HÉMOPTYSIE POST-PUERPÉRALE
quer ; la congestion pulmonaire fut évidemment spontanée et resta congestion pulmonaire simple, à cela près qu'elle fut hémorrhagique. Voici maintenant des faits où la congestion fut provoquée par une cause extérieure et dépassa le mode congestif pour arriver au modephlegmasique. Chez une des malades dont je vais parler maintenant, il y eut, en effet, hémoptysie très abondante, comme par le fait d'une apoplexie pulmonaire, puis pneumonie et pleurésie.
Une darne, femme d'un médecin très éclairé, accouche très naturellement dans une de nos stations maritimes pendant l'été de 1877. Elle allaitait son enfant. Yers le quinzième jour après ses couches, alitée dans une de ces petites chambres inconfortables où, sous prétexte de bains de mer, les Parisiens vont parfois chercher la maladie, elle prit froid, eut du frisson, un point de côté, et se mit à cracher le sang avec une abondance excessive, mais toujours par crachats isolés rutilants. C'est dans ces conditions que le mari, excessivement ému, me pria de l'aller voir. J'y allai et la trouvai dans une de ces maisonnettes où l'on s'installe comme on peut, le plus souvent très mal; cette fois, il y avait un appareil fébrile, mais rien de la pneumonie franche. Ce qui dominait, c'était l'acuité de la douleur de côté, et cependant il n'y avait pas non plus de pleurésie, bien que trente- six heures se fussent écoulées depuis le début des accidents. Ce qui m'intéressait, ce qui intéressait bien plus encore le malheureux mari, c'était de savoir si la clame était tuberculeuse. Or, de tubcrculisation pas trace. Autorisé par les précédents, je diagnostiquai une congestion pulmonaire gravidique post-puerpérale, allant, sous l'inllucnce d'une cause extérieure, jusqu'à la phlegmasie, mais une phlegmasie bâtarde et qui ne serait ni une pneumonie, ni une pleurésie franche, mais participerait de ces deux états morbides. Je fis appliquer une demi-douzaine de ventouses scarifiées pour combattre la congestion hémorrhagique, pratiquer des injections de morphine pour calmer la douleur, el donner une potion légèremenl kermétisée. L'hémoptysie, la douleur ci l'oppression, sans que les signes d'une pneumonie op d'une pleurésie se dessinassent sincèrement, durèrent cinq ou six jours encore, ci toul se termina par la guérison, comme je l'avais an-
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nonce. J'avais insisté pour que la dame continuât d'allaiter, afin de maintenir vers les mamelles une fluxion sécrétoire dérivatrice, salutaire au poumon; ce qui fut fait. La dame, parfaitement guérie, revint à Paris, où j'ai eu depuis maintes fois l'occasion de la voir et de constater l'intégrité absolue de ses poumons, comme du reste de tout son organisme. C'est une mère de famille très active, s'occupant avec beaucoup de dévouement de l'éducation de ses quatre enfants, et remplissant à la fois les devoirs assez fatigants de femme du monde. Il y a quatre ans que ces accidents hémorrhagiques post-puerpéraux ont eu lieu et elle n'est nullement tuberculeuse.
Voici maintenant un quatrième fait. Une jeune dame des plus fortunées accouche pour la troisième fois dans les conditions sociales et physiologiques les meilleures du monde. Elle nourrissait son troisième enfant comme ses deux autres, lorsque dans la quatrième semaine après ses couches elle se refroidit dans son jardin. Elle fut prise alors d'oppression, de point de côté et de fièvre, puis bientôt après elle se mit à rejeter des crachats d'un sang rutilant. L'émoi fut grand dans la maison et l'on me pria de venir. C'était en province, à Nogent-le-Rotrou. Je trouvai, vingt-quatre heures après les accidents, les signes cette fois d'une pleurésie : souffle doux au tiers inférieur droit, avec égophonie. Déjà un vésicatoire avait été appliqué. La fièvre était modérée, il y avait 104 pulsations et de 38 à 40 respirations à la minute. Qu'il y eût pleurésie, la chose était évidente, mais c'était une singulière pleurésie que celle-ci, où l'hémoptysie venait compliquer la situation et avait précédé d'ailleurs l'apparition de l'inflammation de la plèvre. — Sur mes conseils on appliqua quatre ventouses scarifiées et six ventouses sèches et l'on donna une potion de 10 centigrammes de kermès.
