JUSTIFICATION PHYSIOLOGIQUE DE LA SERUMURIE
ne peut donc devenir de l'urine que par la résorption de l'albumine : c'est là le rôle des tubes urinifères. Dans leurs circonvolutions nombreuses, qui multiplient les contacts, leur épithélium (qui est clair et transparent, et non granuleux comme celui des culs-de-sac sécréteurs des glandes) résorbe l'albumine. Et alors le liquide qui sort de ces tubes est définitivement du sérum du sang moins de l'albumine, c'est-à-dire l'urine telle que nous la connaissons.
A l'appui, Kiiss fait voir que la pression vasculaire est au maximum dans le glomérule du rein, tandis qu'elle est au minimum dans les tubes urinifères; que la première condition favorise la filtration pure et simple du sérum du sang (comme on le voit quand une ligature, interrompant la circulation veineuse, augmente la pression clans les capillaires et fait filtrer à travers leurs parois le sérum avec tous ses principes, eau, sels, albumine, etc.); tandis que la seconde condition (pression minima) favorise au contraire l'absorption. La preuve de la filtration du sérum, du glomérule dans le tube urinifère, se trouve dans ce fait pathologique, à savoir que lorsqu'un tube urinifère est oblitéré, la partie restée perméable se dilate et se transforme en kyste, dont le contenu est un liquide ((identique au sérum du sang)).
La preuve de la résorption de l'albumine par l'épithélium des tubes urinifères se tire de la présence même de cette albumine dans l'urine, au cas où l'épithélium est malade ou détruit, c'est-à-dire au cas où, nécessairement, il cesse de fonctionner. «Les auteurs, dit Kiiss, qui font jouer à cet épithélium un rôle de sécrétion, par lequel la paroi du tube ajouterait à l'eau filtrée les principes constituants de l'urine, se voient en face d'une singulière contradiction, quand ils veulent expliquer là pathogénie de l'albuminurie, car il résulterait de leur manière dé voir que quand cet épithélium est malade il sécréterait non seulement les matériaux solides qui d'ordinaire entrent dans la constitution de l'urine, mais encore un nouvel élément, ['albuminé ; ainsi, exemple unique dans l'économie, ce! épithélium à l'état pathologique fonctionnerait plus activement qu'à l'état normal, tout en livrant tous les éléments qu'il livre à l'état normal (I). »
(1) B. Kflss, tours de physiologie, \*12, p, /«no.
676 LES MALADIES PUERPÉRALES.
C'a toujours été là mon argument principal, et, j'ose le dire, triomphant, contre les doctrines, actuellement plus ou moins classiques, de l'albuminurie. Comment ! leur objectais-je, la désorganisation du rein aurait pour effet de le pourvoir d'une nouvelle et mystérieuse fonction : par une sorte de folie sécrétoire, il choisirait dans le sérum du sangla partie la moins exosmotique, l'albumine, et refuserait le passage à ce qui est le plus exosmotique, l'urée et les sels dissous !
Ainsi, suivant Kiïss, quel'épithélium des canalicules urinifères cesse de fonctionner ou fonctionne insuffisamment, et l'individu au lieu de pisser de l'urine pisse du sérum, ce qui est absolument d'accord avec ma théorie. Maintenant, d'après ces mêmes vues physiologiques de Kiïss, la sérumurie de la femme grosse se comprendrait de la façon suivante : pression vasculaire excessive du glomérule, filtration du sérum, devenue si considérable, que l'épithélium des canalicules est incapable de résorber la totalité de l'albumine de ce sérum ; en conséquence, arrivée définitive dans les bassinets, d'une part, d'une urine normale, plus, d'autre part, de cette portion du sérum dont l'albumine n'a pas été résorbée.
Dans ces leçons sur l'éclampsie puerpérale je n'ai fait qu'appliquer à un cas particulier — l'état de grossesse et ses déviations morbides possibles — mes doctrines sur la sérumurie (et non l'albuminurie), le typhus urinémique (et non l'urémie), enfin l'éclampsie (qui n'est qu'un mode particulier de la typhisation urinémique).
Ces doctrines je les ai professées dès 1869 à l'hôpital de la Pitié, puis en 4871 et 1872, à l'hôpital de la Charité, dans une suite de leçons sur la sérumurie et Yurinémie. C'est plus tard, en 1873, que j'ai trouvé, dans le livre de physiologie de Kiïss, publié par Math. Duval, la confirmation de mes vues sur la sécrétion de l'urine ; et, en 1874, j'ai eu le bonheur de voir dans les recherches expérimentales de F. A. Mohamed la démonstration de mes doctrines sur la pathogénie de la sérumurie dans les cas aigus et, particulièrement, dans la convalescence de la scarlatine ainsi que dans l'état de grossesse.
Je mentionne ces détails, d'abord pour montrer que je ne