans suffusion des paupières.

Indépendamment de ces deux phénomènes prémonitoires, la céphalalgie et les troubles visuels, il y en a d'autres qui ne sont pas moins probants et qui précèdent de très peu l'attaque d'éclampsie : c'est la douleur épigastrique, comparée par les malades à la pression violente que pourrait exercer un corps de médiocre volume appliqué sur le creux épigastrique. Alors la douleur est si violente, que les malades poussent quelquefois des cris. Je me demande si cette douleur, qui est rapportée à un trouble fonctionnel du plexus solaire, n'est pas une sorte d'aura ayant pour siège le pneumogastrique ; et ce qui me fait croire que c'est du côté du pneumogastrique que siège le mal, c'est qu'un autre symptôme prémonitoire de l'éclampsie, dont je vous parlerai, moins fréquent, mais très significatif, est la dyspnée, laquelle accompagne l'anxiété. Chez certaines femmes, c'est l'anxiété épigastrique qui apparaît la première ; chez d'autres, la dyspnée. Une théorie vraisemblable attribue l'attaque d'éclampsie a une anémie momentanée du bulbe ; mais, chez la femme grosse, je crois que l'ischémie du bulbe a lieu par contraction vasculaire et non par anémie vraie. C'est là un fait qui se produit chez les

(I, Voir. *. 1er, |eç0I] xvil.

638 LES MALADIES PUERPÉRALES.

individus dont le sang est le plus normal. Mais les pneumogastriques ont dans le bulbe leur origine, apparente au moins ; ils sont nourris par les vaisseaux qui se rendent au bulbe. Si donc enfin il y a ischémie du bulbe, il doit y avoir ischémie des pneumogastriques. Quoi qu'il en soit de cette explication, elle offre au moins l'avantage de rappeler à votre esprit, en les associant physiologiquement, ces deux phénomènes prémonitoires, la dyspnée et l'anxiété épigastrique.

Un quatrième symptôme important est le vomissement (phénomène relevant encore du pneumogastrique offensé). Souvent les femmes qui vont avoir une attaque d'éclampsie vomissent quelques jours auparavant de la bile, des aliments, alors qu'elles oui cessé d'avoir les vomissements du commencement delà grossesse.

Ainsi, messieurs, recherchez avec soin la sérumurie et redoutez l'éclampsie chez les femmes qui, arrivées au cinquième ou au sixième mois de leur grossesse, ont de la céphalalgie, des troubles visuels, de la dyspnée, de l'anxiété, des vomissements; redoutez-la plus justement encore s'il y a obtusion de l'intelligence, changement de caractère, insomnie ou sommeil comateux, vertiges ou agitation.

J'ai essayé de vous faire comprendre comment l'urinémie de la femme grosse était la déviation d'un fait physiologique ; mais vous pourriez m'accuser de partialité en faveur de ma thèse, si j'omettais de vous signaler les causes classiques de l'éclampsie puerpérale ; je le ferai dans la prochaine leçon, et j'arriverai naturellement ainsi à traiter cette seconde question : Peut-on prévenir l'éclampsie ?

CAUSES CLASSIQUES DE i/liCLAMPSIE. 639

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