Il n'y avait d'ailleurs, pas plus que dans les trois cas précédents, aucun signe de tuberculisation pulmonaire.
A la suite de l'application des ventouses scarifiées, les crachats furent, pendant une demi-journée, blancs et très aérés sans trace de sang ; mais le lendemain, 2 août, quatrième jour de la maladie, il y eut de nouveau trois crachats de sang noir pendant la nuit et trois autres dans la journée. On appliqua ce jour-là un
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second vésicatoire de 20 centimètres carrés. « Il y eut, dit le médecin, M. le docteur Hamel, avec lequel j'étais en correspondance à la suite de ma consultation, des crachats de pneumonie sans qu'on en trouvât les signes stéthoscopiques, puis dans la matinée de nouveau trois petits crachats sanglants. » Le 4 août, il sembla que la pneumonie allait devenir plus franche, les crachats avaient cessé d'être sanglants, ils étaient jaunes et plus aérés que la veille. Mais voici que le septième jour de l'affection la malade rejeta de nouveau quatre ou cinq crachats moins sanglants. Ce jour-là plus de bruit de crépitation, mais un souffle pleurétique très net, remontant jusqu'à la moitié de l'omoplate. Le onzième jour de la maladie l'épanchement occupait la moitié de la cavité thoracique, mais chaque matin la malade expectorait cinq ou six crachats noirs.
Le dix-septième jour de la maladie, le docteur Hamel m'écrivait encore que la malade rejetait chaque matin un, deux ou trois crachats sanglants, mais très foncés. Le pouls variait alors de 80 à 84, et la respiration entre 28 et 30. L'épanchement restait stationnaire. Il disparut le vingt et unième jour. Ici je copie textuellement la lettre qui m'était adressée : « Hier dimanche, plus d'épanchement ; respiration libre dans toute la poitrine; mais ce qui persiste, ce sont les râles sous-crépitants perçus dans les grandes inspirations en un point limité à la réunion du tiers inférieur avec les deux tiers supérieurs. » En ce point il y avait de la matité persistante, et de plus la malade rejetait encore chaque jour deux ou trois petits crachats sanglants très noirs.
L'expectoration finit par disparaître huit jours plus tard et la dame se leva à ce moment. Je l'ai revue depuis ; c'est une des femmes les plus vigoureuses et les plus florissantes qu'on puisse observer. Je n'ai pas besoin d'ajouter qu'elle n'a ni maladie du cœur ni tuberculisation pulmonaire.
11 nous reste maintenant à essayer d'interpréter ces faits pathologiques et je ne crois pas que la tâche soit difficile; elle ne sera pas d'ailleurs sans intérêt.
Eh bien ! c'est encore la pléthore pulmonaire gravidique, le trop-plein vasculaire des poumons, qui fait si facilement passer
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ces organes de l'hypérémie fonctionnelle à la congestion pathologique, et de celle-ci à l'hémorrhagie ou à la phlegmasie.
Qu'il y ait dans la grossesse une pléthore pulmonaire, que cette pléthore puisse arriver rapidement au degré pathologique, la chose est démontrée dans le fait suivant, où nous voyons tout à la fois la preuve de cette pléthore pulmonaire, fournie par les bons effets du traitement antiphlogistique, d'une part, fournie, d'un autre côté, par l'investigation thermométrique locale, donnant des chiffres très élevés au moment des accidents et abaissés à la suite des émissions de sang et du mieux-être qui leur était dû.
