HÉMOPTYSIE POST-PUERPÉRALE
qu'il y a plus de sang dans la région, et que ce plus-de-sang physiologique constitue le poumon en état d'imminence morbide.
Le premier fait qu'il m'a été donné d'observer d'hémorrhagie pulmonaire post-puerpérale s'est produit sans cause occasionnelle appréciable. Il s'agissait d'une dame âgée de trente-six ans, enceinte pour la cinquième fois, qui fit une fausse couche vers le septième mois, accoucha d'un enfant mort, eut des suites de couches d'ailleurs naturelles en apparence, et qui fut prise, vers le sixième ou septième jour de sa fausse couche, d'hémoptysie assez abondante, et pour laquelle je fus mandé. Cette hémoptysie persista pendant plus d'une semaine et finit par se tarir. Les crachats rejetés étaient ceux qu'on observe au cas d'apoplexie pulmonaire, un peu plus rutilants cependant au début. Il n'y avait d'ailleurs aucune lésion du cœur qui pût motiver cette expectoration sanglante. Il y avait encore moins de tuberculisation pulmonaire. A l'auscultation, on entendait quelques râles fins, sans foyer distinct, et tels qu'on les observe au cas de congestion pulmonaire. Il n'y avait pas de fièvre ; la température, comme le pouls, restèrent normaux; seulement l'état général était un peu languissant, et la malade, qui n'avait à proprement parler pas de maladie nosologiquement classée, fut plus d'un mois à se remettre. Cela se passait il y a dix ans. Cette dame survécut très robuste, supporta vaillamment les fatigues et les privations du siège de Paris, se dévoua môme sans réserve à cette époque. J'ai eu pendant neuf ans l'occasion de la voir, de l'ausculter, de constater ainsi à posteriori qu'elle n'était ni cardiopathe, ni tuberculeuse, jusqu'en ces derniers temps, où elle a succombé à un cancer du sein.
Cette hémoptysie, sans raison matérielle déterminante, sans fièvre, ne pouvait ôtre que la conséquence d'une congestion pulmonaire hémorrhagique. En fait, elle ressemblait beaucoup à celle qu'on donne avec raison comme caractéristique de l'apoplexie pulmonaire. Tout cela m'avait vivement intrigué ; je n'en comprenais pas alors la pathogénie et je m'en riais ouvert à l'accoucheur, assez éclairé d'ailleurs, qui avait assisté la dame; niais qui n'en savail pas plus (pic moi sur la pathogénie du phénomène, et s'en souriait d'ailleurs fort peu.
682 LES MALADIES PUERPERALES.
Je dois ajouter que l'hémoptysie cessa à peu près spontanément et sans que la médication y fût pour beaucoup. Le séjour au lit et l'hygiène y contribuèrent pour une part bien plus notable ; mais la vérité, c'est que cette hémoptysie était survenue chez une dame dans son lit, très confortable, dans sa chambre plus confortable encore, c'est-à-dire sans qu'on pût invoquer l'ombre d'un refroidissement. C'était donc l'hémoptysie la plus spontanée qu'on pût rêver, sans cause pulmonaire ou cardiaque intrinsèque, comme sans cause extrinsèque dérivant d'une infraction à l'hygiène. On ne pouvait donc invoquer (et l'on va voir tout à l'heure si la chose est réelle) que les conditions particulières où la gravidité place la circulation pulmonaire.
A côté de ce fait d'hémoptysie spontanée sans cause pulmonaire ou cardiaque intrinsèque, sans cause antihygiénique extrinsèque, je placerai le fait suivant: Une dame de bonne constitution, femme d'un médecin des plus distingués, accouche au huitième mois d'un enfant mort depuis quelques jours. Peu de temps après son accouchement, qui se fit d'ailleurs sans accident, elle fut prise de phlegmatia alba dolens très douloureuse du membre inférieur droit avec œdème assez considérable. Forcément alitée par ses suites de couches, d'une part, et par sa. phlegmatia alba dolens d'autre part ; alitée dans une chambre très confortable, sans refroidissement possible, elle fut prise, vers le vingtième jour après sa couche, d'oppression très vive avec point de côté et hémoptysie abondante qui dura quatre ou cinq jours. Les signes perçus étaient ceux d'une congestion pulmonaire localisée. Il ne s'agissait pas dans ce cas, non plus que dans le précédent, d'une hémorrhagie à flot : chaque crachat, absolument sanglant, était rejeté isolément ; et il y en avait ainsi une vingtaine d'expectorés dans le cours de la journée. Des ventouses furent immédiatement appliquées ; à la suite on mit un vésicatoire et les accidents cessèrent ; la malade s'est rétablie après avoir eu un commencement de phlegmatia alba dolens du côté opposé. Il y a de cela plus de trois ans; elle est actuellement bien portante et n'a ni tuberculisation pulmonaire, ni maladie du cœur. Le seul état puerpéral a provoqué les accidents.
Dans ces deux cas, il n'y eut aucune cause matérielle à invo-