Une jeune fille de dix-neuf ans, enceinte d'environ six mois, entre dans mon service le 12 mai dernier pour des accidents de dyspnée vraiment formidables survenus à la suite d'un refroidissement. A la visite du matin, le 13, je la trouve la face presque cramoisie, en proie à une grande oppression et se plaignant d'une légère douleur sous la mamelle droite; la peau est très chaude, le pouls très fréquent. La malade tousse peu ; elle expectore des crachats blancs, filants, un peu visqueux et adhérents aux parois du crachoir. 11 n'y a pas d'expectoration sanglante. En avant on ne trouve rien à l'auscultation ni à la percussion, mais en arrière il y a de la submatité aux deux bases avec légère douleur à la percussion du côté droit. En ces points le murmure vésiculaire est notablement diminué, mais il n'y a ni râles, ni souffle, ni frottements. Il y a GO respirations à la minute, 140 pulsations, et 39°, 8 dans l'aisselle.
Bien qu'il n'y ait ni pneumonie, ni pleurésie, pour combattre cette dyspnée si intense, ce pouls si fréquent, cette température générale si élevée, chez cette femme grosse et parce qu'elle était grosse, je fais pratiquer immédiatement une saignée de 450 grammes. Le soir même la température axillaire tombe à 37°, 9. La malade se trouve soulagée jusqu'à onze heures de la nuit, moment auquel elle a un frisson avec réapparition du point de côté à droite.
Le 14 au matin, la dyspnée reparaît aussi intense que la veille, la toux est en outre un peu plus fréquente, et, en raison du point de côté, beaucoup plus douloureuse. Les attaches du diaphragme
sont également douloureuses du côté droit. Quant aux signes stéthoscopiques, ils sont restés les mêmes.
La température axillaire est de 39°,2
La température du septième espace intercostal droit (au niveau du point douloureux) est de 38°, 6
En raison de l'intensité des phénomènes je fais appliquer douze ventouses scarifiées, six de chaque côté. Une heure après les ventouses, grand soulagement et surtout diminution notable de la dyspnée. Aussi le soir observe-t-on les changements suivants :
Température axillaire 37°,2
— du septième espace intercostal droit. 36°, 5
Apparition de vésicules d'herpès sur la lèvre supérieure et de chaque côté du sillon médian (il est à remarquer que cet herpès critique coïncide avec un état simplement hypérémique, ce qui prouve qu'il n'est pas toujours la manifestation d'un état phlegmasique).
A partir de ce jour, sous l'influence évidente d'une saignée générale et d'une double saignée locale ultérieure, la dyspnée asphyxique due à la double congestion pulmonaire qui menaçait de faire périr la malade à bref délai, cette dyspnée, dis-je, disparut définitivement. Et comme la dyspnée, expression de l'état anatomique ou mieux de l'état vasculaire turgide du poumon, disparaissait, nous vîmes proportionnellement, parallèlement, s'abaisser les chiffres thermiques locaux.
En effet, à partir de ce jour (15 mai), la température du septième espace intercostal droit revint a des chiffres voisins de la normale. Ainsi, au lieu de 38°, 6 (chiffre du 14 avant les ventouses), la température tomba à 36°, 6, abaissée de 2 degrés (celle de l'aisselle était de 3G°,7, abaissée d'un demi-degré de plus que la température locale). Le 15 au soir la température intercostale était à 36°, 8; le lendemain 1G au matin à 36°, 4, le soir à 35°,9, et les jours suivants elle resta entre 36°,2, 3G°,3, .'iiiVi et 3G°,7.
Le 27 mai, cette femme, guérie depuis plusieurs jours, avait au septième espace intercostal droit une température de 3G degrés et une température axillaire de 3G",7. La fcr09sesse suivait -nu coui- régulier.
Ce que je fciefts à faire ressortir de cette observation* c'est i9 le
péril excessif résultant de la congestion pulmonaire, péril bien autrement grand que s'il s'était agi d'une pneumonie;
C'est 2° la rapide amélioration consécutive aux émissions de sang;
3° La courte durée d'une maladie qui pouvait faire succomber cette jeune femme grosse ;
4° Enfin l'élévation considérable de la température intercostale et axillaire.
On remarquera que, après la disparition des accidents, le 15 au matin, la température du septième espace intercostal droit était de 36°, 6, alors que la température de l'aisselle était de 36°,7 seulement; que le soir elle était de 36°, 8, alors que celle de l'aisselle était de 37 degrés ; la différence entre les deux températures n'étant ainsi que 1 et 2 dixièmes. Or, dans l'état normal la température des espaces intercostaux inférieurs (sixième ou septième) est de 3, de 5, de 6 dixièmes plus basse que celle de l'aisselle; tandis que nous allons lavoir tantôt ne différer que de I à 2 dixièmes seulement de celle de l'aisselle, tantôt atteindre la température axillaire, tantôt enfin la dépasser; et cela en dehors de tout état morbide du poumon.
(C'est même là, je me permets de le faire observer, un des résultats les plus intéressants et les plus inattendus de mes recherches sur les températures locales.)
La pléthore pulmonaire gravidique, état physiologique chez la femme grosse, que nous venons de voir se transformer en une congestion pulmonaire double rapidement asphyxique, me semble révélée matériellement, physiquement, par l'élévation des chiffres thermiques locaux pris au sixième espace intercostal gauche chez des femmes à terme ou qui viennent d'accoucher, et qui ne présentent d'ailleurs ni troubles fonctionnels respiratoires, ni lésions anatomiques quelconques des poumons.
\oici en effet ces chiffres, hautement significatifs, et tels qu'ils ont été recueillis dans mon service, sous mes yeux et sous ma direction.
Chez une femme de vingt-trois ans, accouchée le 3 février dans les conditions les plus normales, et qui ne présente aucun symptôme d'affection thoracique, la température axillaire étant le
soir de l'accouchement de 37°,!, la température du sixième espace intercostal est de 37°, 2.
Le 5 au soir, surlendemain de l'accouchement, la température axillaire étant de 36°,5, celle du sixième espace intercostal est de 37°, 2; ainsi cette température intercostale a été, dans ce cas, de 1 et de 7 dixièmes plus élevée que l'axillaire.
Chez une autre femme âgée de vingt-quatre ans, accouchée dans mon service le 2 janvier, normalement, la température axillaire était, le 27, de 37°,2, et la température du sixième espace intercostal de 37°,7. Le lendemain la température axillaire, encore de 37°,2, tandis que la température du sixième espace intercostal était de 37°,5. Ainsi dans ce cas la température de l'espace intercostal, c'est-à-dire d'une partie très rapprochée du poumon, était plus élevée de 5 dixièmes et de 3 dixièmes que celle de l'aisselle.
Je ferai remarquer que, dans ces deux cas, la température axillaire était normale, alors que la température des espaces intercostaux était plus élevée que cette dernière; et qu'il n'y avait pas lieu d'invoquer, pour expliquer cette différence en plus de la température locale sur la température axillaire, une maladie générale, puisque la température axillaire était physiologique, ni une maladie du poumon, puisque ceux-ci étaient absolument sains, comme le révélait l'investigation physique; que, par conséquent, on ne pouvait, en dernière analyse, admettre, comme cause toute physique de cette modification également toute physique de la température locale de la paroi thoracique, qu'une plus grande quantité de sang dans les poumons : physiologiquement plus de sang dans le poumon; physiquement, plus de calorique dans ce poumon et dans son voisinage, par rayonnement. Cette seconde femme était d'ailleurs si bien portante de ses poumons comme du reste, qu'elle s'était levée sans permission dès le troisième jour après ses couches et qu'elle quitta mon service le huitième jour sur sa demande et malgré mes avis.
Dans un troisième cas une femme, de vingt-cinq ans accouche
normalement le 2 février. Le 3 au soir, la température axillaire
étant de 37°,8, celle (lu cinquième espace intercostal esl dc:i8o,2
fles [""""""s s,, ,ii absolumenl -.uns, comme le révèlent la per-
peter, — Clin. méd. 3« édit ,,. u
690 LES MALADIES PUERPERALES.
cussion et l'auscultation). Ainsi la température de l'espace intercostal était de 0°,4 plus élevée que la température axillaire. A quarante-huit heures de distance, la température axillaire est de 37°, 9 ; celle du sixième espace intercostal est de 37°, 8 (de 0°, I plus basse que celle de l'aisselle). Le 6 février, vingt-quatre heures plus tard et toujours le soir, la température axillaire est de 37°, 8, celle du sixième espace intercostal est de 37°, 9 (de 0°,1 plus élevée que l'axillaire). Enfin le 7, vingt-quatre heures plus tard, la température de l'aisselle et la température de la paroi intercostale sont égales, de 37°, 7 l'une et l'autre.
On remarquera que la température locale d'un espace intercostal inférieur a présenté la plus haute température à la période la plus rapprochée de l'accouchement (0°,4 de plus que la température axillaire); et qu'elle s'est abaissée le quatrième, le cinquième et le sixième jour après l'accouchement, de manière à se rapprocher de la température axillaire, mais tout en restant plus élevée qu'il n'est habituel en dehors de l'état de grossesse. C'est un fait que j'ai observé habituellement. La température intercostale est la plus élevée au moment de l'accouchement ou dans les jours qui suivent immédiatement, et elle s'abaisse peu à peu à mesure qu'on s'éloigne des couches, tout en restant plus élevée que dans l'état antérieur de non-gravidité.
Voici, par exemple, une quatrième observation, celle d'une femme de trente et un ans, accouchée normalement le 27 janvier. Le 28 au soir, la température axillaire est de 37°, 9; la température du cinquième espace intercostal est de 38°, 2, c'est-à-dire de 0°,3 plus élevée que l'axillaire. Le lendemain il se développe de légers accidents utérins ; la température intra-utérine prise dans la cavité du col avec un thermomètre à maxima étant de 39%2, la température axillaire est de 38°, 3 et celle du cinquième espace intercostal n'est plus que de 37°, 6, c'est-à-dire que la phlegmasie utérine a élevé la température de l'aisselle (qui représente approximativement la température générale), et n'a pas retenti au contraire sur la température intercostale (qui représente la température pulmonaire).
Voici encore un cinquième cas : une femme de vingt-cinq ans accouche normalement dans la nuit du 29 janvier. Le soir la
température axillaire étant de 37 degrés, celle du sixième espace intercostal est de 3~/0,4 (de 0°,4 plus élevée que l'axillaire). Le 31, quarante-huit heures après l'accouchement, la température axillaire s'élève à 39°, 8 et celle du sixième espace intercostal reste à 37°, 4.
Le 1er février au matin, la température axillaire est de 39°, 1, la température intra-utérine de 40 degrés. Le pouls est à 116; la peau est chaude, en rapport avec cette température élevée. Il est probable que quelques accidents vont se développer du côté de l'utérus, bien qu'il n'y ait pas de douleurs utérines. Le soir la température axillaire est de 39°, 2, et celle du cinquième espace iutercoslal de 40°, 3. A partir du 2 février, la température axillaire s'abaisse à 38°, 3; il en est ainsi de la température utérine, et la malade sort le 4 février, le septième jour après ses couches, avec une température axillaire de 37 degrés et une température utérine de 37°, 8.
Ce qu'il y eut de remarquable dans cette observation, c'est la hauteur momentanée des chiffres thermiques, aussi bien axillaires que locaux ; aussi bien local pulmonaire que local utérin ; hauteur qui ne put être attribuée ni à une phlegmasie de l'utérus ni à une phlegmasie des poumons, niais à une congestion successive et fugitive de chacun de ces organes, attendu que la femme sortit en bon état sept jours après ses couches et fut débarrassée de ses accidents par de petites doses de sulfate de quinine.
Voici des cas encore où, sans maladie pulmonaire (ainsi que le démontrèrent l'investigation physique et la suite même des événements, la femme sortant guérie au huitième jour appas couchas), néanmoins la température du sixième espace intercostal s'éleva brusquement après raecouchemenl à des bailleurs qui sont celles d'un état pathologique et qui, dans l'espèce, ne peu* vent chc rapportées qu'à une congestion fugitive des poumons.
Une femme de vingï-qualre ans arrondie [g 3| janvier, sans douleurs prolongi lus accidents. Le soir, douze heures
après l'accouchement, la température axillaire étant de 37 degrés, celle du sixième espace intercostal aiteinl la uautour insolite de 38°, I (égalant celle de La cavité utérine, qui est également
092 LES MALADIES PUERPERALES.
de 38°, 2). Le 3 février, c'est-à-dire 3 jours plus tard, la température axillaire, le soir, étaut de 38 degrés, la température du sixième espace intercostal est encore de 38°, 2. Le 4, la température axillaire étant de 38°, 6, la température du sixième espace intercostal est de 37°, 8.
Le 5, la température axillaire étant de 37°, 6, celle du sixième espace intercostal est de 37°, 4.
Le 6, la température axillaire étant de 37°, 8, celle du sixième espace intercostal est de 37°, 6.
Enfin, le 7, la température axillaire étant de 37°, 2, celle du sixième espace intercostal est de 36°, 9.
C'est dans ces conditions que la femme quitte le service, en bon état, pour retourner chez elle.
Dans ce cas, nous voyons la température intercostale dépasser, quelques heures après l'accouchement, la température axillaire de 1°,2 ; la dépasser de 2 dixièmes seulement le troisième jour après l'accouchement ; puis être inférieure de 4- dixièmes à la température axillaire le quatrième jour. Elle est encore inférieure de 2 dixièmes à la température axillaire le cinquième et le sixième jour. Enfin, elle est inférieure de 3 dixièmes à la température axillaire le huitième jour, en restant supérieure de 7 dixièmes au moins à la température normale du sixième espace intercostal, dans l'état de vacuité.
Yoici encore un cas où la température intercostale fut assez élevée :
Une femme de vingt-huit ans accouche le 7 février après quatorze heures de douleurs. La température axillaire étant de 37°, 6, la température intercostale est de 37°, 5 le soir de l'accouchement. Le lendemain, elle est de 36°, 5, la température axillaire étant de 37°, 2. Le quatrième jour après les couches, la température du sixième espace intercostal est de 37 degrés, la température axillaire étant de 37°, 1.
Enfin, le 13, septième jour après l'accouchement, la température du sixième espace est de 37°, 3, alors que la température intercostale est de 37°, 5. C'est dans ces conditions que la jeune femme part le 15 février pour le Vésinet.
On voit, dans ce cas, la température intercostale osciller entre
37°, 5 et .'i7°,3, ne présentant qu'un seul jour une température de 36°, 5, c'est-à-dire que toujours la température intercostale, malgré l'intégrité absolue des poumons, fut supérieure à la moyenne normale.
J'insiste sur ce fait que, dans certains cas, à la paroi intercostale du cinquième ou du sixième espace, la température est plus élevée que dans l'aisselle chez la femme qui vient d'accoucher ; et que, dans certains autres cas, cette température égale celle de l'aisselle; ce qui est absolument différent de ce que l'on observe chez la femme en dehors de l'accouchement. Or, il est bon de remarquer que le thermomètre placé au cinquième ou au sixième espace intercostal est très près du poumon (à moins de 1 centimètre de celui-ci) ; tandis que cet instrument, placé dans l'aisselle, est à plus de 3 centimètres du sommet pulmonaire ; qu'ainsi, dans le premier cas, le thermomètre est très voisin du poumon et cela pour une portion de cet organe où il a sa plus grande masse; tandis que dans le second cas (dans l'aisselle) le thermomètre est non seulement très éloigné du poumon, mais il l'est de la partie la moins volumineuse du poumon. Double condition de voisinage et de masse pour que la température soit le plus élevée au sixième espace intercostal chez la femme qui vient d'accoucher.
Ainsi, le poumon est plus chaud chez la femme grosse, surtout au terme de sa grossesse; il est plus chaud chez la femme récemment accouchée, comme chez celle qui nourrit ; et cela en dehors de tout état morbide du poumon. 11 ne peut être ainsi, physiquement, plus chaud que parce qu'il contient plus de sang, et c'est ce plus-de-sang qu'il contient, physiologiquement, qui prédispose l'organe aux congestions simple, hémorrhagique ou phiegmasique chez la femme qui vient d'accoucher ou qui nourrit, (Et Ton comprend que, dans ces mêmes conditions de puerpéralité, ce plus-de-sang dans le poumon doive yprovoquer le développement plus rapide de la tuberculisation, alors qu'il est tuberculeux.) Ainsi, enfin, se conçoivent les accidents pulmonaires que je viens <!<■ décrire.
cas d'hémorrhagie pulmonaire gravidique survenanl après
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l'accouchement ou chez des femmes qui allaitent diffèrent de Yhémorrhagie tuberculeuse, non seulement par l'absence persistante des signes de la tuberculisation pulmonaire, mais encore et surtout par la nature des crachats. Ceux-ci peuvent être en effet rutilants d'abord, mais bientôt ils deviennent d'un rouge noirâtre; plus tard môme ils peuvent être noirs. D'abord plus ou moins larges, distincts les uns des autres, plus tard ils sont de petit volume et presque toujours peu abondants. Ils sont caractéristiques encore en ce sens qu'ils ne sont pas accompagnés de mucosités; en d'autres termes, ils sont tels qu'on les observe dans le cas d'apoplexie pulmonaire, et en réalité, c'est bien d'une apoplexie pulmonaire qu'il s'agit.
Dans les quatre cas qu'il m'a été donné d'observer, une fois la fièvre manqua complètement pendant toute la durée des accidents hémorrhagiques. C'était un cas type d'hémoptysie par hémorrhagie pulmonaire.
Dans les trois autres cas il y eut une fois un peu de fièvre, mais de très courte durée, et dans les deux autres la fièvre fut assez forte pendant quelques jours. Elle était d'ailleurs symptomatique dans un cas d'une légère inflammation broncho-pulmonaire, et dans l'autre d'une inflammation broncho-pulmonaire avec pleurésie.
Or, il est facile de voir que, dans tous ces faits, le processus pathologique fut le même, au degré près ; ce qui ne manqua pas, ce fut la congestion pulmonaire, faisant ici l'apoplexie pulmonaire simple, faisant là l'apoplexie pulmonaire plus une phlegmasie, soit de l'appareil broncho-pulmonaire, soit, dans d'autres cas, de cet appareil et de la membrane séreuse d'enveloppe.
Le traitement de ces accidents doit être en rapport avec la nature actuelle des symptômes. Par exemple, la première dame chez laquelle j'ai eu l'occasion d'observer ces accidents n'était absolument pas malade : elle crachait du sang comme une personne qui se débarrasse de son trop-plein vasculaire, et la dyspnée qu'elle avait au début diminuait proportionnellement à la quantité de sang qu'elle rendait. Dans ce cas, le traitement devait être et fut en effet nul. L'hygiène et de légers laxatifs y suffirent.
Dans les trois autres cas, comme il y eut fièvre, point de côté, dyspnée plus ou moins intense, il fallut mettre et l'on mit en effet des ventouses scarifiées, des vésicatoires ; il fallut donner, et l'on donna en effet du kermès à doses contro-stimulantes (25 à 30 centigrammes). Enfin, il fallut faire et l'on fit efficacement de la dérivation intestinale par de légers laxatifs.
Voilà ce qu'on fit et ce que je crois devoir vous conseiller de faire.
Ce que je voudrais qui ressortît de cette leçon et de l'exposition de ces cas, c'est le processus pathogénique de ces accidents hémorrhagiques, dont on reconnaîtra la fréquence une fois que l'attention aura été appelée sur leur existence et leur mécanisme. Ce que je veux encore, c'est vous mettre en garde contre la crainte, non motivée en pareil cas, d'une tuberculisation pulmonaire actuelle ou consécutive.
696 LES MALADIES PUERPERALES,